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DESCRIPTION HISTORIQUE ET CHRONOLOGIQUE

DES MONNAIES

REPUBLIQ.UE ROMAINE

DESCRIPTION HISTORIQUE

ET CHRONOLOGIQUE

DES

MONNAIES

DE LA

RÉPUBLIQ^UE ROMAINE

VULGAIREMENT APPELEES

MONNAIES CONSULAIRES

ERNEST BABELON

TOME PREMIER

PARIS ROLLIN ET FEUARDENT, RUE DE LOUVOIS, 4

LONDRES MÊME MAISON, 6l, GREAT RUSSELL STREET BLOOMSBURY

1885

A MONSIEUR A. CHABOUILLET

CONSERVATEUR DU DEPARTEMENT DES MEDAILLES ET ANTIQUES A LA BIBLIOTHÈQUE N.VTIONALE

Témoignage de reconnaissance et d' af fection

PRÉFACE

En I ^h6, un antiquaire plein de zèle, mais sans critique, dont le nom est demeuré célèbre, Hubert Goltz, publiait le premier recueil des monnaies de la république romaine qu'on appelait et qu'on appelle encore improprement /??o/?- naics consulaires '. Onze ans après, Fulvio Orsini com- posait un ouvrage du môme genre \ jugé par les savants contemporains, comme Scaliger et Spanheim, ciiireiini cf divinum^ et que Charles Patin réédita en l'améliorant, en 1663. Après ces premiers travaux abondent, malgré la louable initiative de leurs auteurs, les monnaies apocryphes et les choses qualifiées ahsurda acfriuola par Eckhel, vien- nent le recueil de Jean Vaillant^ et le fameux Thésaurus d'André Morell, illustré d'un commentaire perpétuel par Sigebert Havercamp '*.

1 HuBERTUs GoLTZius. Fasfi mjç^istrjtiitinietfriiimti'Iicniin Rcmancruin ab tirhc coiidita ad Aiigiisti obitum. etc., in-f". Brugis Flandroruni, 1566. Une seconde édition de cet ouvrage a été publiée à Anvers en 1617.

2 FuLvius Ursinus. Familiac rcmanac. qiuc rcpcritiiittir in antiquis numismu- tibus ab urbc ccndita ad tempera D Aiigiisti, in-f". Romœ, 1577.

=> JoANXES Vaillantius. Nuiiii antiqin familiaruin roinanaruin pcrpctitis intcr- pretationibus iltustrati. 2 vol. in-P. Amsterdam, 170J.

* Andréas Morellius. Tlicsaunis MerclUaiius. shc fainiliarain ronuinarum numismata cmnia. Commcntario pcrpctuo iliustra'jit Sigcbcrtus Hapcrcainpus- Amsterdam, 2 vol. in-f", 17J4.

VI» PRÉFACE

Je ne parle point des dissertations trop souvent puériles des Erizzo, des Pighi et môme des Spanheim, et j'ai hâte d'arriver au livre magistral qui, pour presque toutes les branches de la numismatique antique, est encore aujour- d'hui le guide le plus sûr et le plus complet : la Doctriihi mimorum vctcrum d'Eckhcl'. Le tome cinquième de cet ouvrage, entièrement consacré aux monnaies de la répu- blique romaine, a été la base des travaux qui ont suivi et qui, sauf pour les plus récents, ne forment en réalité, que des compléments et des améliorations à cette œuvre dont le fond est impérissable.

Après Eckhel, les travaux~modernes abondent, et je ne saurais songer à énumérer ici, même tous ceux qui sont véritablement importants. Je citerai seulement les noms de Riccio', de Cavedoni ',de Cohen", de Borghesi ',du baron d'Ailly ''j de Mommsen '. Le livre de Riccio a, sur celui d'Eckhel, l'avantage d'être illustré de planches, si mé- diocres qu'elles soient et quelque défiance qu'on puisse avoir à leur égard, à cause des médailles apocryphes ou

1 Vienne, 1792.

Riccio (Gennaro). Le monde délie antiche fami<^lie dl Rom.i. 72 pi. 4", Sec. éd.. Napcli. I04;.

C.itiilcf^o délie MedagUc cosi dcilc consolari, in-4n, 1855-1861.

■' Cavedo.m (Cclestino). Saggio di osscrmi^icid sulle medag:lie die fainiglic romane rilromte in ire antichi ripostigU dell' agro Modenese ncgli anni 1812, 181 5 e 1828. Modena, 1829, 8».

Appendice al saggio. 8". Modena, i8ji.

RaggiiagHo ston'co archeologko de' prccipiii ripostigli antichi di medaglie consolari e di famiglie romane d'argento. 8". Modena, 1854.

Ntioin stiidi sopra le antiche nionete consolari e di famiglie romane. 8». Mo- dena, 18Ô1.

'• Cohen (Henry). Description générale des monnaies de la république ro- maine communément appelées médailles consulaires. 75 pi. 4". Paris, 1857.

•' BoRGHESi Bartolomeo). Œuvres nuniismatiques. Deux vol. dans les Œh- iTCS complètes. Paiis, 1862.

c Au-LY (Pierre-Philippe Bourlier, baron d'j. Recherches sur la monnaie romaine depuis son origine jusqu'à la mort d'Auguste, in-4". Lyon, 1864, iij pi.

" Mommsen (Theodor). Histoire de la monnaie romaine. Traduite de Talle- mand par le duc de Blacas et publiée par J. de Witte, 4 vol. 40 pi. 8". Paris, 18O5-1875.

PRÉFACE IX

mal lues qui y figurent. L'ouvrage classique d'Henry Cohen, qui est entre toutes les mains, se recommande, au contraire, par des descriptions exactes et de magnifiques planches qui resteront toujours d'un usage pratique; de plus, l'étonnante sagacité de l'auteur a su expulser toutes les pièces dont l'authenticité n'était pas incontestable. Mais jedois ajouter que la partie historique et la classifica- tion chronologique des médailles, l'histoire des magistrats et l'explication scientifique des types monétaires, sont sin- gulièrement négligées. C'est surtout ce côté que j'ai essayé d'améliorer dans l'ouvrage que j'offre aujourd'hui au public, et pour atteindre ce but, j'ai puisé les plus précieux ren- seignements dans les ouvrages de Cavedoni, de Borghesi et de Mommsen : ces trois auteurs, le dernier surtout que je ne me suis point lassé de citer, sont les législa- teurs scientifiques du sujet traité ici; en dehors d'eux, les autres livres parus depuis Eckhel ne sont, pour ainsi dire, que des livres d'amateurs, d'un maniement peut-être fort commode, mais dépourvus en général du caractère d'éru- dition qui fait que la numismatique n'est plus un délasse- ment et un passe-temps, mais de toutes les branches de Tarchéologie, est la plus féconde et la plus vaste.

Je me suis donc donné pour tâche de mettre une des- cription des monnaies de la république romaine au courant des travaux de ces illustres savants. Mon intention pre- mière, jedois le dire, avait été, à la demande de M. Feu- ardent, de donner une nouvelle édition améliorée du livre de Cohen; mais je me vis bientôt forcé de renoncer à cette idée pour adopter un plan plus conforme aux exi- gences de l'érudition. De l'œuvre de Cohen, je n'ai guère conservé que le prix courant des monnaies, en regardant cette estimation beaucoup plutôt comme l'échelle relative du degré de rareté des médailles, que comme une évalua- tion commerciale invariable. Dans ces conditions, je ne

PREFACE

pouvais, sans un véritable abus littéraire, placer mon travail personnel sous le patronage direct d'un des plus habiles numismatistes de ce siècle, mais qui a fait œuvre plutôt de praticien que de savant.

La méthode rigoureuse qui s'imposait est le classement chronologique des monnaies, le seul véritablement scien- tifique, puisque le classement par ordre alphabétique des noms de familles est factice et empirique, ne reposant que sur le nom que portait éventuellement le magistrat monétaire. Mais de grandes difficultés se présentent pour établir cet ordre chronologique qui restera, longtemps encore, incertain sur bien des points. De plus, j'étais forcé de composer un livre essentiellement pratique et facile à consulter.

Celui qui possède une monnaie ancienne et qui cherche à l'identifier dans un ouvrage, peut ignorer à quelle date exacte elle a été frappée; par conséquent, chercher dans une série numismatique classée chronologiquement, serait pour lui une besogne longue et fastidieuse. J'ai doncpris le parti de respecter à la fois l'ordre chronologique et l'ordre par noms de familles, et voici le plan que j'ai suivi dans la rédaction de ce livre.

Une première partie comprend le classement, par ordre chronologique, de toutes les monnaies de la république romaine, depuis les origines jusqu'en 750 de Rome {4 av. J. C). Toutefois, dans cette liste chronologique on ne trouvera la description complète et le dessin que des pièces dont le magistrat monétaire est inconnu. Pour toutes celles qui sont signées d'un nom de monétaire, je me suis borné à inscrire ce nom à sa place chronologi- que, réservant pour le classement par noms de familles, l'explication et la description des espèces qu'il a signées. La seconde partie constitue le classement par ordre alpha- bétique des noms de famille; ici, sont décrites et figurées

toutes les pièces qui portent un nom de monétaire. Dans chaque famille, les magistrats sont rangés chronolo- giquement. Ainsi, par exemple, prenons la famille Cal- purnia: après un aperçu sur l'histoire et l'origine de cette gens, j'insiste surtout sur les faits qui peuvent intéres- ser la numismatique, j'énumère les neuf membres de cette famille qui, à des époques différentes, ont été investis de la charge de frapper les monnaies. Chacun de ces moné- taires, pris individuellement, a sa biographie, ses médailles et l'explication de leurs types, groupées ensemble en un paragraphe, de sorte que les monnaies frappées par les Calpurnii sont décrites dans neuf paragraphes distincts, placés dans l'ordre chronologique, sous la rubrique géné- rale Ciilpunuii. Si je ne m'abuse, ce plan est clair et méthodique et il satisfait à la fois aux exigences de l'érudit et aux goûts de l'amateur. Des tables développées à la fin du second volume rendront, au surplus, les recherches faciles.

Pour la date précise oij s'arrête cette description des monnaies romaines frappées pendant l'ère républicaine, je dois entrer dans quelques explications. A vrai dire, les monnaies d'Auguste sont, sans exception, de la série impé- riale et non de la série républicaine. Je me suis conformé àl'usage reçu, en faisant rentrer dans mon cadre toutes les monnaies d'Auguste sur lesquelles ce prince ne porte pas encore le titre AVGVSTVS, c'est-à-dire les monnaies antérieures à l'an 727 (27 av. J.-C), date oij Octave prend le titre d'Auguste. En outre, après 727, je fais un choix dans les monnaies d'Auguste et je ne donne plus que celles- seulement qui, tout en portant le titre AVGVSTVS ou CAESAR AVGVSTVS, donnent en même temps un nom de magistrat monétaire; je m'arrête donc vers l'an 750 de Rome, époque oij disparaissent définitivement et pour toujours les noms des magistrats sur les monnaies romaines.

XII PRÉFACE

On trouvera, au cours de cette description, surtout pour les monnaies de bronze, un assez grand nombre de pièces qui ne figurent dans aucun recueil précédent; je les ai prin- cipalement choisies dans la riche collection que le baron d'Ailly a léguée en 1877 au Cabinet des médailles. J'aver- tis enfin que les monnaies décrites dans cet ouvrage sont toutes, sauf indication d'une autre provenance, au Cabinet des médailles à la Bibliothèque nationale.

E. B.

INTRODUCTION

PRECIS DE

^HISTOIRE DE LA MONNAIE ROMAINE

DEPUIS SES ORIGINES JUSQU'A AUGUSTE

I. yES RITDE. /ES SIGNATUM.

A l'origine, chez les premiers habitants de ritalie, comme en gé- néral chez les peuples la vie pastorale a précédé la vie agricole et industrielle, la base des transactions commerciales fut le bétail. Si les métaux n'étaient pas inconnus, ils n'étaient point encore, ce qu'ils sont devenus dans la suite, un élément essentiel de la vie sociale, et on n'avait pas appris à s'en servir comme étalon de la valeur des choses. La langue de l'ancien droit romain nous atteste que la ri- chesse a consisté d'abord en troupeaux et en bestiaux qui formaient naturellement la matière la plus ordinaire du négoce. Tout objet s'es- timait et se payait en tètes de bétail De vient que le mot pecus, bélail, a formé le mot pccunia qui fut la désignation du signe d'é- change, et finit par s'appliquer exclusivement à la monnaie mclalliquc quand cette dernière fut seule employée dans les transactions'.

Les Romains ont primitivement, à l'imitation des populations ita- liotes, et comme les Grecs au temps d'Homère, employé les bestiaux pour étalon du paiement des marchandises. Chez eux, unbœufcomp-

' Peciis, a qiio pcciinij iinii>crsa, qiiod in pcccrc pccunia tuni consistehat pasto- rihus. Varro. De i/n^-. Lit. V. 9$.

INTROnUCTION

tait pour dix brebis, daprcs Festus' ; le même auteur nous apprend en outre que pour les délits de peu d'importance on payait deux mou- tons, tandis que dans les cas j^^aves lamende pouvait être portée jus- qu'à trente bœufs -. Un souvenir traditionnel de cet usaj^^e tout à fait primordial a persisté assez lonL;temps parmi les Romains, car nous voyons que les lois Aternia-Tarpeia et Menenia-Sestia, votées en joo et 502 de Rome (4 ',4 et 452 av. J.-C), fixent encore en bœufs et en moutons le prix des amendes, concurremment avec l'estimation en métal monnayé-'. Et Varron nous dit lui-même : MuUa cliam niinc ex vcicrc insliliilo bulnis et opihits dicilur'".

Quand l'a.t^riculture se fut développée et qu'on sut travailler les métaux et les utiliser pour en faire des armes ou des instruments de labourage, le cuivre et le fer devinrent, à côté des bestiaux, les prin- cipales matières échangées. A cause de la commodité avec laquelle on pouvait les transporter et les fragmenter, ces métaux en arrivèrent rapidement à remplacer les bestiaux dans l'évaluation du prix des marchandises. Comme l'or était encore à peu près inconnu dans l'Italie centrale, et l'argent fort rare et d'importation étrangère, le cuivre, qui était au contraire très abondant et un produit du pays, de- vint l'étalon exclusif du commerce. Cet étalon nouveau s'appela acs rudc' ou acs infcclitm'\ c'est-à-dire cuivre briil. D'après la tradition conservée par Pline, il aurait été en usage jusqu'au règne de Servius Tullius'.

L'œs rude est un lingot de cuivre informe, reiudera. riiuduscula, rudcra^ ; il n'est revêtu d'aucune marque officielle qui en garantisse la valeur et le poids, et son usage ne se conçoit qu'à l'aide de la ba- lance. On le fractionnait en blocs plus ou moins considérables, sui- vant le besoin des opérations commerciales, et la valeur de chaque lingot ne pouvait être estimée^' que par son poids. Beaucoup de ces blocs de métal sont parvenus jusqu'à nous. Le plus considérable de ceux que le baron d'Ailly a connus pèse 707 gr. 20, et le plus petit, 2 gr. 21'". Plusieurs siècles plus tard, à une époque Yœs rude n'é- tait plus employé comme signe d'échange et les populations de

Festi cpit., p. 24.

- Ovihits duabiis multabaiiliir apiid cintuiiux^ m mtnonhin^ dclictis. ut in inafon- hitsXXX bol'iis. nec httnc ultra niiincnini cxccdclhit intiltjtio. (Festiis, p. 202.)

■' Festus (p. 257) dit : Çiuv pcciidcs pcstqiiani ivrc si>«i7/o uti cœpit p. R. Tcir- pcia lco;e cjutuni est ut bos ccntiissibus. cvis decussibtis a'stimarctur. Cf. Cic. de Rcpiibl. H, j5. 60. Dionys. Halicar. X. 50.; K. Samwer, Gcschidifc dt:s cicllercn romisclicn M'ùn-ivcscn, p. 14 (Vienne, 1885).

* Varro. De rc ritst. II. 1. 9.

•■• Plin. Hist. ncit. XXXI il. i; et 4?.

8 Isid. On>. XVi, 18. ij.

■? F. Hultsch. Gricchischc itnd ravnischc Métrologie, 2"^ édit., p. 254 et suiv.

« Varro. De ling. Icit. V. i6j. Festus, p. 265. Tit. Liv. XXVI, n, 9. Cic. Ad Attic. VII. ?., 7.

" Le mot cvstimare paraît rappeler dans sa composition Vers primitif. V. Marquardt. Romisclie St^atrerwaltunç:, Zwciter Band, p. 5 (in-8% Leipzig, 187O, dans VHandbiich der Romischeii Altertinimer).

'" Baron d'Ailly. Reclierelies sur la monnaie romaine. T. I, p. 10.

INTRODUCTION 111

l'Italie centrale se servaient couramment de la monnaie proprement dite les anciens lingots de métal brut restés en circulation étaient offerts en ex-voto dans les sanctuaires des dieux. Tite-Live' rapporte qu'en ^4? (iw av. J.-C.) les soldats d'Annibal consacrèrent de ces riidera dans le bois sacré de la déesse Féronie, et après la retraite des Carthaginois, les Romains retrouvèrent ces cx-poIo en énorme quantité (œris acervi). D'autres fois, cet œs rude démonétisé pour ainsi dire, et resté néanmoins en circulation avec un caractère reli- gieux, servait à symboliser des actes ordinaires de la vie publique ou privée. Dans la vente d'un champ ou d'une maison, par exemple, les parties échangeaient un de ces antiques lingots, pour consacrer la transmission de l'objet vendu : c'était la vente pcr œs cl librcim qui trouve son analogie dans la vente pcr fcstucam ou per glebam du moyen âge.

De nos jours, on a retrouvé Wvs rude principalement au milieu des ex-voto offerts aux divinités champêtres dont les sanctuaires se trou- vai :nt aux sources des fleuves et des fontaines, comme aux sources de l'Arno, au pied du mont Falterona. aux AqiiiV Apollinarcs, près de "Vicarello, non loin de l'antique Tarquinies*. La trouvaille la plus intéressante d\vs rude qu'on ait signalée est celle qui fut faite en 182H, près de Vulci ; la description du trésor donnera une idée exacte de ce qu'étaient ces lingots primitifs, en même temps qu'elle nous fera connaître le premier progrès fait dans l'art monétaire après Vœs rude : nous la reproduisons d'après Mommsen :

« On trouva un vase de terre grossière contenant des pièces de bronze de trois différentes espèces, savoir : i" Des quadrilatères en partie brisés, pesant de deux à trois livres et ayant diverses em- preintes, entre autres, celles du bœuf et du trident. Trois de ces fragments sont aujourd'hui au musée Kircher, à Rome. 2" Des mor- ceaux de cuivre coulés, en forme de cube et en fort mauvais état, sans aucune espèce d'empreinte ni rien qui indiquât leur valeur; leur poids variait depuis une once jusqu'à une livre. Ces cubes for- maient environ un sixième de la masse totale. 5" Des pièces en forme d'ellipse aplatie et dont les poids représentaient les diverses frac- tions de l'as; les plus nombreuses étaient celles qui correspondent au sextans. »''

Ainsi, dans le trésor de Vulci, il y avait deux sortes de lingots de cuivre : les uns, absolument bruts et sans empreinte d'aucune sorte, c'est Wvs rude; les autres, déjà revêtus d'un signe indiquant leur va- leur, c'est Wvs signatum qui a suivi chronologiquement Wvs rude.

L'iVS signatum doit donc être considéré comme le premier essai monétaire des Romains. Il se compose de lingots quadrilatères, sorte de briques ou de tuiles en cuivre, sur lesquelles on voit représentés des animaux, comme un bœuf, un mouton, un porc, qui sont manifes-

1 XXVI, II, 9.

2 Mommsen. Histoire de U inonrmie romaine (trad. Blacas). T. I, p. 174. C\\ Marchi, dans la Revue archéologique, 1852, T. IX, p. 4<) et siiiv.

•' Mommsen. Hist. de la monnaie romaine. T. i, p. i-,.

IV INTRODUCTION

tement un souvenir de l'ancien état de choses pendant lequel les bes- tiaux étaient l'étalon commercial '. On y voit aussi figurer des armes ou des symboles mythologiques : un bouclier, une épée. un fer de lance, une massue, un caducée, un trident, un croissant, un trépied, une ancre, Pégase. Il en est enfin, et ce sont sans doute les plus anciens, qui n'ont pour toute marque monétaire que des barres pa- rallèles et régulières, en saillie, accompagnées quelquefois de points ou globules; d'autres fois aussi, ces barres sont disposées de chaque côté d'un axe central de manière à imiter une arête de poisson*.

Voilà quelle était, à cet âge héroïque, l'empreinte officielle qui garantissait le poids du lingot et dispensait de recourir incessam- ment à la balance. Ces lingots sont en effet assez régulièrement taillés sur le pied de la livre romaine qui était de 327 grammes en- viron-''. Ils pèsent à peu près cinq ou quatre livres ; c'est pourquoi on les appelle quincussis et quadrussis. Pour avoir un lingot du poids de moins de quatre ou cinq livres, ou bien on continuait à se servir de l'ers rude et à recourir à la balance, ou bien on fragmentait un quin- cussis ou un qucidrussis, de telle sorte qu'une partie de l'empreinte seulement se trouvât reproduite sur les fragments. Il y avait aussi des lingots ovoi'des ou cubiques sans symbole, mais marqués de un, deux, trois ou quatre points ou même de barres longitudinales, cor- respondant à une subdivision régulière du quincussis ou du quadrus- sis.

Telle est la pccunia signala. La tradition romaine attribue au roi Servius Tullius l'honneur d'avoir, le premier, cent quatre-vingts ans environ après la fondation de Rome, mis une marque sur les lingots de cuivre, et d'être, par conséquent, l'inventeur de Wvs signalum. "Voici ce que Pline raconte à ce sujet : « Le roi Servius mit le pre- mier une empreinte sur le cu'wre'fprinms signarit œsh Timéenous dit que jusqu'alors les Romains s'étaient servis de cuivre brut et sans aucune marque. La représentation sur ces lingots des animaux qui paissent fit nommer la monnaie pccunia''. » Mais cette assertion de l'historien latin a besoin d'être contrôlée par les faits, et ce n'est point par une révolution subite que Wx'S signaium s'imposa dans la

' A ut bovein, aiit oi'cm, aiit pcrvccctn liahct sj>««Hi. Varro. De rit. pop. roin. lib. I, cf. Plutarch. in Poplic.ei in Qiiœst. roin.

- V. Carelli et Cavedoni, Niiinnwruin Ittilia; vetcris tahuLv, Naplcs, 1854, fol. PI. XXXVI-XLI ; L. Sambon. Rcclicrclics sur les monimies de la presqu'île ita- lique, Naples, 1870, in-4°. A Catalogue of the greek coins in tlie Bristisli Mu- séum. Italy. Londres, i8-j, in-8. Cohen. Description f:^én. des monnaies de la république romaine, pi. LXXIII.

•' Pour le poids de la livre romaine, nous avons suivi Marquardt qui, après de nombreux métrologistes, lui donne J27 grammes ; d'autres auteurs n'attri- buent à la livre romaine que J25 grammes 45^ : tels sont du moins les deux systèmes généralement admis. Le plus exact est peut-être celui de Hultsch qui donne à la livre romaine 927 gr. 45. Hultsch. Gnechische und rœmische Mé- trologie. 2«édit. p. 161.

* Et ailleurs (Hist. nat. XVIII, 12) : Servius rex oinum boumque effigie primus a:s signavit.

^ Plin. Hist. natur. XXXIII, j, 12. Cf. Ovid. Fjs/. V. 279 cl suiv.

INTRODUCTION

circulation. Nous avons vu que, dans les lois Aternia-Tarpeia et Me- nenia-Sestia citées plus haut, les amendes sont encore fixées à la fois en bestiaux et en lingots de bronze. Le paiement en nature per- sista dans Tusai^^e concurremment avec l'emploi du métal monnayé et il est difficile de fixer une époque précise pour l'adoption définitive et exclusive de Wvs si^nalum dans les opérations commerciales. On peut dire néanmoins que, dans les textes juridiques, ce fut seulement la loi des DoiiyC Tables (504 de Rome, 4^0 av. J.-C.) qui substitua officiellement les paiements en pièces de cuivre marquées au paie- ment en tètes de bétail'. Dans la conversion en métal monnayé des paiements en nature, la brebis fut taxée à dix as et le bœuf à cent as-. 11 est positif, en outre, que Wvs signaluin ne remplaça que lente- ment et graduellement Va's rude, et qu'il y eut une période assez longue pendant laquelle les deux systèmes furent simultanément en usage. Enfin, l'trs si(;;natiim, à son tour, persista longtemps concur- remment avec la véritable monnaie de cuivre, qui, ainsi que nous le verrons, fut inaugurée par les Déccmvirs. C'est pour cela que la place chronologique des plus beaux spécimens de Wvs sif^nahim est difficile à déterminer, et que ces pièces sont souvent moins anciennes qu'on pourrait le croire en théorie. Il est des ijiiinciissis qui par leur style sont certainement contemporains de l'as libralis: il en est même parmi ceux qui représentent des armes, qui font allusion à la vic- toire de L. Papirius Cursor sur les Samnites en 460 (294 avant notre ère) : d'autres se rapportent certainement à la défaite de Pyr- rhus en 4H0 (274 av. J.-C.); ces dernières pièces sont, en eflfet, au type de l'éléphant, et Ion sait que les Romains virent pour la pre- mière fois ces animaux lors de l'invasion du roi d'Epire. Ainsi, il ne saurait y avoir un point chronologique bien marqué pour la cessation du monnayage de l'a'S signatum; mais nous savons, en revanche, à quelle époque précise et légale fut inauguré le système de Wvs grave qui devait lentement finir par se substituer complètement à lui.

II. AES GRAVE. SYSTÈME DE L'aS LIBRAL.

On peut admettre que Wvs signaluin constituait déjà une monnaie puisqu'il était émis avec une empreinte officielle, sous le contrôle et avec la garantie de l'Etat. Mais il restait encore un pas à faire pour arriver à la monnaie telle que nous la concevons aujour- d'hui : c'était d'inscrire, sur le lingot même, l'indication de sa valeur légale. Après avoir discuté tous les textes anciens, Mommsen et Marquardt concluent l'un et l'autre que ce nouveau perfectionne-

' Cic. De rcp. a. a. O.

- V. Festiis, Pcciibtus. p. 2^7, et p. 24 et 144 ; Plutarch. PopUcola, 11. Marquardt. Ra'inischc Stoatsi'cni'altiiiif;-. Zwciter Band. p. 7.

VJ INTRODUCTION

ment dans l'art monétaire romain ne remonte pas au delà des Dé- cemvirs, entrés en chart^e en l'an de Rome 304 (4Î0 av. J.-C). Les lois Aternia-Tarpeia et Menenia-Sestia, qui fixent encore le prix des amendes en bestiaux, ne sont que de quelques années antérieures aux Décemvirs. Ces maijistrats voulurent, on n'en saurait douter, suivre l'exemple de Solon à Athènes qui transforma également en espèces monnayées les amendes lixées avant lui en bœufs et en moutons. La loi des Douze Tables paraît être le premier document authentique qui fixe en monnaie métallique le montant des sommes à payer soit comme contributions, soit comme amendes '. En admettant même, avec Samwer, qu'il y est question de lingots pesés et non d'une monnaie véritable, on serait toujours contraint de reconnaître que l'introduction de la véritable monnaie à Rome date de l'époque des Décemvirs -.

Les produits de ce monnayage n'affectent plus la forme carrée ou cubique de Wvs sigimliim. Ce sont des pièces lenticulaires très lourdes, au moins comparativement à celles qui ont suivi : de là, le nom d'a'S grave qui leur fut donné. Les plus volumineuses ont à peu près le poids de la livre romaine de 12 onces ou 288 scrupules (527 grammesl : c'est l'as nommé aussi assis et assa/'/ws (àgaatiov) ; de vient qu'on appela cette monnaie, qui fut la base du système monétaire des Romains, as libral ou as d'une livre •'. Cette amélio- ration notable du signe d'échange n'était pas encore la perfection : quand on avait à faire des paiements considérables, il fallait, comme le raconte Tite-Live, faire transporter sur des chariots cette encom- brante monnaie: a'S grave plauslris quidam conveheiites ''. Un assez grand nombre de ces pièces volumineuses sont parvenues jusqu'à nous; comme toutes celles de Wvs signaluin, elles sont coulées et non frappées. Nous pouvons même, par l'examen des monuments, nous rendre un compte exact du système de fabrication : une même coulée produisait à la fois plusieurs pièces qui étaient ensuite dé- coupées et séparées violemment les unes des autres, de sorte que la tranche montre encore souvent les traces de la rupture du lingot ou les bavures de la coulée.

A une époque qu'on peut considérer comme contemporaine des Décemvirs, le système de l'as libral fit aussi son apparition dans la plupart des villes du Latium et de l'Etrurie. Le nom de l'atelier ou de la ville ces pièces ont été émises n'est souvent pas indiqué sur le monument ou ne l'est que d'une manière fort incomplète, comme, par exemple, la première lettre du nom. Des séries de ces

' Mommsen. Hist. de la monnaie romaine. T. I, p. 180,

- K. Samwer a essayé tout récemment de démontrer que dans ce qui nous reste des lois des Douze Tables, et dont l'authenticité est certaine, il n'est pas encore question de monnaie véritable, mais de lingots pesés. K. Samwer. Oj?. cit. p. 17.

■' Grave œs dictum a pondère, quia déni asses, singuli pondo libras, efficieban denariiun (Festus. Epit. p. 9^.)

'► Tit. Liv. IV. Oo. 0. en l'année ^48 (400 av. J.-C).

INTRODUCTION

monnaies sans légende, mais avec indication de leur valeur, produits d'ateliers de l'Italie centrale, ont été attribuées avec plus ou moins de certitude à Tibur, à Preneste, à Ardea, à Formies, à Fondi, à Fregelles, à Albe, etc.

Marchi et Tessieri dans leur grande publication sur Wvs ^^rjpc du musée Kircher ' ont classé en diverses séries les spécimens de l'œs ^i^rcii'C du Latium dont l'attribution est incertaine. On trouve sur ces pièces des types qui figureront plus tard sur la monnaie romaine, et il est probable que quelques-unes au moins sont d'une assez basse époque, ou sorties de l'atelier de Rome avant qu'une réforme mo- nétaire ait uniformisé les types. Ainsi, la divinité coiffée du casque à tète d'aigle ou de griffon, qui figure sur des as attribués à Tibur ou à Preneste, se rencontre aussi sur le decitssis et sur le denier de la république. Il en est de même des tètes de Janus et de Mercure sur des as classés à Ardea, des tètes de Jupiter et d'Hercule, et enfin de la proue de navire qui va devenir ou qui est peut-être déjà l'emblème constant du revers des monnaies romaines.

Ne voulant point nous écarter de la monnaie romaine proprement dite, nous n'insisterons pas sur ces séries de Wvs grave du Latium dont la patrie est incertaine, et nous ne parlerons pas de celles qui sont données avec certitude à Luceria et à Venusia, par exemple, bien que ces pièces, par leurs types et surtout leurs poids, soient manifestement imitées des monnaies romaines. Les spécimens de Wvs grai'C libral que l'on classe sans hésitation à Rome ne portent pas, originairement au moins, le nom de roma qui n'apparaît que postérieurement: mais ils ont toujours une proue de navire pour type du revers. Quel est le sens de ce symbole qui a persisté sur la monnaie de bronze jusqu'à la fin de la république .- c'est ce que l'on ne sait point d'une manière précise. Mommsen conjecture que c'est la marque de la puissance maritime à laquelle le gouvernement des Décemvirs donna une si vigoureuse impulsion -. Peut-être pourrait-on trouver dans ce symbole une allusion au culte spécial que les Romains avaient pour les Dioscures Castor et Pollux, divinités qui figurent, comme nous le verrons, sur les premières monnaies d'argent : les Dioscures étaient les dieux protecteurs de la mer et de la calme navigation, et on les adorait dans les ports, à Ostie notamment. Au surplus, la proue de navire se rencontre déjà auparavant sur des monnaies des plus anciens rois de Macédoine, et l'on peut croire que l'apparition de la proue sur le bronze romain est due à une imitation de pièces grecques. Enfin, il est une circons- tance historique qui a contribuer plus que toute autre chose, ce nous semble, à faire adopter définitivement ce type monétaire déjà usité. On se rappelle que la ville d'Antium fut prise, une douzaine d'années avant l'entrée en charge des Décemvirs, c'est-à-dire en 467 av. J.-C, par Quinctius Capitolinus et que les proues {rostra) de

' Marchi et Tessieri. L'œs grcii'C iicl Miisco Kirclicriano, 1859. - Mommsen. Hist. de Li monnaie ronuiinc, T. I, p. 194.

\iri INTRODUCTION

ses navires furent enlevées et portées à Rome pour servir d'ornement à la tribune aux harangues. Tel est sans doute le fait historique demeuré célèbre qui servit de prétexte à l'adoption exclusive du type de la proue sur les monnaies de bronze.

La forme même de la proue a donné lieu à des remarques fort judicieuses de K. Samwer <. Dans la numismatique grecque on rencontre trois formes de proues : i" la proue à bec pointu et recourbé en arc de cercle; 2" la proue à bec pointu et projeté en avant; 3" la proue arrondie en volute. Cette dernière est la seule qui figure sur les monnaies romaines ; or, les Grecs ne l'ont connue qu'à partir de l'an 306 av. J.-C. (44H de Rome), car elle apparaît pour la première fois sur une monnaie de Demetrius Poliorcètes. Les monnaies romaines ne sauraient donc être antérieures à cette date, qui est bien celle des Décemvirs. Du côté du droit se trouve une tète de divinité qui varie pour chacune des monnaies de la série constituée par le système de Vas libral ; voici comment était composée cette série :

La monnaie librale se divise par douzièmes; l'as, du poids d'une livre romaine, est l'unité du système ; il équivaut, comme valeur, à la ).'!Tpa d'argent en usage à Syracuse. A l'époque des Décemvirs, les Grecs de Sicile avaient un système monétaire dont l'argent était l'étalon; comme l'argent grec envahissait les marchés de l'Italie méridionale et pénétrait môme dans le Latium, les Décemvirs cherchèrent, dans le système monétaire qu'ils voulaient établir, à créer un étalon de bronze qui fût, sur le marché, l'équivalent parfait de l'étalon d'argent sicilien. Ce fut l'as libral ou Xt'xpa de bronze correspondant au nummiis d'argent des Grecs; la petite unité du système grec, oÙY^^ta- douzième partie de la Xixpa, passa de même dans le système romain, elle de\\nt Yiincia, la douzième partie de l'as.

Théoriquement, les multiples de l'as sont les suivants :

Ditpondius (2 as). Tripondiits ou iressis (5 as). Quadrussis (4 as). Quincussis (<, as). Scxtiissis (6 as). Septiissis (7 as). Ocliissis (8 as). Nonussis (9 as). Decussis (10 as).

On pourrait continuer ainsi de suite jusqu'à Ccnliissis (100 as). Mais la plupart de ces pièces n'ont jamais été émises; c'étaient des monnaies de compte. Il n'y a d'exception que pour \e dupondius, le Iripondiiis, et le deciissis qui ne font eux-mêmes, à l'époque de la

1 Geschiclite des iiltcren rwinisclicn Mihi:{wci;en<:, p. î6 et suiv.

INTRODUCTION IX

réduction de l'as, qu'une apparition passagère dans le monnayage romain ' ; on peut dire que la pièce la plus forte mise en cir- culation était l'as de 327 grammes.

Les sous-multiples de Tas, ou, si l'on veut, les multiples de l'once étaient les suivants :

As (12 onces).

Dcunx (i 1 onces).

Dcxlans ou Dccunx (10 onces),

Dodrans (9 onces).

Bes (8 onces).

Scphinx (7 onces).

Semis (6 onces).

Qiiincunx (^ onces).

Tricns (4 onces).

Quadrans {} onces).

Sextans (2 onces).

Uncia (i once).

Scmiincia (1/2 once).

Un certain nombre de ces monnaies, comme le dcunx et le scf:'lunx, n'ont jamais été émises; d'autres ne l'ont été qu'accidentellement. Les seules pièces qui aient été en circulation dans le système de Vas libral non réduit et qui, d'ailleurs, persistent avec des réductions successives aussi longtemps que le monnayage de bronze sous la ré- publique sont : l'as, le semis, le Iriens, \e quadrans, le sextans q\. Yonce .

L'indication de la valeur figure toujours sur la monnaie. La grande unité ou l'as est représentée par un trait vertical I ; la petite unité ou l'once, par un point ou globule. Les multiples de l'as s'expriment par la répétition du trait I jusqu'au quadrussis inclusivement; à partir du quincussis, on emploie dans les textes ce signe I combiné avec les suivants :

V X

= 10.

^

--= ^0.

c

= 100.

Les multiples de l'once s'expriment par la répétition du globule ou point; il n'y a d'exception que pour le semis qui est le plus généralement exprimé par la lettre S. Nous allons donner d'ailleurs un tableau d'ensemble du système, tel qu'on le constate sur les espèces elles-mêmes :

Decussis, X Quincussis, V

' Baron ii'A\\\\. Rcchcrclw.^ sur Ij ntonimic ronidinc, T. I. p. au

X INTRODUCTION

Quadrussis. |||| Tril:<C':Jiits, ||| Dupondius, Il

As, I ou V (Àl'v'Jt, //iTt').

Semis, S

Quincunx

Trions, ....

Quadrans, . . .

Sexlans, . . Uncia,

Scnmncia, i

Il y a encore un autre caractère qui permet de distinguer au premier coup d'œil les monnaies de bronze les unes des autres : c'est qu'elles ont toutes un type différent au droit. Sur l'as, on voit la tète de Jaiius bifrons; sur le semis, celle de Jupilcr; sur le triens, la tête casquée de la déesse Rome, sous les traits de Minerve: sur le quadrans, la tête d'Hercule; sur le sextans, la tête de Mercure; sur lonce, la tête de la déesse Ronie, comme sur le triens.

La tête de Janus bifrons fut empruntée à d'autres monnaies italiotes comme celles que l'on attribue à Ardea,etenla comparant à la double tête imberbe des monnaies romano-campaniennes, on peut en aller chercher le prototype à Rhegium ou même jusqu'à Lamp- saque de Mysie et sur des statères pannoniens imités de ceux de Philippe de Macédoine et d'Audoléon de Péonie. On sait d'ailleurs que Janus était la divinité suprême des populations primitives de l'Italie centrale et que le culte en avait été popularisé à Rome par Numa ^ Eckhel a rapproché tous les passages des auteurs anciens qui montrent que, suivant la tradition romaine, le type de Janus avait été placé sur l'as, et le type de la proue sur toutes les pièces de la série, en souvenir de l'arrivée de ce dieu en Italie et de l'hospi- talité que lui avait offerte Saturne débarqué avant lui sur la côte du Latium*. Il n'est pas besoin de faire ressortir l'importance du culte de Jupiter à Rome, importance qui explique suffisamment la présence de cette divinité sur le semis, sans compter que Jupiter paraît déjà auparavant sur des monnaies de l'Italie centrale ou méri- dionale, imitées de monnaies macédoniennes. La tête de la déesse Rome, qui figure coiffée du casque sur le triens et l'once, a servi plus tard, comme nous le verrons, de type aux premières monnaies d'argent frappées à Rome, et nous l'expliquerons plus loin. Disons seulement que ce même emblème qui trahit l'influence macédonienne paraît encore sur le decussis, le tripondius et le dupondius, lors de l'émission momentanée de ces multiples de l'as. Nous n'avons point à raconter ici comment le culte d'Hercule s'introduisit en Italie ; on constate fréquemment sur les monnaies et les monuments étrusques

1 Preller. Rœinischc Mythologie, p. 148 (^Berlin, in-8, Ibj8).

2 Eckhel. Doctr. niiin. vct. T. V, p. 14.

INTRODUCTION XI

et sur ceux de la Grande Grèce la représentation du dieu qui per- sonnifiait la force corporelle; il est toujours, comme sur le quadrans romain, caractérisé par la dépouille de lion qui lui sert de coiffure. Mercure enfin, le dieu du commerce, dont le type paraît sur le sextans, est non moins fréquemment qu'Hercule représenté sur les monnaies et les monuments de lltalie primitive. De sorte qu'il est manifeste que les monnaies romaines de l'as libral n'ont rien, quant aux types, qui soit une innovation étrangère aux usages des peuples voisins de Rome, qui partageaient les mêmes croyances religieuses et qui avaient déjà été en quelque sorte absorbés par le grand courant commercial qui se faisait entre l'Italie, l'Illyrie, la Péonie et la Macédoine : c'est en cela qu'on peut dire que les monnaies romaines appartiennent au pur hellénisme.

L'as, qui resta toujours la base du monnayage de bronze à Rome, avait théoriquement, à l'origine du système de l'as libral, le poids d'une livre romaine : as eral libra pondus, dit Varron •. Mais ce poids d'une livre constitue plutôt le point de départ du système, que le poids réel. Tous les monuments de cette époque primitive qui nous sont parvenus pèsent moins d'une livre. On ne connaît jusqu'ici qu'un seul as dont le poids dépasse une livre, c'est celui du musée Olivieri, à Pesaro, qui pèse y)0 gr. }o, ou environ 14 onces ro- maines. Mais ce n'est qu'une exception qui vient sans doute de la maladresse de l'ouvrier, car les pièces coulées sont toujours d'un poids beaucoup plus irrégulier que les pièces frappées. Après de très nombreuses pesées, Mommsen regarde comme prouvé par les monuments que le poids normal de l'as romain ne dépassait pas 10 onces. Pourtant, nous devons dire que cette moyenne nous parait une réduction un peu excessive : tous les auteurs romains attribuent à l'as ancien le poids d'une livre, et de très nombreuses pesées faites par le baron d'Ailly dépassent le poids de dix onces-. Quoi qu'il en soit, c'est donc pratiquement sur le poids de dix onces au moins, et théoriquement sur le poids d'une livre ou 12 onces, qu'il faut établir le système monétaire inauguré par les Décemvirs. "Voici, en con- séquence, le tableau du poids légal des monnaies émises dans le système de l'as libral, antérieurement à toute réduction :

As P/"""-

Semis ^(^3-7-

Triais 109. 4 v

Quadrans 81.86.

Scxlans Î4.)8.

Once 27.

Il nous reste à dire un mot du caractère artistique de ces

_< De liiisr. Lit. V. § 109. Cf. Feslus, in Giwc a.'s. Dionys. Halic. 1. IX. p. 586. K. Samwcr. Op. cit. p. 4> et suiv.

- Baron d'Ailly. Recherches sur la monnaie romaine, Ti I, p. 21 j. Cf. Mar- quardt. Rti-mische Staats!>enijaltung;, Zweilcr Band, p. 9.

XII INTRODUCTION

premières monnaies de Rome, à l'aspect plein de rudesse et d'ar- chaïsme parfois, mais qui, souvent aussi, trahissent une imitation habile de l'art monétaire des Grecs. M. de Witte et Ch. Lenor- mant ont fait à ce sujet les observations suivantes : <■ Qu'on examine avec attention les as en apparence les plus grossiers, on y trouvera toutes les qualités qui appartiennent essentiellement aux monnaies de la grande époque et à l'art le plus avancé; la lentille est de belle forme, renllée dans le centre, samincissant sur les bords ; le relief des figures est ferme, savant, et les raccourcis conformes aux lois de la perspective. La couronne de Jupiter sur le semis, le casque de Minerve sur le triens et sur l'once, la peau de lion qui recouvre la tète d'Hercule sur le quadrans, le pétase ailé de Mercure sur le sextans, sont ajustés avec la grâce facile qui n'appartient qu'aux beaux temps de l'art. Ces pièces, il est vrai, et surtout les as, présentent une apparence de rudesse; mais cette rudesse même n'est pas le résultat de l'inexpérience ; celui qui a modelé les cheveux et la barbe des tètes de Janus les plus grossières aurait certainement été capable d'exécuter un travail plus complet et plus soigné : le procédé qu'il a mis en pratique et qui consistait à masser les ondula- tions de la chevelure et môme la convexité des yeux au moyen de boulettes de cire ou d'argile posées sur le relief de la tète, dénote une main qui se joue des difficultés de l'art '. »

TU LES RÉDUCTIONS DK l'AS.

Le grand nombre des as coulés pesant le poids normal de 9 à 12 onces, qui sont conservés dans les collections, prouve que les Romains conservèrent pendant longtemps le système de l'as libral et sa taille régulière, telle que les Décemvirs l'avaient établie. Mais une quantité plus considérable encore d'as, qui n'atteignent pas le poids de 9 onces, vient constater, d'autre part, que le poids légal de la monnaie finit par être sensiblement altéré. Il arrive une époque le poids des as diminue subitement de plus de moitié; puis, à partir de ce moment, l'altération pondérale va toujours s'acheminant graduellement jusqu'à ce point que l'as ne pèse plus qu'une once et moins encore ; de sorte que le plus sûr critérium pour le classement chronologique de ces pièces est leur poids, les plus modernes étant les plus légères. " A chaque nouvelle émission, dit le baron d'Ailly, l'as avait un poids moindre que dans celle qui la précédait, et par cette diminution, insensible à l'œil et à la main, on arriva, sous la même législation monétaire, à une dégénérescence de poids qui étonne, lorsque l'on compare le point de départ avec celui de l'ar-

I J. de Wittc et Ch. Lenormant. Elite drs nuvuimcnls ccraiiiograpliiqncs, T. 1. introd. p. XXX.

INTRODUCTION XIII

rivée '. » Mais nous abordons une question difficile sur laquelle les numismatistes les plus éminents diffèrent d'opinion. Les réduc- tions pondérales de Tas et de toutes les pièces du système monétaire sont-elles des altérations inconscientes et inaperçues, ou bien ont- elles été voulues et décrétées par des lois.' La première hypothèse paraît invraisemblable parce que la différence de poids entre les as anciens et les as plus récents est énorme. La seconde seule est admissible ; mais, dans ce cas, quelles sont les lois qui ont décrété les réductions de l'as? quelles sont les étapes successives et i^ra- duelles de dépréciation.- Questions auxquelles il est difficile de répondre à cause du silence des textes, et sur lesquelles on a émis les avis les plus opposés. Après avoir étudié et comparé les diffé- rents systèmes de classement qui ont été proposés, nous avons nous décider à adopter celui de Mommsen, tout en reconnaissant qu'il est loin d'être à l'abri de la critique. Tous les classements, d'ailleurs, peuvent trouver leur justification dans l'examen des mo- numents, puisque ces derniers forment, au point de vue pondéral, une série décroissante qui ne comporte ni interruption ni lacune. « Si l'on voulait, dit encore le baron d'Ailly, supposer que chaque espèce de poids dune différence un peu sensible indique une nouvelle réduction légale, on arriverait nécessairement à ce résultat aussi inadmissible qu'absurde, qu'il y aurait eu un nombre infini de lois monétaires, presque autant que de spécimens de l'as '. » C'est sous ces sages réserves que nous avons dressé le cadre qui va suivre.

Première réduction. As trient al.

La démarcation de poids et de module entre l'as libral et l'as de la première réduction est facile à constater, puisque, avons-nous dit, cette réduction est tout à coup de plus de moitié. Le plus grand nombre de ces as nouveaux ne pèsent que quatre onces, d'où le nom d'tTS Iricnlal. Des auteurs romains, Varron ■', Verrius Flaccus et Pline '', nous disent que Vas librcil fut aboli pcndanl la guerre punique. Après d'ingénieuses déductions, Mommsen conclut qu'il faut en- tendre par la première guerre punique : <( Nous pouvons, dit-il, considérer comme un fait acquis à l'histoire que la fabrication de l'as libral dura jusque vers 490 1264 av. J.-C.t. ■• Nous sommes, pour notre part, porté à croire que la disparition de l'as libral et son rem- placement par l'as triental coïncident avec l'apparition de la première monnaie d'argent, qui eut lieu en l'an 486 (268 av. J.-C). C'est

' Baron d'Ailly. Recherches sur Li nwniuTie roinjine.T. 1, p. 4;.

- Baron d'Ailly. Recherches sur Li inoiumic romaine. T. I, p. 44.

■' Scri^tiiLj CCLXXXVIII (une livrcj iis antiquus iioster cinte hélium Puni- cum pendehjt. Varro, De re rustica, I, 10, 2; cl'. De /t«c«'' Icitina.'V, 169, 182.

'• Voyez les citations de Mommsen. Hist. delà mon. rom.T. Il, p. 11, cf. Marquardt. Rœniische Stciaisi>erwaltunf:, T. II. p. 9.

INTRODUCTION

donc à cette date que nous plaçons Tinstitution de l'as triental due certainement aune mesure législative et non aune altération abusive. Mais en môme temps que les Romains réduisaient l'as au tiers de son poids primitif, ils créaient, pour remplacer les grandes pièces démonétisées, de nouvelles monnaies valant plusieurs as ; ce sont les pièces dont nous avons déjà parlé : le dccussis, d'une valeur de dix as, le Iripondiiis valant trois as, et le diipondhis deux as. En outre, on commença à employer la frappe au marteau, au lieu de la fusion, pour les petites subdivisions de las : le sextans et l'once sont presque toujours frappés, et portent en légende, au revers, le mot ROMA. Les pièces plus grandes et plus difficiles par conséquent à soumettre à l'épreuve du marteau continuent à être anépigraphes et produites par la fusion, au moins pendant la première partie de cette période. Le système de Vas triental fournit donc théoriquement le tableau suivant :

Dccussis {\o as] 1091 gr. ^o

Tripondius ^? as) 527 gr. 00

Dupondiiis (2 as) 218 gr. 30

y\s (1/3 de la livre) 109 gr. 115

Semis {ï/2 de l'as) ^ gr. 58

Triens {i/^i de Tas) 36 gr. 38

Qiiadrans (1/4 de Vas) 27 gr. 79

Sextans (1/6 de l'as) 18 gr, 19

Once (1/12 de l'as^ 9 gr. 09

En pratique on trouve un certain nombre de pièces qui dépassent légèrement le poids légal, et celles qui lui sont inférieures sont très communes. C'est avec l'apparition de l'as triental, l'an de Rome 486 (268 av. J.-C.) que la fabrication de la monnaie d'argent fut introduite pour la première fois dans l'atelier de Rome ; dès lors le bronze ten- dit à n'être plus qu'une monnaie d'appoint et il cessa d'être l'étalon monétaire ; nous entrerons dans plus de développements à ce sujet quand nous parlerons de la monnaie d'argent.

Dernière réduction. As oncial et semi-oncial.

Les abus continuèrent à se produire dans le monnayage romain du bronze avec d'autant plus de facilité que les pièces diminuant de vo- lume et l'as n'étant plus l'étalon monétaire, la monnaie de bronze n'avait plus guère de valeur intrinsèque. Du poids de quatre onces, l'as descend par dégradations successives au poids de trois onces, de deux onces, d'où le système qiiadrantal et le système sextantaire, et enfin au poids d'une once. Cette dernière réduction est celle de l'as oncial qui vaut un seizième de denier. Ce fut en l'an ^37 (217 av. J.-C.) sous le consulat de C. Servilius et de C. Flaminius, l'année même de la bataille de Trasimène, Q. Fabius Maximus étant dictateur,

INTRODUCTION XV

que la loi Flaminia. appelée aussi loi Fabia, institua l'as oncial'. Cette nouvelle démonétisation n'eut pas d'autre but, comme Pline le laisse à entendre, que de fabriquer un plus grand nombre de pièces de même valeur avec une même quantité de métal, afin de subvenir par cet expédient aux dépenses énormes que nécessitait la guerre contre Annibal. 'Voici, avec leur poids légal, la série des pièces émises sous ce nouveau régime :

.4s (une once pondérale) 27 gr. oo

S(?Ȕ/s (1/2 de l'once) 15 gr. ^o

Triais {}/} de l'once) 9 gr. 00

Qiiadrans (1/4 de l'once) 6 gr. 7^

Sexlans (1/6 de l'once) 4 gr. 50

Once (i/i 2 de l'once pondérale! .... 2 gr. 2^

Sous le régime oncial, il est rare de trouver des pièces coulées; la frappe devient le seul mode d'émission des monnaies ; le mot ROMA paraît au revers, sous la proue de vaisseau, sur toutes les pièces de la série; mais le bronze est totalement déprécié. On cessa même d'émettre des as, de l'an 600 environ à l'an 650. (i=;4 à 104 av. J.-C), et les subdivisions seules de l'as se rencontrent dans le monnayage romain pendant cette période. Après 6^0 on rencontre quelques as, ceux de Cn. Blasio et de C. Fonteius, mais par la faiblesse de leur poids, ils laissent présager dans la taille une modi- fication, qui ne devait pas tarder à se régulariser.

Cette nouvelle dépréciation, en e(Tct, constitue le système scmi- oncicil qui succéda au régime oncial et fut légalement inauguré par la loi Plautia-Papiria en 66^ (89 av. J .-C.)- à rocca<;ion d'une grande détresse financière, l'as ne pèse plus alors normalement que n grammes ^o. Comme cette monnaie n'avait aucune valeur intrin- sèque, on négligea même de lui donner ce poid<:, pourtant si faible, et on trouve des as qui ne pèsent qu'un huitième d'once. <' Bientôt après, dit Mommsen, entre les années 670 et 680 (av. J.-C.) l'émis- sion de la monnaie de cuivre cessa tout à fait, et si l'on excepte quelques pièces de cuivre frappées hors de la capitale par les géné- raux, on ne fabriqua plus que des monnaies d'argent pendant plus d'un demi-siècle '. » La monnaie de cuivre, qui cessa d'être frappée sous Sylla, ne reparaît que bien plus tard et seulement peu d'années avant le commencement de l'ère chrétienne, vers l'an 7^9 (i^ av. J.-.Ci pendant que M. Sanquinius et P. Licinius Stolo remplissaient la charge de triumvirs monétaires. L'as fut alors frappé avec le poids de un tiers d'once, soit 9 grammes ; ce poids se maintint assez régu- lièrement pendant toute la durée du Haut-Empire.

Posica Hannibak iin;-ciilc, Ç>. Fiihio Maximo JicLTtiVC, asscs iincùilcs fLiCti. Pliii. Hist. nafiir. lib. .X.XX1I1. cap. ij.

- Mo.v Icgc Piij?irij sciniiiiicuirii nsscs facti. Plin. Hist. naf. XXXIII. 4<'i Gf. E. Babclon, dans la Revue numismatique, 1'^'' trini. 1884.

" Mommsen, Hist.de lu monnaie romaine, 11. p 7?;

INTRODUCTION

Quant aux types de la monnaie de bronze, ils persistèrent, tels que nous les avons indiqués plus haut, pendant toute la durée de la répu- blique. Toutefois, il existe à cette fixité quelques dérogations qu'on a signalées et qui proviennent généralement de ce que les pièces qui les portent n'ont pas été frappées dans l'atelier même de Rome. Sur quelques monnaies, au lieu de la proue de vaisseau, au revers, se trouve la légende inscrite horizontalement dans le champ, au milieu d'une couronne de laurier ; on voit aussi, une ou deux fois, la tête de Saturne ou celle d'Hercule barbu. Mais ces types anormaux n'ont pas réussi à faire déroger la tradition romaine. Ils sont des exceptions produites soit dans des ateliers provinciaux, soit en raison de motifs inconnus, pendant une période de troubles politiques, comme, par exemple, les pièces de bronze de L. Piso Frugi, de Q. Titius et de C. "Vibius Pansa, magistrats monétaires à l'époque de la guerre Sociale. Leur apparition momentanée dans l'histoire du monnayage de la République est comme le reflet des troubles politiques qui alors agitaient Rome elle-même.

iV. PREMIÈRES MONNAIES D'ARGENT.

Si pendant longtemps les Romains ne fabriquèrent que de la mon- naie de bronze, il n'en est pas moins certain qu'ils connurent, de très bonne heure, l'or et l'argent monnayés de leurs voisins de l'Etrurie, de la Grande Grèce et de la Sicile. Pour lors, dans les opérations commerciales, il dut exister, dès l'origine, une proportion légale entre entre les trois métaux, et l'or et l'argent circulaient dans les pays de Vœs f^rape. ils étaient reçus au poids. Mais à quelle époque remonte la première monnaie d'argent émise par l'Etat, à Rome, c'est ce que nous allons déterminer.

Nous devons d'abord signaler une discussion fameuse qui s'engagea, il y a quelques années, entre divers savants relativement à la question qui nous occupe. Le duc de Luynes publia, dans la Reintc numismali- quc de 1859, un mémoire il pensait établir que l'argent monnayé avait existé à Rome dès le temps des rois et qu'on en devait l'intro- duction à Servius Tullius, d'après ce passage de "Varron : niiininiim argentcum Jlaliim primiim aScrpio TitUio dicitnlK Après avoir cité un certain nombre d'auteurs anciens à l'appui de cette opinion, comme Festus et Denys d'Halicarnasse, l'illustre archéologue croyait avoir retrouvé en nature ce niimmus d'argent ou denier primitif de Rome dans deux pièces dont voici la description :

I- QWAÎAHEA- Truie à droite, accompagnée de quatre pour- ceaux, lî. Branche et grappe de raisin. Poids, 11 gr. Ov

Coll. Blacas, aujourd'hui au British Musciim.

1 Varro, a^. Cliarisiiis. p. 105 éd. Kcil.

INTRODUCTION

2. POMA- Massue sur des objets incertains et ondulés. î^. KVPI- Truie allaitant ses petits à l'ombre d'un arbre qui la couvre de ses branches prolongées. Poids, logr. 4î.

Coll. de Luynes, aujourd'hui au Cabinet de France.

Le nom de Valcntia qu'on lit sur la première de ces monnaies est, d'après des auteurs anciens, le nom que Rome aurait porté avant l'arrivée de Romulus '. Roma Curi-{t'nim] ou Pdijia Kucitwv, qu'on trouve sur la seconde, se rapporterait aux Sabins de Cures établis sur le mont Quirinal et faisant partie de la nation romaine ou Quiritcs. Ces pièces seraient donc, d'après le duc de Luynes, des spécimens du luimmus du roi Servius Tullius, et il conclut que l'introduction de la monnaie romaine de bronze, à Rome, ne put avoir lieu, sous Servius Tullius. qu'après la mise en circulation de sa monnaie d'argent. Tel est également l'avis du baron d'Ailly -.

Les partisans de ce système devaient nécessairement reconnaître que cette monnaie d'argent avait été supprimée au commencement de la république, pour ne reparaître que deux siècles plus tard. Cette interruption subite et inexpliquée dans le monnayage de l'argent ne laissait pas que de susciter quelques doutes sur la découverte du duc de Luynes. Mommsen •' examina la question, et après avoir pesé tous les arguments, il contesta les conclusions du savant français, à l'aide de preuves qui, jusqu'ici du moins, ont été regardées comme irréfra- gables : elles tendent à démontrer que les pièces sont l'œuvre d'un habile faussaire moderne.

"Voici les points principaux de ce verdict :

La forme Pau lieu de R, la ligature N" et même l'A ne se sont jamais rencontrés sur des monnaies aussi anciennes; la diphthongue OV pour V n'a jamais été employée avant Polybe.

2" Les deux pièces sont frappées des deux côtés; elles ressem- blent à des monnaies d'une époque bien postérieure, et elles ne peu- vent être contemporaines de Solon dont les monnaies n'étaient frappées que d'un seul côté.

3" Les expressions Poaa Kuçta et OuaXavTsra sont appuyées sur des traditions douteuses et d'une basse époque.

Enfin, Mommsen déclareque les piècespubliéesparle duc de Luynes sont des pièces fausses; le duc de Blacas ^ et le baron d'Ailly •' croient à leur authenticité, mais elle n'est guère défendable. Dans le cas peu probable ces deniers d'argent ne seraient pas l'œuvre d'un faus- saire moderne, il faudrait les attribuer à une époque postérieure à celle que voulait leur assigner le duc de Luynes, et ils n'appartien- draient pas à l'atelier de Rome ''.

' Feslus. p, 266.

- Rechercher sur Li incniuic rcmaine. t. I, p. 11.

•' Mommsen. His' . de la nionimie rcinaine, t. I. p. 2?o.Cf. Marquardt. Rœ- inische Staiihpenihiltiin}:^. t. II. p. n. note 6. Bsihrfcldl. Nuniisni. sphrci^. An-ei- ger Ha nnoi'er, iHjù, p. 10.

* Dans Mommsen. Hist. de la monnaie romaine, t. I, p. 251, note.

•• Loc. cit.

•' M. A. von Sall3t a publié une monnaie fausse qui porte exactement les

XVni INTRODUCTION

Il faut descendre à une époque bien postérieure à la royauté pour trouver le premier denier romain. On ne peut pas compter, en effet, au nombre des monnaies de Rome, les pièces d'or, d arj^^ent et de bronze frappées dans la Grande Grèce et marquées de l'inscription ROMA. Ces pièces, dites ronmno-campanicnncs, constituent une classe à part qui. chronologiquement, prendrait sa place ici, mais dont nous parlerons plus loin pour en fixer l'époque et le caractère ; nous ne nous occupons, pour le moment, que des monnaies sorties de l'atelier même de Rome.

Pline place la première émission des deniers d'argentà Rome, en l'an 48^ (269av. J.-C.) : argcnliim sir^natiim anno Urbis CCCCLXXX'V. Q. Ogulnio. C. Fabio coss. '. Tite-Live et d'autres auteurs descen- dent cette date d'une année. C'est donc environ l'an de Rome 486 (268 av. J.-C), quatre ans après la prise de Tarente et quatre ans avant la première guerre Punique, que furent frappés, à Rome, les premiers deniers d'argent de la république -. On venait, comme nous l'avons dit, d'inaugurer le régime de l'as triental. Il fut dès lors inter- dit à toutes les contrées de l'Italie soumises à l'autorité romaine de fabriquer de la monnaie d'argent : c'était le cours forcé pour les pro- duits de l'atelier du Capitule. Il n'y eut d'exception que pour le monnayage romano-campanien.

En même temps qu'on créait à Rome la monnaie d'argent, on ins- talla, pour la frapper, un atelier monétaire sur le mont Capitolin,dans le temple de Junon Monda ou Vavcrlisscuse. Ce surnom avait été donné à Junon parce que, sur le vœu de Camille, son temple fut construit sur l'emplacement de la maison de Manlius qui avait en- tendu jadis les Gaulois monter à l'assaut du Capitole et avait averti les gardes :

Arec quoque in summa Junoni templa Mouette Ex voto mcmorant facta, Camille, tuo ■'.

C'est par que s'explique la présence de la tète de Junon Moneta sur un grand nombre de monnaies d'argent de la république ; de aussi, vint l'usage d'appeler monciani les magistrats préposés à la fabrication des espèces; le nom de monda fut plus tard appliqué à l'argent monnayé lui-même ^.

Le style et le poids des premiers deniers de la république trahit, au premier coup d'œil, une imitation grecque, et il est manifeste que les Romains cherchèrent, dans un but purement commercial, à

mêmes types que la pièce sur laquelle on lit QVALANTEA ; '"^'s cette lé- gende est remplacée sur le nouvel exemplaire par OPOHNA- M. A. von Sallet pense que le faussaire qui a fabriqué ces pièces habite la Sicile. Zcit- schrift fi'ir Niimisinatik. t. V (1878), p. 24J.

« Plin. nist. nat. XXXIII, j, 44 ; cf. 42.

- Hultsch. Gricchischc iiiid romischc Métrologie, 2eédit., p. 277,

Ovid. Fast. VI, 18?.

* Fr. Lenormant. La /jîo^hj/'l' dcins l'antiquHc, t. I, p. 82.

INTRODUCTION XIX

imiter les drachmes de la Grande Grèce, de poids attique, qui alimentaient le commerce de l'Italie centrale et affluaient jusqu'à Rome. Sur le nouveau denier, la tète de femme qui figure au droit, avec le casque de Persée orné de deux ailes sur les côtés et d'un cimier qui se termine par une tète d'aigle ou une tète de griffon, est celle de Pall.ts ou plutôt de la déesse Roma elle-même, telle qu'on la voit antérieurement sur un didrachme des Locriens avec l'ins- cription PflMH mZTIZ '• C'est la même tète que celle que nous avons déjà signalée sur l'once, le triens, le dupondius, le tripondius et le décussis. Seulement, sur les pièces de bronze, le casque de la déesse guerrière n'est pas ailé. Les ailes paraissent sur le casque de la Pallas des pièces d'argent de Métaponte, de Thurium, de "Velia, dans la Grande Grèce, et nul doute que les Romains n'aient voulu copier, sur leurs monnaies, ce type qui s'alliait d'ailleurs parfaitement avec leur religion nationale. En effet, Minerve ou Pallas avait sa place, à la droite de Jupiter, dans le temple bâti sur l'Aventin -, et cette divinité guerrière fut identifiée avec la déesse Rome elle-même, à cause de l'épithète pnMH qi-ie les Grecs de l'Italie méridionale lui décernaient. C'est ainsi que la it'a Roma fut assimilée à la Pallas grecque. D'ailleurs, sur des pièces des temps postérieurs, le mot roma qui paraît derrière cette tète casquée est évidemment, comme l'a remarqué Mommsen •', destiné à l'explica- tion du type. Enfin, Aldini 'et Kenner •' ont signalé un médaillon de marbre du musée de Pavie, sur lequel Romulus et Rémus sont l'un et l'autre coiffés du casque dont le cimier est terminé en tète d'aigle ou de griffon. Il ne peut donc guère y avoir d'hésitation sur le nom à donner à la divinité représentée sur les premières monnaies d'argent des Romains. Toutefois, Eckhel '"•, Cavedoni " et tout récemment encore Klugmann " rejettent l'opinion qui voit dans cette divinité la Rome guerrière : ces savants veulent reconnaître dans ce type uniquement la Pallas grecque. Nous avons essayé de rapprocher les deux opinions en montrant que si les Romains ont copié servilement le type de Pallas, c'est parce que cette divinité avait les mêmes attributs guerriers que la Jca Roma. et qu'elle portait dans la Grande Grèce l'épithète de PnMH- circonstances qui ont permis son assimilation avec la divinité topique du mont Aventin ^

1 Eckhel. DcV//'. ntim. net. I. p. 176; cf. Kluegmann. L'Ef/igic Ji Ri?nia nci typi mcnctarii ^iii iintichi. \n-i\, Rome, 1879, pi. I, i. \

- Prcllcr. Ra'misclic M\-tliclc<gic, p. 259. •' Hist. Je Li mon. rom.. t. II. p. 8, note 4.

SiiUipc j?riinario dcllc antichc nionctc dclLi Ronhvm Rcpuhlica, dans les Mc- inoric dcU'AcaJcinia di Toriiio. Série II, t. III et IV.

■' Die Roma-Trpcn, dans les Bct/V/;/. dcr Wiener Acjd. 1857. Phil. Hist. cl. §, p. 2()i et suiv. " Doctrina numoriim velenim. t. \'. p. 84. " Saggio, p, 124.

* L'Effigie di Roni^i nei typi nionelarii pin antichi, p. 46 et suiv.

" La tête de Rome casquée se voit sur des pièces attribuées à la Cvrénaï- quc et portant la légende explicative PflMI (Mi'iller. Nuniism, de l'anc. AJri-

XX INTRODUCTION

Si la tète casquée fut un type d'imitation, il en est de même de la représentation qui ligure au revers de ces premières pièces d'ar- gent : les Dioscures à cheval. Castor et Pollux se voient déjà auparavant sur les monnaies d'argent du Bruttium, ainsi que sur des pièces de bronze qui furent frappées à Luceria, à Nuceria Alfaterna. à Cœlium et à Rhegium '. Le culte de ces divinités s'était de bonne heure répandu en Sicile, dans la Grande Grèce, en Etrurie et dans l'Italie méridionale Tusculum leur était consacrée de toute anti- quité '. Tout était donc calculé pour faire accepter sans hésitation, dans la circulation commerciale, la nouvelle monnaie qui eût risqué de n'avoir aucun crédit si elle eût paru, par des types insolites comme par son poids, trop étrangère au monnayage alors en usage. Mais il y avait encore d'autres raisons immédiates pour porter les Romains à adopter le type des Dioscures plutôt que tout autre. Castor et Pollux étaient les dieux tutélaires des navigateurs et des chevaliers romains, c'est-à-dire de la classe commer^'ante '■' , et on avait pom- peusement institué la fête annuelle des deux jumeaux, en 4^0 (304 av. J.-C), c'est-à-dire peu d'années avant l'apparition de la monnaie d'argent. Dans la mythologie romaine, Castor et Pollux dont on célébrait la fête le 7 janvier pétaient assimilés aux dieux Pénates, les divinités les plus populaires des Romains ■'. Remarquons, d'autre part, que sur la monnaie, on aimait à représenter, ainsi que nous le constaterons plus loin à chaque pas, des faits militaires ou des événe- ments importants et glorieux dont la mémoire était chère. Or, le culte des Dioscures se rattachait à l'un de ces illustres souvenirs de l'histoire romaine. Florus '^ nous apprend que dans la fameuse bataille du lac Régille, en 257 (496 av. J.-C), le consul Aulus Postumius ne remporta la victoire que grâce à l'intervention miraculeuse des Dioscures eux-mêmes qui firent leur apparition au milieu des guer- riers romains, comme jadis ils étaient déjà apparus dans la grande bataille livrée près du fleuve Sagra entre les Locriens et les Croto- niates ''. C'est guidés par eux que les Romains remportèrent un triomphe qui leur assurait la suprématie définitive sur le Latium. A peine la bataille était-elle gagnée, que Castor et Pollux, trans- portés par miracle jusqu'à Rome, furent aperçus faisant boire leurs

que. l. 1. p. 29, 11° 100 ; p. 56, et p. 77, 11° 280.) On la voit aussi avec la lC\i:ciide PflMAi ^ur un tctradrachnie de MctcUus Cicticus.'à Gortync de Crète. .ZclischrifL fur Nuinisinatik, 188;, p 118.) Même encore à l'époque de Cons- tantin on personnille Rome sous les traits d"une femme casquée en Mi- nerve.

1 Momniben. Hist. de Ut mon roin. t. II, p. 20.

- Preller. Ra-inischc Mytlioloc;ic,p. 65B.

•' Sur les monnaies de Phocée qui était particulièrement une ville da com- merce maritime, on voit souvent les bonnets des Dioscures.

'• Marquardt. Rœmischc Stiiatsucrwaltuiig;, t. III, p. 547.

'•- Sur le culte de Castor et Pollux en Italie, V. Maurice Albert. Le' culte de Castor et Pollux, in-8% 1884.

'' Florus, 1, II.

'' Preller. Rwiniaclic Mythologie, p. 659.

INTRODUCTION XXI

coursiers fatigués à la fontaine de Juturna '. Cette naïve légende, racontée longuement par Tite-Live -, devint rapidement très popu- laire, et le dictateur Postumius lit édifier un temple aux deux héros divins. Une fête leur fut consacrée; elle se célébrait annuellement le 1=; juillet et tous les chevaliers y prenaient part; on montrait encore, du temps de Cicéron, la marque du pied du cheval de Cas- tor imprimé sur un rocher, près de la fontaine.

Le type des Dioscurcs adopté sur les premières pièces d'argent persista longtemps dans le monnayage de la république. Castor et Pollux sont représentés à cheval, et galopant, la lance en arrêt : leurs bonnets coniques sont surmontés des deux étoiles symboliques du matin et du soir.

Avec le type de la tète de la dcci Roma et celui des Dioscures, on émit trois sortes de monnaies d'argent qui portent toutes l'indica- tion de leur valeur :

1. Le niimmus dcimriu!;, dont la marque de valeur estX(ioas).

2. Le niimnuis qiiinariiis, dont la marque est V () as).

:;. Le niimmiis scsicrtiiis, dont la marque est ||S (- as 1/2).

Le quinaire est donc la moitié du denier et le sesterce en est le quart.

Vers l'an ^ 17 de Rome (217 av. J.-C), on commença à remplacer, sur le denier, le type des Dioscures par celui de la Lune ou Diane dans un char traîné par deux chevaux, les liiimrcs cqui dont parle Ovide ■''. On sait que dès les commencements de Rome, Diane avait une statue en bois et un temple sur l'Aventin. Ce sanctuaire était particulièrement cher aux Romains, parce qu'il représentait la confé- dération des peuples latins sous la suprématie de Rome. C'était, paraît-il, au point de vue architectural, une imitation de Y Arlemi- siiim d'Ephèse : on en attribuait la construction au roi Servius Tul- iius.

On vit apparaître presque en même temps, au revers du denier, le bige de la Victoire emprunté aussi à des monnaies de la Grande Grèce * et qui a une grande analogie avec celui de Diane. Le type du bige fit don- ner t\ ces pièces fort nombreuses le nom de bi^çali '■' qui ne peut s'appli- querqu'aux deniers et à quelques quinaires, le sesterce ayant toujours été au type des Dioscures. Entin, un revers qu'on peut considérer, en raison de sa fréquente apparition, comme aussi banal que celui du bige de Diane ou de la Victoire, c'est le quadrige de Jupiter, copié sur le type des pièces romano-campaniennes qui représentaient déjà le qua-

1 Sur l'emplacement probable de cette fontaine, V. Ernest Dcs;ardins, TopOi;raplue Ju Latiuin, p. 72.

2 fit. Liv. II. 20.

3 Ovide. Fast. V. 16.

* British Muséum. Calalci^itcclc. Itaiy. p. 525.

* V. sur ces types; Klui,Miiann. Die Typcn dcr altesten Bif^jti, dans la Zeit- schrift fiir Niimi'smjfik. iH-fl. t. V, p. 67. et suiv.

XXI! INTRODUCTION

drige de cette divinité. Les deniers qui le portent sont devenus popu- laires sous le nom de qiiadrif^ali, qui désignait aussi les pièces au type du quadrige de Mars et de la Victoire. Telles sont les représentations qui figurent sur les plus anciennes espèces en argent : elles étaient empruntées à la religion de l'Etat et imposées officiellement aux graveurs des coins. Vers l'an 600(154 av. J.-C), les types de revers des deniers deviennent fort nombreux, et bientôt ce n"est plus qu'ac- cidentellement, pour ainsi dire, que les revers primitivement usités font leur apparition. Cette multiplicité des types, dont nous parlerons plus loin plus au long, fut le fait de l'empiétement des officiers monétaires qui voulurent rappeler sur les espèces qu'ils faisaient frapper, des souvenirs de famille.

Quant à la légende, nous voyons d'abord le mot roma apparaître même sur les pièces émises hors de Rome, et marquer ainsi la souve- raineté de l'Etat romain; mais, en même temps, on aperçoit dans le champ de la pièce une lettre isolée, quelquefois plusieurs lettres, un symbole ou un monogramme qui sont les indices du nom de l'atelier ; c'est de la même façon dissimulée que se montre d'abord, comme nous le verrons, le nom du monétaire avant de s'étaler en toutes lettres ; la modification des légendes suivit la même marche graduelle que celle des types.

Le denier pesait théoriquement, à l'origine, quatre scrupules ou 4 grammes y-,: il était taillé sur le pied de 1/72 de la livre romaine. C'était, comme le remarque Pline lui-même ', le poids exact de la drachme attique. On peut donc dresser le tableau suivant des pre- mières monnaies romaines d'argent :

Denier 1/72 de la livre 4 gr. y

Quinaire . . . . 1/ 144 de la livre 2 gr. 27 ^

Sesterce .... 1/288 de la livre i gr. 137^

Mais ce poids théorique, un peu différent dans le système de M. Hultsch ^, est fort difficile à vérifier avec précision à l'aide de la balance, à cause de l'irrégularité de la frappe ; quelques exemplaires du denier atteignent jusqu'à cinq grammes, et il en est un grand nom- bre qui sont inférieurs à quatre grammes. Le sesterce, la plus petite pièce d'argent, qui pesait un scrupule, équivalait à un as hbral, resté monnaie de compte ; le quinaire en valait deux, et le denier en valait quatre.

Mais après les désastres subis par les Romains à la Trébie et au lac de Trasimène, lorsque Annibal s'avançait aux portes de Rome, on songea à faire face aux nécessités du moment en réduisant effective- ment la solde des troupes, tout en lui conservant nominalement le même chifTre. En l'an 537 ou 538 (217 ou 216 av. J.-C.) la loi Fla- minia, qui instituait l'as oncial, réduisit du même coup le denier de

' Plin. Hist. naf., XXI, 109.

' Griecliisclic iind rômischc Mctrolcc:;ic. p. 2R2.

I

INTRODUCTION

1/72 à 1/84 de la livre; il ne pesa désormais que 3 scrupules 5/7 ou 3 grammes 90, environ. Ce poids fut respecté par la loi Plautia- Papiria qui, bien qu'émise dans un moment de pressant besoin d'ar- gent, lors de la guerre des Marses et la guerre de Mithridate, se contenta d'aliéner le trésor public pour battre monnaie : alors, on fit argent de tout, il est vrai, mais on respecta la taille et la valeur in- trinsèque du denier. Bref, le poids de la monnaie d'argent ne subit plus aucune modification jusqu'à la fin de la république, et même jusque sous Néron.

Afin d'éviter toute confusion avec les anciens deniers, on modifia le type du revers, et c'est à cette occasion, comme nous l'avons dit, qu'on vit apparaître le bige de Diane ou de la Victoire, à la place des Dioscures ; la marque de la valeur X {{dix as) est toujours inscrite au droit, jusque vers l'an 610 (144 av. J.-C). Alors on vit paraître la marque XVI fsci:{C as/, valeur du nouveau denier. Mais il faudrait toutefois se garder d'être absolu ; la marque X paraît concurremment avec les bi^s^citi et la marque XVI; cette dernière ne fait qu'une appa- rition passagère sur les espèces, et elle est remplacée parle sigle^, monogramme du chiffre XVI. ou même par l'ancienne marque X, jus- qu'au jour toute espèce de marque de valeur disparaît définitive- ment : ce qui arrive vers l'an 665 (89 av. J.-C), date delacréation de l'as semi-oncial.

Le denier fut émis sans interruption pendant toute la durée de la république ; mais il n'en fut pas de même pour le quinaire et pour le sesterce '.

La première apparition du quinaire est de l'an 486 et elle dure au moins jusqu'en l'an i4H(2o6av. J.-C), puisqu'on rencontre encore quelques quinaires dans le monnayage des Romains en Espagne et que ce monnayage ne peut commencer qu'à cette date. La 2" émis- sion du quinaire est celle qui fut inaugurée vers l'an 650 (104 av. J.-C), quand on démonétisa le victoriat que la nouvelle pièce était destinée à remplacer; cette émission ne dura que jusque vers l'an 670 (84 av. J.-C). Enfin le quinaire fait en 70^ (49 av. J.-C.) une troisième apparition et, bien que peu abondant et tour à tour supprimé ou réta- bli, on peut dire qu'il persiste pendant tout l'empire.

Le sesterce fut, de son côté, frappé à trois époques différentes. Créé en 486 (268 av. J.-C), il disparaît en l'an 1537 (217 av. J.-C) époque de l'affaiblissement du poids de la monnaie de bronze et de la monnaie d'argent. Il fit une courte réapparition, grâce à la loi Plautia- Papiria, lors de la création de l'as semi-oncial, en 66^ (89 av. J.-C.) avec les sesterces marqués c lc^s;c Papiria, qui sont complètement isolés et ne se perpétuent pas. Enfin, de 70^ à 71 1 (49a 43 av. J.-C), César et Pompée décrétèrent de nouveau l'émission du sesterce, et après 711, cette monnaie d'argent fut remplacée par un sesterce de bronze.

1 Klûgmann, Das Rœmische Kleinsilbcr ans dcn Jahrcii ôjo bis 670. dans la Numisniatisclie Zcitschrift de Vienne, t. XI. 1879,, p. !;j.

INTRODUCTION

A^ LE VrCTORIAT

Indépendamment du denier, du quinaire et du sesterce dont nous venons de parler, l'atelier monétaire du Capitole émit, à une certaine époque, sous la république, d'autres monnaies d'argent qui n'ont avec les précédentes aucun rapport. Ces monnaies, qui ne portent jamais l'indication de leur valeur, ont pour type, au droit, la tète de Jupiter, et, au revers, la Victoire qui couronne un trophée : c'est de qu'est venu le nom de viclorial donné à ces monnaies. Il y avait le double viclorial, le viclorial et le dcmi-viclorial.

La première émission du victoriat eut lieu peu après la première émission du denier, et pendant la période celui-ci pesait 4 scru- pules (4gr. )TJ. Mommsendit qu'il faut la placer sans hésiter avant l'an- née 557 (217 av. J.-C.) ', et le baron d'Ailly croit que cette première émission eut lieu en 526 (228 av. J.-C.) -.

Pline s'exprime ainsi au sujet de cette nouvelle monnaie : Hic mimnuis, ex Jllvrico advcctiis, mcrcis loco habebatiir : csl aulcm signa- lits VICTORIA, cl indc nomcn ^. Ainsi, d'après la tradition romaine, le victoriat est une pièce importée d'IIlyrie à Rome, elle aurait été d'abord reçue comme simple marchandise. D'un autre côté, Bor- ghesi '* a parfaitement établi le rapport de poids qui existe entre le victoriat romain et la drachme illyrienne frappée à Apollonie et à Dyrrachium. Cette drachme, au type de la vache avec son veau, pèse 5 scrupules (5 gr. 41), et c'est aussi le poids du victoriat à sa création. Le' victoriat serait donc l'imitation directe de la drachme illyrienne, qui circulait aussi en Istrie et en Ligurie, et voici comment ce fait a été expliqué historiquement :

Après avoir conquis tout le littoral de la mer Adriatique et de la mer Ionienne, et avoir, en 510, fondé la colonie de Brindes, les Ro- mains entretinrent avec Dyrrachium, Apollonie et Corcyre un com- merce des plus actifs; ils finirent enfin par envoyer, en 526, Centu- malus faire la conquête de l'Illyrie tout entière, et ils imposèrent aux villes conquises, Dyrrachium, Apollonie, Corcyre, un tribut qui dut être payé en drachmes du pays. Ces drachmes affluèrent donc sur le marché romain, elles avaient cours simplement comme marchan- dise, mcrcis loco, dit Pline, et non pas encore comme monnaie légale. A la fin, pour faciliter les transactions commerciales, on décida de surfrapper les pièces illyriennes avec des emblèmes romains, sans les soumettre à la refonte et sans changer leur poids : la nouvelle monnaie eut ainsi un cours légal.

Cette opération fut d'autant plus facile à exécuter que le poids de

1 Mommsen. Hist. de la monnaie romaine, t. II, p. 86.

2 Baron d'Ailly. Recherches sur la monnaie romaine, t. H. p. 04 :' Plin. Hist. nafiir.. iib. XXXIII. cap. XIII.

* Œiivr. compl.. t. II, p. 28^-509.

INTRODUCTION XXV

la drachme illyrienne était dans un rapport simple avec le poids du denier : c'en était les trois quarts, et, en effet, originairement le victoriat valait les trois quarts du denier ou trois sesterces.

Mais cette explication de Borghcsi et de Mommsen n'est pas acceptée par tous les historiens de la monnaie romaine. Marquardt', notamment, considère que le victoriat. avant de devenir une mon- naie officielle de Rome, circulait en grande abondance non seule- ment en Illyrie et sur les côtes de la mer Ionienne et Adriatique, mais encore en Espagne, avant que cette province fût devenue une province romaine, et dans l'Italie méridionale. Cette monnaie était, en outre, acceptée depuis fort longtemps déjà dans le commerce de Marseille, de la Campanie. de Rhodes et de l'Egypte, et elle était taillée sur le pied de la drachme phocéenne qui alimentait particu- lièrement ce commerce. Le double victoriat correspondait exactement, comme poids, au didrachme campanien, et le type même du victoriat se trouve. non pas sur la drachme illyrienne, mais surdesmonnaies de Capoue, d'Atella - et du Bruttium •'. Enfin, on verra dans notre classe- ment chronologique (p. ^()), que sur les victoriats frappés officiellement par les Romains, on lit le nom des ateliers de Liiccria, Crolo, Vibo, Ccinasiiinh Kopxupa ; ces noms ne peuvent-ils pas nous servir d'indice pour déterminer l'origine même du victoriat? Il est probable, pensons-nous, que les Romains ne cherchèrent, en introduisant la frappe de cette monnaie dans leurs ateliers, pas plus à imiter la drachme illyrienne que toute autre spécialement. Ils voulurent frapper une monnaie en rapport direct avec celle qui était depuis longtemps la plus usitée dans le commerce des peuples qui les entouraient. Le victoriat fut, en raison de cette origine, d'abord exclusivement une monnaie à l'usage du commerce extérieur, tandis qu'à Rome même on se servait du denier et de ses divisions. Les lieux d'émission du victoriat prouvent cette assertion ; à Rome on le considéra longtemps comme une monnaie étrangère. C'est ainsi qu'il faut interpréter le passage de Pline cité plus haut.

Voici quel était le poids légal de la nouvelle monnaie :

Double riclor'uTl 6 gr. 82

Vicloriat 3 gr. 41

Demi-viclorial i gr. 70,

Le victoriat porte souvent la lettre V, première lettre du nom de la pièce; il valait les trois quarts du denier de 1/72 de livre. Le demi-victoriat est plus rare que le victoriat; sa valeur est quelquefois indiquée par les lettres |S qui signifient i sesterce 1/2. Quant au double victoriat, il est beaucoup plus rare encore ; le seul exemplaire

' Rœmischc StLiatsiierwalliing. t. II, p. 21.

2 Carclli et Cavedoni. Niiininoruin ItiiUj: l'ctcris tahiiLr, pi. LXX, n* 12 et LXIX. n°o. ■' British Muséum, ditalc^iie. etc. Itaiy, p. ;2<.

XXVI INTRODUCTION

connu jusqu'ici a été découvert en Espagne et foit partie de la collection du baron d'Ailly, au Cabinet de France.

Après l'an <f}j (217 av. J.-C), époque de l'établissement de l'as oncial et de la réduction du denier au poids de 3 gr. 90, le poids du victoriat fut également diminué; on le réduisit à 2 gr. 92. Cette nouvelle espèce eut une vogue immense dans les colonies et elle servit de prototype au monnayage provincial: les pièces si communes de Corinthe, de Rhodes et de Marseille, notamment, furent modifiées quant au pied monétaire, et on les frappa au poids du victoriat romain de 2 gr. 92.

Dans le nouveau système, le victoriat restait toujours les trois quarts du denier. Il servit à remplacer le quinaire dont l'émission cessa, nous l'avons dit, en ^37. Il arriva même un moment l'on donna au victoriat la valeur d'un demi-denier, c'est-à-dire que le victoriat fut identique, pour le poids à l'ancien quinaire démonétisé. Cette nouvelle transformation eut lieu, suivant le récit de Pline, par suite de la loi Clodia dont la date est incertaine, mais que l'on place en 6!;o (104 av. J.-C). Les premiers victoriats émis à ce poids d'un demi-denier ou i gr. 95 , portent même, dans le champ du revers, la lettre Q (Qiiinarius), pour indiquer l'identité de la pièce nouvelle avec le quinaire. En même temps, la lettre V disparaît; de sorte que l'on peut dire que, de l'ancien victoriat, il ne subsista que le type, et qu'en réalité, le quinaire fut rétabli, mais avec le type de Jupiter et de la 'Victoire couronnant un trophée.

VI. MONNAIE d'or

L'or, comme l'argent, commença d'abord par circuler à l'état de lingot sur le marché de Rome '.

On conservait même dansVœrariuni de l'Etat des lingots d'or qui constituaient la part la plus importante de la réserve métallique ; en i,4'^ (209 av. J.-C.), pendant la première guerre Punique, quand on fut obligé de recourir à ce dépôt pour faire face aux besoins pres- sants de la république, on trouva quatre mille livres pesant d'or; en '597 (157 av. J.-C), la réserve d'or formait les quatre cinquièmes du trésor. A cette époque, la livre d'or valait 4,000 sesterces ou 1,000 deniers; la proportion des deux métaux était donc de i : 11, 91 *. Lorsque, pour faire face aux dépenses de la guerre Sociale et de la guerre de Mithridate, vers l'an 665 (89 av. J.-C), la loi Plautia-Papiria ordonna l'aliénation du trésor public, on vendit les terrains vagues situés aux abords du Capitole pour une somme de neuf mille livres

1 Latercs argcntcl atqiic aurci primuin iwijlati atqiic in a'raritiin coihiiti, d\l Var- ron. Cf. Hultsch. MctroL, p. 267.

2 Tit. l.iv. XXXVlll, 5) ; Mommsen. Hist. de la mon. ronu. t. II, p. 108 et SLiiv.

INTRODUCTION

d'or (environ 9,37^,000 fr.), et l'on constata en outre que la réserve de Yœrcirium Saturni était alors, nous dit Pline*, de 17,410 livres d'or, 22,070 livres d'argent en lingots, et de 6,1^5,400 sesterces (soit 18,230 livres) en argent monnayé, et de 1,620,831 sesterces en or monnayé. Mais cet or monnayé était de l'or étranger apporté par les transactions commerciales, surtout avec Tlllyrie et la Ma- cédoine, et c'était l'usage à Rome d'appeler les statères d'or des philippi, à cause de la tète du roi de Macédoine qu'ils portaient. Plus tard, au commencement du vif siècle, après la découverte des mines d'or du Norique, la valeur de l'or baissa d'un tiers -, et cette baisse fut encore plus forte lorsque, après la guerre des Gaules, César eut rapporté une grande quantité d'or en Italie. A cette dernière période, la livre d'or ne valut plus que 3,000 sesterces, et la propor- tion entre les deux métaux fut ainsi réduite : i : H. 93 •'. L'or circu- lait donc primitivement soit sous forme de barres métalliques, soit sous forme de pièces étrangères, comme simple marchandise ; et même lorsqu'on eut émis de la monnaie d'or, on continua à voir sur le marché, concurremment, des pièces romaines d'or et des lingots. On pesait les lingots, mais on ne songeait pas à s'assurer du bon aloi du métal qui était toujours censé de l'or le plus pur.

Après avoir fixé à l'an 48^ la première émission de la monnaie d'ar- gent, Pline ajoute : Aitrciis nitmmiis post annos Li pcrciissiis est qiiain argcnteiis '*. Si la date réelle de la première monnaie d'argent est l'année 486, la monnaie d'or fait, d'après l'historien latin, son appari- tion en ^37 (217 av. J.-C), époque de la réforme de la loi Flaminia. Cette date se trouve confirmée par l'examen des monuments, si l'on considère comme monnaies romaines deux catégories spéciales de pièces d'or qui, bien que n'ayant pas été frappées à Rome même, portent néanmoins l'inscription roma ; ces monnaies ont pour types, les unes, la tète de Mars au droit, et, au revers, un aigle sur un foudre: elles ont en outre l'indication de leur valeur : 4,Xi XL. XX. c'est-à-dire 60, 40 et 20 sesterces. Les autres ont au droit la tète de Janus, et, au revers, deux guerriers prêtant serment sur une truie. Ces pièces, qui font partie de la série appelée romcino-campanicnne, ont été émises en vertu de la loi Flaminia par les généraux chargés de combattre Annibal, en Campanie: nous reviendrons sur ce sujet dans le paragraphe consacré spécialement à cette intéressante série monétaire.

Ce qui prouve bien qu'on ne peut regarder ces pièces d'or comme des monnaies romaines proprement dites, c'est que leur émission cessa

1 P\in. Hist. /m/. XXXIII. ;. ;. Cf. E. Babc-lon dans \a Rcpuc luunisnufLuic, !<"■ trim. 1884.

2 Strab. IV, p. 2o3. •' Sueton. Caes. 54.

* Plin. Hist. natur. XXXIII. ;, 47. Le manuscrit de Bambcrg porte anncs LI, les autres disent au contraire jh/;o.'J LX//, mais la leçon du manuscrit de Bam- ber.i^ est préférable. Cf. Hultsch. Gricchhchc iind iwmhchc Mctrolc<^ic, 2" édil., p. ?02.

XXVIIl INTRODUCTION

rapidement, et que les Romains ne songèrent pas à les remplacer par d'autres espèces d'or. Il faut descendre chronologiquement jusque vers la fin de la république pour trouver la première émission de monnaies d'or. Ces monnaies sont frappées lorsque le pouvoir commence à devenir personnel et à se concentrer dans les mains deVimpcralor. Les premières sont celles qui furent émises parSylla en667 iHjav. J.-C.)et pendant les années suivantes ; viennent ensuitecellesde Pompée en 673 (81 av. J.-C.) et celles de Jules César à partir de l'an 701! (46 av. J .-Ci; toutes sont, comme on le voit, des monnaies proprement impératoriales et militaires. On peut même dire, pour les pièces d'or de Sylla, de Pompée et une partie de celles de César, qu'elles ne sont que des monnaies de circonstance, frappées exceptionnellement et hors de Rome, pour le service des armées, ou à l'occasion de quelque triomphe ou de solennités extraordinaires : le type du revers et les légendes en font foi.

Pourtant, César fit cesser, pour ainsi dire, la distinction qui exis- tait entre les pièces émises à Rome et celles qui étaient frappées hors de la ville par Yimpcralor : ce fut en faisant frapper ses pièces d'or par le préfet même de Rome, L. Munatius Plancus. Les dernières mon- naies d'or de Jules César viennent enfin constituer par leur abondance un vrai monnayage: mais jusque-là, ce fut à peu près exclusivement en lingots que l'or entra dans les transactions commerciales, de sorte qu'à tout prendre, la monnaie d'or, à Rome, fut essentiellement de la monnaie impériale, bien qu'elle commence avant la fin de l'ère répu- blicaine. Il n'y a d'exception, comme nous le verrons ailleurs, que pour les pièces d'or frappées immédiatement après la mort de César en 710(44 av. J.-C), par le Sénat empressé de montrer qu'il ressaisis- sait pour lui-même l'autorité que les généraux avaient usurpée.

Les pièces d'or frappées depuis Sylla jusqu'à Auguste ne portent pas l'indication de leur valeur; elles sont de poids très inégal, qui ne répond pas à un nombre rond de scrupules. On peut toutefois le réduire en fractions régulières de la livre romaine, comme on le constate dans le tableau suivant :

Aureus de Sylla, ordinairement 1/30 delà livre romaine 10 gr. 9M

Aureus de Sylla, rarement 1/36 de la livre romaine 9 gr. 096

Aureus de Pompée, de 1/36 de la livre romaine 9 gr. 096

Aureusdc Jules César, de 1/40 delà livre romaine 8 gr. 186

Tel est le poids normal de ces pièces, mais le poids effectif l'atteint fort rarement. Quant au type représenté sur ces aiirei, il varie beau- coup, comme varient les types de l'argent à la fin de la république ; Y a II r cil s n'e?.t souvent, d'ailleurs, que la reproduction en or du coin qui a servi à émettre le denier. Cette circonstance facilite singulièrement l'œuvre des faussaires modernes, et les collectionneurs ne sauraient trop se mettre en garde contre cette coupable industrie.

INTRODUCTION

VIL MONNAIES ROMAXO-CAMPAXIEXXES

Nous devons parler maintenant des monnaies marquées du nom de Rome, et qui, pourtant, ont été frappées hors de cette ville, en Apulie, dans le Samnium, et en Campanie, particulièrement à Capoue. Ces pièces sont en or, en électrum, enarî:;ent et en bronze ; on les désigne généralement sous le nom de série romano-campanienne.

Sous la domination des Samnites, les principales villes de laCampa- nie frappaient des monnaies autonomes soit à légendes grecques comme Neapolis(Naples), soit à légendes osques comme Capoue et Atella. En l'an 412 (342 av. J.-C), la querelle des Samnites de la plaine avec les Samnites de la montagne attira les Romains en Cam- panie où les consuls M. Valerius Corvus et A. Cornélius Cossus pénétrèrent, sous le spécieux prétexte de porter secours aux habitants de Teanum et de Capoue. A partir de ce moment, les Romains furent mêlés aux affaires de la Campanie, jusqu'au jour l'extermination des Samnites les rendit dértnitivemcntles maîtres absolus du pays. Les monnaies frappées sous l'autorité romaine pourraient donc remonter jusqu'en l'an 412 (342 av. J.-C. >, date du premier établissement des Romains en Campanie.

Mais on sait que les Romains, au fur et à mesure qu'ils élargissaient le cercle de leurs conquêtes, n'absorbaient pas toujours complètement l'autonomie des villes soumises, et qu'ils conféraient souvent à ces villes le demi-droit de cité, cii'ilas sine sulJ'ra^i;;io, qui leur assurait une position intermédiaire entre l'indépendance absolue et la situation des colonies La ville de Ca^rœ, en Etrurie, fut la première à laquelle les Romains accordèrent ce droit de cité restreint; de là, le nom de droil cérélin sous lequel on le désigne ordinairement. Parmi les avan- tages laissés à ces villes, se trouvait, dans une certaine mesure, le droit de battre monnaie. Or, la plupart des villes de l'Apulie et de la Cam- panie furent dans cette situation, au moins pendant les premiers temps de la conquête. Ces droits monétaires assez mal définis, d'ailleurs, et plus ou moins restreints, s'exerçaient soit au nom de Rome, soit au nom de la ville elle-même. Capoue, Calatia, Atella, "Velecha ont continué, pendant tout le cours du v^ et même du vi*" siècle, à mettre leurs noms en caractères osques sur leurs monnaies, en même temps qu'elles fabriquaient aussi des pièces avec le seul nom de Rome.

Telle est du moins l'explication la plus généralement admise et que Mommsen a développée. Mais nous croyons plutôt que ces pièces romano-campaniennes doivent toutes rentrer dans la catégorie des monnaies militaires frappées par les généraux en campagne, pour la solde de leurs troupes. Pourquoi refuserait-on d'admettre que ce monnayage campanien, au nom de Rome, fut le produit d'ateliers romains installés par les vainqueurs au milieu du pays conquis, et qui frappèrent les espèces concurremment avec les ateliers autonomes

XXX INTRODUCTION

qu'on n'avait pas encore supprimés.' Nous savons formellement qu'il en était ainsi à Luceria ', et que, pour les pièces d'or, leur émission fut ordonnée en vertu de la loi Flaminia, par les généraux romains qui luttaient, en Campanie. contre Annibal. et qui avaient à subvenir aux frais de la guerre dans un pays habitué au monnayage de l'or -.On peut rapprocher de ces pièces militaires le fameux statère d'or de T. Quinctius Flamininus frappé en Grèce parce général, pour payer ses troupes pendant la seconde guerre de Macédoine, de =;^4 à sî^^(2ooà 197 av. J.-C). 11 n'y a donc, ce me semble, rien d'anormal à admettre que les pièces d'argent et de bronze frappées, avec le nom de Rome, en Campanie, sont des monnaies militaires aussi bien que les pièces d'or.

11 est souvent difficile de déterminer avec précision dans quels ate- liers ces monnaies romano-campaniennes, aux types fort nombreux, ont été émises; toutefois, il en est un bon nombre qui sont certainement sorties de l'atelier de Capoue. L'analogie qui existe entre les pièces portant le nom de Rome et celles qui ont, en légende osque. le mot !3nrii>l. Ccipua, est trop frappante pour permettre le moindre doute à cet égard. Il convient d'ajouter, d'autre part, comme nous le ferons ressortir dans la description, que la plupart des types de ces monnaies romano-campaniennes s'identifient fort bien avec les monnaies autonomes des villes de TApulie, de la Campanie-' et du reste de la Grande Grèce. Quant à ces monnaies autonomes elles- mêmes, elles étaient des imitations et parfois des copies serviles des pièces des rois de Macédoine et de Péonie, de telle sorte que c'est dans ces pays du nord de la Grèce qu'il faut, en général, chercher les prototypes des monnaies romano-campaniennes.

Le type des pièces d'argent qui ont au droit la tète de Janus et au revers le quadrige de Jupiter, se retrouve sur des bronzes de Ca- poue; il en est de même du type de l'aigle sur un foudre ; le qua- drige de Jupiter, bientôt imité dans l'atelier même du Capitole, se voit déjà à Atella et à Calatia. A Capoue et à Atella, nous rencon- trons aussi le serment des deux guerriers sur une truie. Les pièces qui portent d'un côté la tète de Mars et de l'autre un protome de cheval bridé, ressemblent à des monnaies de bronze de Cosa; celles qui ont la tête d'Apollon et un cheval au galop sont identiques aux pièces de Bénévent '* ; la "Victoire qui attache une couronne de lau- rier à une palme reproduit le type en usage dans l'atelier d'Asculum; la pièce d'électrum avec, au droit, la double tête de femme, qui res- semble à une tête imberbe de Janus, et au revers, le quadrige de Jupiter, reproduit le type de quelques monnaies de Rhegium '.

1 Momnisen. Mon. roin., t. 1. p. ii)i.

- Mommsen. Mon.roin.. t. II, p. 57, iij etsuiv.

•' Eckhel. Doctr. niiin. pet., t. I, p. J4,cf. Fricdlandcr. Oskisclic Miin-cn, p. 7, Mommsen. Mon.roin., t. I,p. 261.

'■■ V. le catalogue du British Muséum. Italy, p. 68.

•' C'est à tort qu'on a voulu voir dans cette pièce un spécimen du monnayage d'Annibal en Italie. V. Numismatic Chroniclc, 1884, p. 220.

INTRODUCTION XXX

Nous citons dans notre classement chronologique ', un plus grand nombre encore d'analogies de ces monnaies romano-campaniennes avec les monnaies autonomes des villes de l'Italie méridionale. Mais il est un point sur lequel nous n'avons pas encore assez insisté jusqu'ici, ce sont les rapports de types qui existent entre ces médailles et des pièces frappées dans la Grèce septentrionale, particu- lièrement dans le petit royaume de Péonie. L'aigle debout se voit sur les monnaies de Patrseus, roi de ce pays, vers l'an 540 avant notre ère ; la tète de Minerve de face, avec un casque à triple aigrette, qu'on voit sur de beaux as au nom de Rome ainsi que sur des pièces d'argent de Tarente, se rencontre originairement sur des monnaies d'Audoléon, roi de Péonie mort en 284 avant notre ère ; sur les pièces de ce même prince nous retrouvons encore les types, si fréquents en Campanie, du protome de cheval ou du cheval en liberté. Il y a un indice fort intéressant des rapports commerciaux qui ont existé entre l'Italie centrale et méridionale avec les côtes de l'Illyrie; et ce fait est à rapprocher de ce que nous avons dit plus haut de la patrie originaire du victoriat. de la proue et des autres types de la monnaie romaine. Il est, d'ailleurs, un certain nombre de pièces dont le classement à la série romano-campanienne n'est pas certain. Les pièces avec la tète de Janus et le quadrige de Jupiter, que nous décrivons dans notre classement chronologique sous lesn"* 2 5-2 >, pour- raient être aussi bien les premiers produits de l'atelier du Capitole; en outre, Pline dit formellement, nous l'avons vu, que les pièces d'or de 60, 40 et 20 sesterces ont été frappées à Rome. Quoiqu'il en soit, l'émission des monnaies de la série romano-campanienne a être assez irrégulière, au milieu des guerres incessantes qui ont suivi l'entrée des Romains en Campanie et en Apulie; elle doit corres- pondre au besoin d'argent plus ou moins pressant, suivant les cir- constances, qui sollicitait les généraux. Les plus anciennes pièces portent l'inscription romano, forme archaïque du génitif pluriel; on a même ce mot une fois en grec PflMAIflN- Le poids des pièces d'argent varie, en général, de 7 gr. 40 à 7 gr. 20; ce sont des didrachmes grecques. Les plus récentes, celles qui forment la seconde série, portent l'inscription roma; leur poids est beaucoup moindre et ne dépasse guère 6 gr. Ce n'est plus, dès lors, le système grec qui règle la taille de ces pièces, mais le système romain, et c'est pour ce motif que les pièces d'or au type de l'aigle, frappées pour subvenir aux frais de la guerre, portent les marques LX, XXXX et XX qui signifient :

4,X 60 sesterces ou 5 scrupules. XXXX 40 sesterces ou 2 scrupules. XX 20 sesterces ou i scrupule.

Il n'est pas jusqu'aux pièces de bronze, correspondant primitive-

' V. plus loin. p. 10 et suiv.

lNTKOlJUCTU)N

ment à la litra et à la dcmi-lilra grecques, qui ne finissent par s'adapter parfaitement au système de l'as romain triental ou sextan- taire '.

On trouvera d'autres détails sur ce monnayage romano-campanien dans la description même de ses produits. Nous n'ajouterons ici que quelques mots sur l'époque il a prendre fin. Si les plus anciens spécimens de ce monnayage peuvent remonter, comme nous l'avons dit. jusqu'en 412 (342 av. J.-C.), les plus récents ne dépassent pas l'année 543 (211 av. J.-C), époque les proconsuls Q. Fulvius Flaccus et Ap. Claudius Pulcher s'emparèrent définitivement de Capoue et punirent les villes campaniennes qui avaient pris parti pour Annibal, en les privant des droits restreints dont elles avaient joui jusque-là ^. On connaît la date récente de l'émission de certains types : les pièces d'or au type de l'aigle et qui portent les marques vl'X- XXXXi XX ont été frappées pour la première fois en (i}j (217 av. J.-C.) par les généraux qui guerroyaient contre les Cartha- ginois. Dans le champ de ces pièces, ainsi que sur des monnaies d'argent sorties de la même émission, on voit des symboles comme une ancre, un fer de lance, un bâton noueux, un pentagone, qui sont les symboles du nom de chacun des chefs militaires qui ont fait frapper ces pièces '\ Mais la guerre finie ou transportée sur un autre théâtre, l'émission des monnaies militaires en Campanie n'avait plus de raison d'être. Le monnayage romain dans ce pays, le seul dont nous nous occupions ici, cessa donc dès cette époque, et si l'on continua dans quelques villes à frapper des pièces à légendes osques, cet état de choses ne dura que jusqu'en 66^ (89 av. J.-C), époque où, par la loi Plaiitia-Papiria, tous les Italiens furent admis au droit de cité romaine, privilège qui entraînait définitivement la suppression de tout monnayage local, et l'emploi exclusif de la monnaie d'Etat romaine.

Vin. LES MAGISTRATS MONÉTAIRES ORDINAIRES

Avant les guerres puniques, la monnaie était fabriquée au nom et en vertu des décrets du peuple. Le peuple rassemblé dans ses comi- ces décrétait l'émission, les types, le poids, le métal des pièces; la fabrication était confiée aux principaux magistrats de Rome, qui exé-

e du Sénat, les lois monétaires votées dans

cutaient, sous la surveillance du Sénat, les lois monétaires votées dans

les comices. « Le peuj

nistraient sous la direction et le contrôle du Sénat ''. » Ces officiers

' Mommscn. Mjh. rc);».. t. III, p. 227.

'^ Fr. Lenormant. La Monnaie dans L' antiquité}, t. II, p. 2J5, ^ Fr. Lenormant. La Monnaie dans L'antiquité, t. H, p. 289. '' Mommscn. Mon. roni., t. II, p. 41.

INTRODUCTION

monétaires n'étaient autres, suivant les circonstances, que les dicta- teurs, les décemvirs, les consuls, les préteurs; comme ils ne frappaient pas monnaie au nom de leur autorité privée, mais au nom de l'ensemble des citoyens, et par délégation, pour ainsi dire, ils n'avaient pas le droit d'inscrire leur nom sur les espèces. Il en fut ainsi tant qu'il exista véritablement une rcs piiblicit et que les droits souverains restèrent au peuple : pendant toute cette période, on ne vit pas autre chose, sur la monnaie, que le nom de Rome ou la proue de vaisseau, son emblème, et l'image des divinités tutélaires de la ville.

Mais après les guerres Puniques, « quand la république se trouva entraînée vers la forme oligarchique, les magistrats commencèrent à marquer leurs monnaies, d'abord d'un symbole ou emblème distinc- tif, ensuite du nom de leur famille, indiqué par un monogramme. Leur nom particulier ne parut que plus tard, caché dans les premiers temps, sous la forme de l'initiale ou de l'abréviation. Longtemps le nom de Rome conserva sa prééminence sur celui du magistrat; il passa au second rang vers le milieu du vu'' siècle, et, bientôt après, disparut entièrement. "Vers la même époque apparaissent sur les monnaies les premiers noms de dignités, et l'ancien type uniforme se trouve remplacé par la représentation des exploits, souvent plus ou moins fabuleux, des aïeux, douteux eux-mêmes, des jeunes patriciens chargés de faire frapper les monnaies de la république; enfin, sans ouvrir l'histoire, l'inspection seule des monnaies nous apprendra bientôt que la monarchie militaire a succédé au gouvernement répu- blicain » 1. A Rome, comme partout, le droit monétaire fut le privi- lège du souverain; du jour la souveraineté, Vimpcrium, passa des mains du peuple dans celles d'une oligarchie ou d'un seul, ce furent les membres de cette oligarchie ou ïimperalor qui frappèrent monnaie en leur propre nom.

Les magistrats romains qui mirent leur nom sur la monnaie sont appelés monctarii, du nom du templedeJunonMont'/a, était installé l'ateliermonétairede Rome. Ils furentgénéralementaunombredetrois, d'où leur'titre de Irespiri monctalcs; leurs fonctions sont suffisamment spécifiées par l'inscription que l'on trouve souvent sur les pièces, à la suite de leur nom : ||| VIRI- A- A- A. F- F- (irespiri œrc, arc^enlo, aura flando fcriundo). Ils devaient faire couler les lingots de poids légal et faire frapper ensuite le coin proprement dit. Ils livraient alors aux deux questeurs de Rome qui étaient, en quelque sorte, les trésoriers de la république et chargés de les contrôler, tout le métal monnayé dont l'Etat avait besoin ; enfin, ils rendaient en pièces de monnaie le métal que les particuliers leur avaient apporté en lingots.

L'époque précise de l'établissement de cette magistrature n'est pas exactement connue ; cela résulte de la marche lente de cette institu- tion et des progrès, pour ainsi dire clandestins, de son développe- ment. C'est en l'an de Rome 465 (289 av. J.-C.)que Pomponius place

' Mommsen. Monimic r^m.iine. t. II, p. 4;.

IN TRonrCTION

l'institution des triumvirs monétaires qu"il désigne ainsi : III piri mone- tales œris, arc:;enli, aurijTalores '. Mais cette date, qui est antérieure à la première émission de la monnaie d'argent à Rome, ne saurait être exacte: en outre, les observations auxquelles nous nous sommes livré sur le style des deniers des premiers temps du monnayage de l'argent nous ont permis d'établir, comme on le verra au cours de cet ouvrage, que les collèges de monétaires furent à l'origine très irréguliers. Ils paraissent n'avoir tout d'abord fonctionné qu'en vertu de délégations extraordinaires. Le nombre même des magistrats qui en faisaient partie n'était pas (ixe. Quelquefois nous trouvons quatre personnages, d'au- tres fois deux seulement, ou même peut-être un seul. Dès avant la réforme de l'an 537, on commence à trouver sur quelques pièces des symboles qui sont évidemment les marques des officiers monétaires. Nous citerons, par exemple, le bonnet de flamine, le marteau, le caducée, la tête d'éléphant. Mommsen fixe la première apparition de ces emblèmes de familles à l'an 520 environ (234 av. J.-C.)-. Peu après la réforme de l'année ^37, les noms des monétaires paraissent sur l'argent et sur le bronze, mais d'abord timidement, en abréviation, et en lettres liées de manière à former un monogramme; souvent même on trouve seulement les initiales du nom.

« Ce n'est que vers la fin du vi" siècle que les monétaires com- mencent enfin à mettre leurs noms en toutes lettres. Le nom de Rome, qui se trouve sans exception écrit en toutes lettres, reste pendant quelque temps associé à celui des monétaires ; nous avons vu qu'il disparaît vers le milieu du vir siècle, le nom du monétaire étant devenu la légende principale, après n'avoir été d'abord qu'un simple accessoire; c'est alors que, par un revirement assez singulier, le nom de Rome, avant de disparaître entièrement, se montre encore de temps en temps sous la forme d'un monogramme; on le trouve quel- quefois, mais plus rarement, indiqué par une simple initiale; au surplus, la présence du nom du monétaire n'a jamais été regardée comme in- dispensable, car même à une époque récente, on voit encore quelques deniers sans légende, ou qui n'en ont que de très courtes ■'. »

Il semble que, dès le vu" siècle, on ait, de temps en temps, institué une commission temporaire chargée de surveiller l'émission des espèces : c'est cette commission qui, plus tard, est devenue perma- nente. Mais les textes sont presque muets sur cette magistrature; le premier qui en parle ne date que de l'an 662 (92 av. J .-C), c'est l'éloge de C. Claudius Pulcher, qui est qualifié de triumvir monétaire '. Ci- céron, dans son traité De icgibus '702 de Rome, 52 av. J.-C.) •' pa-

1 Pompon. De Orig. jiir. Icf:^. 2. Cf. Eckhcl. Dotr. nuni. i>et. t. V, p. 61.

2 Mommsen. Monnaie romaine, t. II, p. 171.

3 Mommsen. Monnaie romaine, t. II, p. 171.

* Orelli. Inscript, latin, collectio, 569. Plus tard, on trouve mention de triumvirs monétaires dans d'autres inscriptions. V. Orelli, n»' 2242, 2J79, Ji?4, 500J, 5450, 5477, 6007, 6498,650^,6512, 0981.

■' Cic. De Legib. III, j, 7.

I\TR;)nL"CTION

raît considérer ces triumvirs comme établis depuis longtemps.

11 est des monétaires qui n'ont frappé que des monnaies d'argent: d'autres, que des monnaies de bronze ; un certain nombre enfin ont émis des pièces de bronze et d'argent. Bien qu'en général il ne paraisse sur les monnaies qu'un seul nom, sans indication des fonc- tions de monétaire, il est certain néanmoins que les personnages men- tionnés sont des monétaires, et que ces fonctionnaires étaient, dès l'origine, au nombre de trois '. L'inscription funéraire de C.CIaudius Pulcher le constate, puisque ce personnage y est qualifié de triumvir monclalis et que, néanmoins, il signe individuellement et sans ses collè- gues les deniers qui portent son nom. Chaque monétaire exerçait donc ses fonctions indépendamment de ses deux collègues, ou plutôt, c'était le chef du collège monétaire qui signait seul les espèces. Il arrive qu'on rencontre parfois sur les médailles deux et même trois noms ; mais c'est là. antérieurement à Jules César, une exception assez rare.

Sur les monnaies, le titre de triumvir monétaire ne fait son apparition à la suite d'un nom qu'en l'an 700 (^ av. J ,-C.) ; un peu plus tard il se généralise; et l'on a remarqué qu'un grand nombre des personna- ges ainsi qualifiés sont, à l'origine, des partisans de Pompée qui, réfu- giés en Orient avec tous les fonctionnaires et le gouvernement régu- lier, lorsque César eut franchi le Rubicon en 70), furent contraints de frapper monnaie dans des ateliers provinciaux : <( L'inscription de leur titre à la suite de leur nom était nécessaire pour indiquer en vertu de quelle autorité ils frappaient des espèces hors de l'atelier de Rome, et pour distinguer ces espèces des monnaies militaires que les chefs d'ar- mées émettaient en même temps en abondance » -. L'usage ainsi établi persista postérieurement jusque sous le règne d'Auguste.

La charge de triumvir monétaire était une de celles auxquelles pouvait aspirer le jeune homme dès l'âge de vingt-sept ans environ •', et la durée des fonctions paraît avoir été de deux années. Cette dignité se trouvait à l'entrée de la carrière politique ou du cursus honorum et faisait partie du viginlisexvirat.

"Voici en effet le cursus honorum ordinaire des personnages qui arri- vaient aux plus hautes dignités : i. Vi^çinli scx viri. 2. Qua'stor. 3. Tribunus pleins. 4. jÈdilis. ■). Ccnsor. 6. Magister cquilum. 7. Prœlor. 8. Inlcrrex. 9. Consul. 10. Dictator '*. Les magistrats du vigintiscxvirctt, dans lesquels figurent les officiers chargés de l'ad- ministration et de la frappe des monnaies, étaient les suivants ;

1 . /// ;'/'/■/ ccipilalcs une certaine époque IlIIvin).

2. III viri {ow II II viri) arc argcnto auro jlando feriundo. 5. //// viri viis in urbc purgandis.

4. // viri viis extra urhcm purgandis.

1 Cic. ad. Attic. X. 11.

- Fr, Lcnormant. La mon. dans l'antiq. t. III, p. 166.

^ Fr. Lcnormant. La mon. dans l'antiq. t. III, p. loi.

* Mommscn. Ra'mischcs Staatsrccht. Erstcr Band. 2"= cdit. 1876, p. 54^-544.

INTRODUCTION

5. X vin litibits judicandis.

6. //// pra'fccti Capitam Cumas.

Quelques-unes de ces fonctions ne datent que du commencement de l'époque impériale ; mais nous n'avons pas à insister ici sur ce point et nous ne sommes entrés dans ces détails que pour faire nette- ment ressortir la place du magistrat monétaire dans la hiérarchie administrative de Rome.

A la fin de 709(45 av. J.-C.) ou au mois de janvier de l'an 710, Jules César porta à quatre, au lieu de trois, le nombre des magistrats monétaires qui devinrent ainsi des qiiatuorvirs '. On a un certain nombre de monnaies figurent, en efliet, quatre noms avec cette quali- fication IIII VIR, à la suite du nom du magistrat: qimtiiorpiri are, argenlo. aiiro flando fcriiindo. En Tan 711 (45 av. J.-C), les mem- bres d'un collège monétaire prennent, sur l'or, la désignation suivante : quatuorpir aiiro publico jcriundo. Il semble que la modification que César apporta à cette vieille institution coïncide avec une réforme importante dans l'administration même des monnaies. Ainsi, c'est César qui installa dans l'atelier du Capitole la fabrication de sa mon- naie d'/mp^Tj/orque, légalement, il ne pouvait auparavant faire frapper qu'en province. Vers le même temps, le dictateur inaugurant la fabrication, désormais continue, delà monnaie d'or à Rome, crée la taille de 40 aura à la livre, qui se maintint jusqu'à Auguste. Enfin, c'est en l'année 710 (45 av. J.-C.) qu'on voit pour la première fois figurer l'effigie de Vimperator sur les espèces. Ce concours de circonstances nous porte à croire que les quatuorvirs furent créés à la place des triumvirs, à cause des nouvelles attributions que nous venons d'indiquer : le nombre des ofliciers monétaires fut augmenté comme celui de toutes les petites magistratures.

Quoi qu"il en soit, la réforme de César fut de courte durée; Au- guste rétablit les triumvirs qui continuèrent à mettre leurs noms sur les espèces jusque vers l'an 759 (15 av. J.-C). Les dernières pièces d'or et d'argent qui portent encore les noms des monétaires, sont celles des triumvirs C Antistius 'Vêtus, L. Mescinius Rufus et L. 'Vinicius, entrés en charge en 758, et de M. Sanquinius et P. Licinius Stolo, monétaires en 739. Tout à coup, les noms de ces magistrats dispa- raissent, sans retour, des pièces d'or et d'argent, pour laisser celui de l'empereur figurer seul sur ces espèces. Le bronze, dont on reprit alors la frappe abandonnée pendant plus d'un demi-siècle, conserve encore les noms des magistrats monétaires pendant une dizaine d'années. C'est donc vers l'an 750 de Rome (4 av. J.-C) que disparaissent définitivement du monnayage romain les noms des triumvirs moné- taires. Mais l'institution elle-même ne fut point abolie pour cela; les monétaires continuèrent à surveiller la frappe du bronze au nom du Sénat et à avoir la garde de l'aerarium de l'Etat; les derniers textes qui mentionnent la magistrature monétaire sont des inscriptions qui

1 Minorum mj>;;istratuum niimerum ampliavil. Suct. Q7<?5. 41.

INTRODUCTION

descendent jusqu'au milieu du m" siècle de notre ère '. L'argent et l'or, dont le monnayage appartenait exclusivement à l'empereur, fut placé, à partir d'Auguste,sous la surveillance des procî//V7/o/vs impériaux, et les triumvirs monétaires n'eurent plus aucune part à l'émission des pièces de ces deux métaux.

Un coup d'œil sur l'organisation administrative de la monnaie d'A- thènes sera peut-être de nature à nous éclairer sur le rôle et les attributions des magistrats monétaires de Rome elle-même. Sur un grand nombre des séries des monnaies athéniennes, on remarque, comme à Rome, trois noms de magistrats. Ils sont placés dans un ordre constant : le premier semble celui du magistrat politique exer- çant la haute direction et responsable de l'émission; le second est celui qui prenait peut-être la monnaie à entreprise; le troisième qui varie beaucoup plus souvent que les deux autres, était celui des con- trôleurs nommés par les tribus. Une lettre gravée sur l'amphore, au revers des pièces, correspondait à chacun des noms de la troisième catégorie. Un inspecteur avait l'A, et était responsable de toute les pièces frappées avec son nom et l'A; un autre le B. t^t ai'isi de suite. Dans le même édifice, l'Acvucuxo-eTov, il y avait plusieurs ateliers : on en compte toujours quatre ou cinq à la fois en activité. Ces ateliers avaient leur marque distinctive, afin qu'on pût reconnaître aussitôt lequel avait altéré le métal, lequel avait frappé au-dessous du poids '.

Tel est le système qu'a supposé Beulé, avec toute vraisemblance. A Rome quelque chose d'analogue devait se passer, sauf que les magistrats étaient des personnages peut-être moins importants : des jeunes gens commençant leur carrière ; sauf aussi que les trois noms restaient presque toujours les mêmes, pendant la durée de la fonction.

On peut juger, d'après la nature des fonctions des triumvirs moné- taires, combien il est peu scientifique d'appeler les monnaies d'Etat de la république romaine, soit monnaies consulaires ou monnaies des familles, puisque les consuls n'avaient, en général, aucune part à la fabrication des espèces, et que ce ne fut jamais un droit pour une famille ou une tribu romaine de battre monnaie en son nom.

IX. MAGISTRATS MONÉTAIRES EXTRAORDINAIRES. ROLE DU SÉNAT ET DE l' IMPER ATOR

Nous avons vu plus haut que le peuple romain, rassemblé dans ses comices, décrétait tout ce qui est relatif aux monnaies : la frappe des

' Fr. Lenormanl a relevé toutes cas inscriptions dans sa Monnaie dans icvitujuitc. t. III, 185 et suiv. V. aussi un article de M. A. de Barthélémy, dans la Rci'iic nuinisinatiijuc de 1847, p. ,550 et suiv.

2 Beulé. Les monnaies d'Atlicnes, p. iio et suiv.

INTRODUCTION

espèces, leur poids, le métal. C'est ainsi que les réformes les plus importantes dans l'histoire de la monnaie romaine ont été exécutées : les lois Flaminia et Papiria-Plautia sur la réduction de l'as et le rap- port du cuivre à l'argent, la loi Livia sur les monnaies fourrées, la loi Clodia sur la suppression des pièces de trois sesterces et la taille du quinaire, sont autant de décrets des comices par tribus '. Nous savons, d'autre part, que c'est au Sénat qu'étaient dévolus la surveillance de la frappe des espèces et le contrôle sur les magistrats monétaires. Il arriva une époque l'émission des monnaies put être décrétée non plus exclusivement par les comices des tribus, mais par un décret émané directement du Sénat. Cet empiétement d'autorité est nette- ment précisé dès le temps commencent à apparaître les triumvirs monétaires, c'est-à-dire dans la seconde moitié du vu" siècle, et même dès 640 (i 14 av. J.-C). A partir de ce moment, on voit, assez souvent, inscrite sur les monnaies l'autorisation du Sénat, par une des formules suivantes : Senalus consiiUo ; ex scnalus consuUo ; de senatiis scntentia: publiée ex senalus consullo ; senalus eonsullo de ihesauro. Cette men- tion de l'intervention du Sénat paraît surtout sur les pièces frappées extraordinairemcnt, soit à l'occasion d'un événement, comme une guerre ou des jeux publics ayant provoqué de grandes dépenses et nécessité l'émission d'un numéraire plus abondant; soit sur les pièces frappées par d'autres fonctionnaires que les magistrats monétaires ordinaires, comme les questeurs, les édiles, les préteurs.

L'autorisation du Sénat ne se trouve pas sur les monnaies émises régulièrement par les triumvirs monétaires ordinaires, et cela se com- prend aisément : ce n'est que lorsqu'on voyait apparaître sur les espèces un nom autre que celui des triumvirs monétaires normalement en charge, qu'il devenait nécessaire d'expliquer en vertu de quelle autorité la monnaie nouvelle était frappée. Chaque fois donc que l'officier chargé de l'émission d'une nouvelle monnaie n'est pas un Iriumvir monelalis, il ajoute généralement, à la suite de son nom, sa qualité et la mention spéciale de l'autorité qui a ordonné la frappe des espèces. C'est ainsi que nous trouvons mentionnés sur des deniers frappés dans l'atelier de Rome, des questeurs urbains, des édiles curules et plébéiens, des préteurs urbains avec la mention de leurs titres et de l'autorisation sénatoriale fsenalus-consullo), ou populaire (publicej.

Un des exemples les plus importants qu'on puisse citer de ce monnayage extraordinaire est l'émission qui eut lieu en vertu de la loi Plautia-Papiria, l'an 665 (89 av. J.-C), pour subvenir aux frais de la guerre Sociale et de la guerre contre Mithridate. Il fallut faire argent de tout pour équiper et solder les troupes; on aliéna les pro- priétés de l'Etat, on convertit en monnaie les lingots métalliques conservés dans Wvrarium ; on réduisit le poids des monnaies de bronze, on créa de nouvelles pièces d'argent. Les monnaies frappées dans ces circonstances critiques sont dues aux personnages suivants,

1 Borghcsi. Œicr. cwnpl. t. II. p. 2 !; cl siiiv.

INTRODUCTION

que nousénumérons en faisant suivre leur nom de la mention qui se trouve sur leurs espèces :

1. Série anonyme de bronze portant la légende L. P. D. A, P. (Lcgc Papiria, de acre piibUcoJ.

2. L. Calpurnius Piso Fnigi.E, L. P. fE Lege Papiria).

3. D. Jitniits L.f. Silaniis. E. L. P. (E Lege Papiria).

4. C. Fabius Cf. Biileo. EX. A. PV. lExargcnlo publico).

V M'. Fonlcius C. /., quacsior. EX- A- P. (E.x argenlj pu- blico J.

6. L. Julius Bursio, quacsior. EX. A. P- {F.x argcnlo publico K

7. L. Scnlius C. J. ARG- P^B- i^^rgcnlo publico l

H. L. Tilurius L.'j. Sabinus. A- PV- (Argcnlo publico).

9. M. Fannius. L. Crilonius, acdilcs plcbci. A- P. (Argcnlo publico).

10. M. Lucilius Rufus.pw.i Public^). U.C. Poblicius Mallcolus. p. (Public' l 12. P. Scrvilius Rullus. P. (Publicè).

\}. P. Cornélius Lcnlulus Marccilinus. PE. S. C. (PublicO:, scnalus consullo).

14. M. Voltcius M. f. S. C- D- T- [Scnalus consullo, de Ihc- sauro).

11. Pièces d'argent anonymes d'un sesterce et d'un sesterce et demi, avec EX A- P. (F.x argcnlo publico).

Le numéraire qui fut frappé dans ces circonstances graves fut extraordinairement abondant, comme nous le verrons ailleurs. Il en est de même de l'émission exceptionnelle dont fut chargé, dans un autre moment de crise tînancière, le préteur urbain Q. Antonius Bal- bus, En 672 (^82 av.J.-C.),le Sénat lui ordonna de rassembler tous les trésors des temples pour en faire de la monnaie.

Souvent les édiles curules, comme P. Fourius Crassipes, M. Plae- torius, P. Plautius Hupsaeus, A. Plautius, Cn. Plancius, Sulpicius Galba, obtenaient l'autorisation de fabriquer des monnaies à leurs frais personnels : c'est pour cela qu'on n'accordait l'édilité qu'à des citoyens opulents parce qu'ils devaient subvenir aux dépenses des jeux publics ou de grandes solennités. Ceux qui voulaient se montrer généreux envers le peuple obtenaient du Sénat d'émettre, avec leur nom, des monnaies qu'on distribuait à l'occasion des fêtes ou qui ser- vaient à acheter du blé pour l'approvisionnement de la ville, comme, par exemple, les deniers des édiles plébéiens M. Fannius et L. Cri- tonius.

Les conquérants, les généraux victorieux rentraient à Rome parfois chargés de numéraire provenant d'impôts ou de contributions de guerre : « Aux derniers jours de la liberté grecque, dit Beulé, on portait des vases remplis de tétradrachmes athéniens à la suite des triomphateurs romains. Flamininus en rapporta 84,000; Acilius, 115.000; Regillus, 34.700; Scipion l'Asiatique, 224.000'. » C'est

* Bculc. Monnaies d'Athi'ncs, p. u

INTRODUCTION

cet argent qu'on déposait dans Vaerariuin Salurni et qu'on monnayait lorsque l'Etat avait besoin de numéraire.

Les deux questeurs urbains, qui étaient les trésoriers de Rome et à qui étaient confiées la garde et l'administration de Vacrjriuni, c'est-à-dire de la réserve en lingots déposée dans le temple de Saturne, frappaient cxtraordinairement sur l'ordre du Sénat, en monnayant une partie de la réserve métallique. C'est pour cela qu'on voit sur leurs espèces, à côté de leur nom, la tête de Saturne. Les monnaies des deux ques- teurs Pison et Cépion portent, à la suite des noms de ces magistrats, la mention adfrumcnlum cincndum, ce qui expliquel'émission extraor- dinaire de ces pièces. Enfin citons encore une magistrature dont nous ne trouvons qu'un seul exemple dans toute la suite des monnaies de la république frappées dans l'atelier du Capitole : Cn. Cornélius Lentulus Marcellinus prend le titre de curaior dcnariis flandis ex scnatus consulte. Les questeurs urbains qui frappaient monnaie, comme M. Sergius Silus, Nerius, P. Cornélius Lentulus, L. Plaetorius, Pison et Cépion, devaient indiquer sur leurs espèces l'autorisation sénatoriale. Les questeurs d'armée, comme C. Fundanius, C. Egna- tuleius, Q. Lutatius Cerco, L. Manlius, L. Fabius Hispaniensis, C. Tarquitius et d'autres, n'avaient pas, naturellement, à marquer l'autorisation du Sénat dont ils ne dépendaient pas : ils frappaient sur l'ordre et au gré de l'imperator, et leurs monnaies sont géné- ralement étrangères à l'atelier du Capitole.

Tels sont les magistrats extraordinaires qui pouvaient frapper la monnaie urbaine avec la permission du Sénat. La mention de cette autorisation sénatoriale par les lettres S.C.se rencontre plus tard sur

du bronze.

Tout ce que nous venons de dire concerne la monnaie frappée à Rome même, dans l'atelier du Capitole, celle dont la surveillance directe était dévolue au Sénat. Mais nous savons qu'à côté de cette monnaie il y avait le numéraire frappé par les généraux dans les pro- vinces, et qui, portant exclusivement la mention de l'autorité ro- maine,était une monnaie d'Etat au même titre que la monnaie sénato- riale. Son organisation était toute différente, et les triumvirs monétaires, pas plus que les autres magistrats urbains, n'avaient à jouer un rôle dans l'émission de ces pièces d'or, d'argent et de bronze qui consti- tuent déjà, à proprement parler, le monnayage impérial, et portent le nom du commandant militaire qui en ordonna la fabrication. « Le général, dit Mommsen ', qu'on l'appelât dictateur, consul, préteur, proconsul, propréteur, ou qu'il fût seulement désigné par le titre d'imperalor, avait, parle fait même du commandement en chef ( impe- riumj dont il était revêtu, le droit de battre monnaie, et, ce droit, il pouvait l'exercer légalement par son questeur ou son proquesteur

1 Hist. de la mon. roin. t. II, p. 57 et suiv.

INTRODUCTION

dans toute l'étendue des provinces soumises à son autorité. » Le pro- consul ou le général, usant ainsi de ses droits légitimes, n'avait pas besoin de l'autorisation du Sénat, et les monnaies militaires ainsi frappées ne portent généralement pas la mention scnalus consiillo : les trois ou quatre exceptions qu'on peut citer, ne font que confirmer la règle, ou ne sont qu'une flatterie momentanée à l'égard du Sénat. Mais, en revanche, ces pièces d'or, d'argent ou de bronze mention- nent, outre l'imperator, le questeur d'armée ou le lieutenant qui a été spécialement chargé de l'émission. Nous en rencontrerons au cours de notre description de nombreux exemples, et nous mention- nerons seulement ici le témoignage de Plutarque ', qui raconte que Sylla emmena Lucullus dans sa campagne contre Mithridate en qua- lité de questeur, et qu'il le chargea d'émettre une quantité énorme de monnaies qui prirent, dans la circulation, le nom de monnaies lucul- Hennés.

Il arrive parfois que les monnaies frappées par les généraux dans les provinces portent le nom de la ville dans laquelle a eu lieu l'émis- sion : ces pièces sont hors des limites de notre cadre. Mais il en est un grand nombre qui ne se distinguent de la monnaie urbaine que par la nature de l'autorité d'où ces pièces émanent; elles pouvaient circuler dans toute l'étendue du territoire de la république, et dans les trouvailles on trouve constamment confondues les monnaies mili- taires avec les monnaies urbaines.

César transporta même dans l'atelier de Rome la fabrication de ses espèces impériales, tandis que les triumvirs réguMers qui frappaient la monnaie urbaine étaient forcés d'émigrer avec Pompée et d'installer dans les provinces leurs officines qui, normalement, n'auraient pas quitter Rome. C'est surtout après la mort de César que les monnaies militaires devinrent nombreuses parce que les généraux de tous les partis frappèrent des espèces au nom de leur impcriinn.

Le Sénat ne fit jamais fabriquer de monnaie d'or avant la mort de Jules César, et même quelques semaines avant le meurtre du dicta- teur, cette assemblée servile, nous apprend Dion Cassius -, rendit un décret qui non seulement confirmait à ïinif^cralor le droit exclusif de frapper la monnaie d'or, mais encore l'autorisait à y placer son effigie. Ce fut au point de vue politique, la révolution la plus importante peut- être, qui eût encore été faite dans le monnayage romain. Nous avons donc des monnaies de l'an 710 (44 av. J.-C.i qui, frappées avant la mort dudictateur, portent son effigie; ces pièces sont toutes en argent, de sorte que la tète de Jules César n'apparaît qu'après sa mort sur des monnaies d'or. Auparavant on a seulement, sur quelques monnaies et par pure flatterie, donné à la figure de quelques divinités, comme la Piété, les traits dudictateur : c'était un acheminement au droit d'effi- gie qu'on allait lui concéder.

A peine César fut-il tombé sous le poignard des assassins, que le

' Liicull. 2. Voyez plus loin, t. I, p. 405. 2 Dio. Cass. 44, 4.

INTRODUCTION

Sénat crut se dédommager de sa faiblesse en s'arrogeant lui-môme le droit de frapper la monnaie d'or, concurremment avec les généraux: ce fut sans doute à cette occasion qu'il délibéra en 711 (43 av. J.-C.) sur l'émission des monnaies •. Les pièces d'or du Sénat ressemblent exactement aux pièces d'argent et en reproduisent les types ; c'est ainsi que l'on s'explique la mention de l'autorisation sénatoriale sur ces mon- naies d'or. Le Sénat garda ce droit qu'il n'exerça d'ailleurs que fort rarement, de frapper de la monnaie d'or et d'argent, jusqu'en l'an 739(15 av. J.-C.) ; le dernier monétaire qui ait frappé l'aureus et le denier avec la mention S. C. est Q. Rustius qui exerça sa charge vers 735 (19 av. J.-C). A partir de cette époque, tous les droits monétaires furent confisqués par Auguste, aussi bien pour l'argent que pour l'or. Le Sénat ne put dès lors émettre que de la monnaie de bronze; c'est ce qui explique la réapparition dans l'atelier du Capitole, des pièces de bronze après une si longue suppression: aussi, à partir de cette époque, la monnaie de bronze porte la mention senaliis consiiUo. Cet état de choses resta en vigueur sous l'empire jusqu'au règne d'Aurélien.

X. LES NOMS -

Les monnaies de la république romaine nous donnent les noms des monétaires d'une manière plus ou moins complète selon les temps: nous devons entrer à ce sujet dans quelques détails et expliquer d'a- bord clairement de quels éléments se compose le nom complet d'un citoyen romain. Si haut que l'on remonte dans l'histoire romaine, nous constatons toujours que chaque individu est désigné par la réunion de deux ou plusieurs noms : Titus Taliiis, Numa Pompiliiis, Anciis Mar- iius. etc. 11 n'y a d'exception que pour quelques noms légendaires et mythiques comme Romulus, Remus, Faustulus. Ces noms multiples qui forment l'appellation sous laquelle on désigne un individu, sont entre eux dans un certain rapport qui montre qu'ils font partie d'un tout, comme Marcus Marci, CcvciUa Mclclli, c'est-à-dire Marcus Marcijïliiis, ou sennis: CœciUa Metellijllici, etc. Lorsque ce système est devenu régulier et général, on remarque que l'homme libre a trois noms : Marcus Tullius Ciccro. Le premier est spécial à l'indi- vidu, c'est le prœnomen ou prénom; le second désigne la f^cns auquel appartient l'individu, c'est proprement le nomen; et l'on peut définir la gens un groupe de familles de même origine et portant le même nomen gentilicium ; enfin le troisième ou cognomen marque la famille de l'individu, après avoir été, à l'origine, simplement un surnom. Pour le cas cité plus haut, Marcus est le pra-nomen .- Tullius indique que

1 Cic Pliilipf. VII, I, I,

2 Eckhcl. Doctr. niiin. vel. T. V, p. i, etsuiv. ; Marquardl. Das Pii'.utl-lcbea der Renier. Erstcr Thcil : Dic Fainilic, p. 7 et suiv.

INTRODUCTION XMII

l'individu dont il s'at^Mt faisait partie de la ^^cns Tullia : et Ciccro qui fut d'abord un sobriquet, donné à un membre de la^^^v/is Tullia, a passé ensuite à tous les descendants de ce personnage et a servi à distinguer et à spécialiser la branche de la gens Tullia. dont il fut la souche. Il en est de même pour Publius Cornclius Scipio, par exemple.

Dans l'usage officiel, on trouve encore ajouté à ces trois noms, le nom du père de l'individu, le nom de son grand-père et même parfois celui de son bisaïeul; dans ce cas, tous ces différents noms sont énu- mérés dans l'ordre qui suit, et qui est invariable : M. TulliusM. f. M. II. M. pr. Cor. Cicero, c'est-à-dire.* Marcus Tullius, Marci filius, Marci ncpos. Marci pronepos, Cornelia tribu. Ciccro '. C'est d'après le même principe qu'on trouvera des noms moins compliqués comme : L. Quiuclius L. f. L. n. Cincinnalus (Lucius Quinctius. Lucii filius, Lucii ncpos, Cincinnalus); A. Manlius Cn. f. P. n. Vulso fAulus Manlius, Cnaci filius, Publii ncpos, Vulso.J L'ordre dans lequel sont énumérés ces différents noms n'est interverti que très exceptionnel- lement et à la basse époque, c'est-à-dire à partir de la fin de la ré- publique.

Le noincn proprement dit, appelé aussi noincn ^i^cnlilc ou gcnlili- ciuin, est originairement, chez les tribus patriciennes, toujours terminé en ius; les exceptions sont d'une basse époque ou proviennent de noms étrangers à la langue latine et romanisés. Le gentiliciuin est héréditaire.

Le pra'nomcn qui caractérise spécialement l'individu, lui était généralement donné par ses parents le jour il revêtait pour la pre- mière fois la loga ."//v'/i's, c'est-à-dire le jour on le faisait passer de la catégorie de l'enfance dans celle de l'adolescence. Ces prénoms sont peu variés sous la république, et du temps de Sylla, on n'en trouve encore en usage que dix-huit ; les voici avec les abréviations sous lesquelles on les désigne :

A = Aulus.

AP =: Appius.

C = Caïus ou Gains.

CN = Cnacus ou Gnacus.

D = Dcciinus.

K = Kacso.

L =^ Lucius.

M ou M' = Manias.

M =: Mrcus.

MAM = Mamcrcus.

N =: Nu mer ius.

p = Publius.

Q =zz Quinius.

SER = Scrvius.

SX ou SEX = ScxUis.

Mommsen. Inscr. rcgin Ncjpcl. 4J20.

XLIV INTRODUCTION

S ^t' SP. =~ Spuriits. Tl. = Tib crins. T = Tilus.

Dans la primitive époque de l'histoire romaine, on en trouve quel- ques autres qui ont disparu rapidement, comme Aruns, Lar, Opilcr, Fûstunuis, etc.; ils ne paraissent jamais sur les médailles ; et dans les inscriptions, ils sont écrits en toutes lettres. Il en est de même de ceux que Ton trouve après l'époque de Sylla: ils se présentent presque toujours sans abréviations; ils sont d'ailleurs peu nombreux. Nous citerons : Fausliis, Paullus, Juins, Cossus, Ncro, Af;rippa, Volusus. A l'époque moyenne nous nous plaçons, sous la république, chaque tribu avait ses prénoms préférés, dont elle ne se départissait guère. Ainsi, voici quelques noms de familles patriciennes, avec les prénoms que portent leurs membres :

Acmilii : Q. l. MAM- M'. M. Q- TI- C/cT^uV/Y .• AP- C D. P.TI. L. Q. Cornclii: A. CN- L- M. P. SER. Tl- Faim: Q. K. M. N. Q- Furii : Agrippa, C- L- M- P- SEX- SP- Juin : C- L. SEX. Vopiscus. Mania : A- CN. L- M. P. T-

Parmi les tribus patriciennes, le prœnomen de Kaeso ne paraît que chez les Fabii et les Quinctilii: celui deDccimus n'est porté que par les Claudiictles Junii: Mamcrcus n'est usité que chez le?, Acmilii; Appius , chez les Claudii; Numcrius, chez les Fabii. Dans les familles plébéiennes, on trouve beaucoup moins de régularité pour l'observa- tion de ces règles traditionnelles; on y rencontre des prénoms étran- ges comme Nopius, Paquius, Salpius, Slalius, Trebius.

Le cognomcn, sous la république, est presque toujours usité dans les tribus patriciennes; mais dans les tribus plébéiennes, il faitsouvent défaut. Le cognomcn était originairement personnel; il n'était pas héré- ditaire et correspondait primitivement à notre surnom. Ils devint héré- ditaire et servit de désignation pour les familles, lorsque ces dernières se séparèrent de la gens, pour former à leur tour des individualités collectives. Ce cognomcn qui fut un surnom pour le premier individu qui le porta, dans chaque tribu, avait, par le fait, un sens spécial tiré de circonstances particulières. Dans la gens Tullia, le premier qui porta le cognomen de Ciccro fut ainsi appelé parce qu'il avait une verrue au visage ; le nom resta à la famille dont il fut la souche. De même, le cognomen de Brûlas fut donné à un membre de la gens Junia, à cause de son manque d'intelligence; le cognomen de Piclor à un membre de la gens Fabia, à cause de son métier. Ce cognomen devint nom de famille pour les successeurs directs : la famille des Cesliani, dans la gens Plaioria, tire son nom de ce que son ancêtre

INTRODUCTION

nommé Plaetorius s'était distingué dans le combat du ceste, d'où il reçut le surnom de Ccslianiis.

Au cognomcn vint s'ajouter un autre nom, ccstïagnomcn ou sobri- quet. Ce nouveau nom naquit de la nécessité même des choses. Nous avons vu que le?, pracnomina, destinés à distinguer l'individu person- nellement, étaient peu nombreux et peu variés. Lorsque dans une famille, plusieurs personnes se trouvaient porter le même prénom, ce qui arrivait constamment, on les distinguait en ajoutant à leur nom une épithète ou sobriquet, Ya<:^nomcn. Ce nom était quelquefois tiré de qualités physiques : L. Liicrcliiis Tricil?itinus Flainis ou le roux: de qualités guerrières : P. Cornclius Scipio Africaniis: ou d'autres cir- constances très multiples parmi lesquelles nous devons mentionner spécialement l'adoption. Lorsqu'un personnage était adopté par un membre d'une autre famille, il prenait les noms de son père adoptif, en ne conservant de son ancienne appellation que le nom de la gens auquel on donnait, pour la circonstance, une terminaison en anus. Ainsi P. CorncliusScipio Acnulianus était fils de L. Aemilius Paullus et fils adoptif de P. Cornclius Scipio: - T. Annius T. f. Milo Pa- pianus était fils d'un Papius et il fut adopté par T. Annius Milo. Nous citerons de même, d'après les médailles : A. Licinius Ncri'aSilianus: T.Quinclius Crispinus Sulpicianus. Après l'époque de Sylla, le suffixe anus ajouté au gentilicium est souvent supprimé.

Pendant la période impériale, et même dès la fin de l'ère républi- caine, il y eut des dérogations à ces règles, mais nous n'avons pas à entrer ici dans ces détails qui sont plutôt du ressort de l'épigraphie que de la numismatique.

Dans les premiers temps du monnayage de l'argent à Rome, les monnaies furent sans nom de monétaire. Mais on ne tarde pas à voir paraître dans le champ des pièces, généralement au revers, soit des symboles qui étaient comme les armes pariantes du magistrat, soit une lettre qui était l'initiale de son nom. Un peu plus tard, vers 7^7 (217 av. J.-C), apparaissent des monogrammes formés des premières lettres de ce nom; enfin, après des empiétements successifs, c'est vers l'an 600 environ (i^ av. J.-C.) que le nom du magistrat com- mence à s'étaler en toutes lettres : prénom, nom et surnom ; c'est aussi à partir de cette date, qu'on voit mentionnée, pour la première fois, la filiation du magistrat, comme : C. CVR. F- TRIG. {Caius Curia- tius Jilius TrigcminusK Un peu plus tard encore, cette coutume ne fait que se développer; par exemple : Tl- MINVCI. C- F- AVGVRINI. Jusqu'ici, la mention de la filiation s'est bornée au père du monétaire. Vers l'an 670 ( i!4 av. J.-C.l nous commençons à trouver le nom du grand père : TL CLAVD. Tl- F. AP- N. (Tibcrius Claudius Tibcrii Jilius Appii ncposj; A POST- A F. S- N- ALBIN. fAulus Pos- tumius, Auli Jilius, Spurii nepos, Albinus) M". AQVIL M'-F. M'. N. (Manias Aquillius Manii Jilius Manii ncposj. Néanmoins la men- tion de la filiation fut toujours l'exception, et celle du grand-père est fort rare. Le nom du magistrat qui a fait frapper la monnaie est généralement au nominatif; toutefois on le rencontre aussi au génitif.

INTRODUCTION

Ajoutons enfin qu'on trouve parfois des noms avec une orthof^raphe archaïque, bien que cette orthographe eût cessé d'être en usage

3uand la médaille fut frappée : ce cas se présente lorsque le nom ésigne un personnage beaucoup plus ancien, ancêtre du monétaire. Quelques noms se rencontrent aussi avecdes accents, comme FVRIVS- et MVSA '; l'épigraphie fournit également de ces exemples.

XJ. J.KS TYPES

Nous ne reviendrons point ici sur ce que nous avons dit précédem- ment des types adoptés primitivement sur les monnaies d'argent lors de leur création, ni sur les types qui ont toujours été en usage sur les monnaies de bronze frappées dans l'atelier du Capitole. Mais nous devons insister quelque peu sur ceux qui ont été adoptés par les magistrats monétaires, lorsque ces fonctionnaires eurent la libre faculté de faire graver sur les espèces qu'ils faisaient frapper des images de leur choix.

C'est vers l'an 620 (i 34 av. J.-C. ) que les premiers types de revers faisant allusion au nom ou aux souvenirs de la famille du monétaire commencent à faire leur apparition et à remplacer les types officiels de l'Etat : le groupe des Dioscures, le bige ou le quadrige de Diane, de la Victoire, de Jupiter ou d'autres divinités. Disons tout de suite cependant, que ces anciens types d'Etat ne disparaissent définitivement que vers 690 (64 av. J.-C.) -. Mais cinquante ans auparavant, nous voyons déjà que les types de la monnaie d'argent sont très variés. C'est, pour citer quelques exemples, C. Minucius Augurinus qui représente sur son denier, le monument élevé devant la porte Trige- mina à son ancêtre L. Minucius, le décemvir, et auprès de ce monu- ment figure encore un autre ancêtre du monétaire, M. Minucius Faesus, le premier augure qui fut choisi dans la classe plébéienne ; c'est encore Sex. Pompeius Faustulus qui nous donne le type du berger Faustulus auprès de la louve qui allaite Romulus et Remus sous le figuier Ruminai; c'est Ti. Veturiusqui fait graver la prestation de serment des alliés, lors du traité conclu par son ancêtre T. Vetu- rius Calvinus avec lesSamnitcs et les Campaniens; c'est Q. Marcius Philippus qui fait représenter la statue équestre de Philippe, roi de Macédoine; c'est M. Caecilius Metellus qui retrace sur ses deniers les glorieux exploits de ses pères en Sicile et en Macédoine. Beau- coup de monuments publics de Rome qui se rattachaient à l'histoire de la famille du monétaire, figurent ainsi sur les médailles •'.

On trouvera dans notre description l'explication de tous ces tableaux

' Revue nuniisinat'u]ue, I054, p. 299.

- Fr. Lcnormant. La Monnaie dans l'antiquité, t. II, p. 242 et suiv.

'■'• Kluegmaiin. Numismatischc Zeitschrijt de Vienne, t. XI, p. 20;.

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INTRODUCTION XLVII

en miniature aussi intéressants que variés, et nous devons nous con- tenter ici d'indications sommaires. La tête de la dca Roina persiste assez longtemps au droit du denier, alors même que le revers est déjà envahi par les emblèmes particuliers des magistrats. C'est la déesse Rome qu'on voit à peu près constamment jusque vers l'an 660(94 av. J.-C.l. Mais à partir de cette époque, on rencontre plus souvent, au droit, les têtes de divinités particulières, de héros ou de génies : Ju- piter, Apollon, Apollon 'Vejovis, Neptune, Mars, Mercure, Bonus Eventus, Concordia, Flora, Genius populi romani, Hercule, Hercules Musarum, Honos, Juno Moneta, Juno Sospita, Pavor, Pallor, Juno Mater Regina, Lares, Libertas, Pietas, Quirinus, le Soleil, Salus, Sibulla, Valetudo, Venus Erxicina, "Vesta, Sors, Roma Victrix, Virtus; des personnifications de pays ou de villes : Alexandrea, Gallia, Hispa- nia, Africa, Italia, Sicilia.

Au revers des deniers, la règle générale des monétaires est de rechercher dans les souvenirs historiques ou légendaires de leur famille, quelque fait glorieux dont ils pussent rappeler le souvenir à leurs contemporains, ou bien de représenter un emblème qui soit, pour ainsi dire, l'image parlante ou le rébus de leur propre nom. (i Dans ces allusions, dit Adrien de Longpérier'. l'allitération n'est pas toujours complète ni exacte. A côté d'exemples dans lesquels le rapprochement de sons est parfait, tels que la Jlcitr sur les deniers d'Aquillius Flonis: le rccTii sur ceux de Voconius Vilnius ; les étoiles irioncs sur ceux de Lucrctius Trio; Diane traînée par deux axis sur la monnaie de la famille Axia : le maillet sur les deniers de Mallcolus; la tète de Silène sur ceux de Silanus: un geai sur les monnaies de L. Anùstius Gragiilus: les Muses sur celles de Pomponius Musa, on trouve des types qui ne représentent qu'approximativement le nom de celui qui les a adoptés. Ainsi, une palissade, l'allum, sur les monnaies de Numonius Vahala: une hachette, ascicuhis, sur celles de Valerius Acisculus : un taureau sur les deniers de Lucius Thorius; le dieu Titi- nus sur ceux de Quintus Titius ; le géant Valens sur ceux de la fa- mille Valeria; une main, balio^ sur une pièce de bronze de C. Allius Bala. Quelquefois, le type n'a trait qu'à une partie du nom d'homme : ainsi, l'on trouve la tête de Pan sur les deniers de Caius Vibius Pansa. Les cornes de Jupiter Ammon et de Junon Sispita coiiïée de la dépouille d'une chèvre, sont des emblèmes parlants pour Quintus Cornujîeius. Un type, tout en faisant allusion au nom du magistrat qui a fait frapper la monnaie, peut donner en même temps la clef étymo- logique de ce nom; tel est le buste d'Acea Larenlia sur un denier d'AecoIeius Lariseolus ; tel est encore le type d'une pièce de plomb de la famille Oppia, dans lequel Sestini a vu une tête de Vénus coiffée d'un modius ; nous proposerons de donner à cette figure, dont le caractère est tout particulier, le nom d'Ops, déesse chthonienne à laquelle le modius convient parfaitement. Parfois, l'allusion est em-

* Mcinoircs de Li Soi:. des Antiquaires de Fiwicc. t. XXI, p. J59 (1852); Œuvres de A. de Longpérier, publiées par G. Schluniberger, t. II, p. 289.

INTRODUCTION

pruntce à des mots étrangers à la langue latine. Ainsi, Charles Lenor- mant ' a démontré de la manière la plus ingénieuse que le bouc figu- rait sur la monnaie de Cornélius Ccthcf^us à cause du nom phrygien Elhego de cet animal. On remarquera que l'allitération est observée à une gutturale initiale près; c'est une raison pour considérer le cheval de charge, Cabalhts, que porte la monnaie d'/l^aZ/o. comme un type parlant : nous avons aussi proposé ailleurs de donner le nom d'Abellio au dieu figuré sur les monnaies de Cabellio. Il est admis sans contesta- tion, que le monétaire Scarpus a choisi une main pour type des deniers de la famille Pinaria. en raison du nom de la main en grec, xâpiroç. »_

Sur les monnaies de la gens Hosidia, on voit un sanglier, en grec ou /îW5. allusion an mot Hosidius: le cheval au galop, en grec yAÏ-zr^ qu'on voit sur les deniers de la gens Calpurnia, rappelle aussi le nom du monétaire, la tète de Vénus VerlicoriHa fait allusion au nom de Man. Cardias Rufus. On voit le satyre Marsyas sur des deniers de la famille Marcici: le murex, symbole du nom de Purpurco, sur les mon- naies de L. Furius Purpureo ; un pied difforme sur le denier de P. Furius Crassipes: le quadrige de Saturne sur les deniers de L. Appuleius Salurninus fait de môme allusion au nom du magis- trat. Poussant plus loin encore cette assimilation et ces rappro- chements factices, nous voyons la déesse Feronia identifiée avec Anna Perei.na, sur les deniers des familles Annia et Petronia. Il n'est pas surprenant de trouver ces jeux de mots sur les monnaies quand on les rencontre sur les tombeaux tout aussi bien que dans le blason du moyen âge. Sur le tombeau d'un enfant appelée Nahira, on a mis un bateau, napis, de même que sur celui d'une famille appelée Naucellia. A côté des noms de personnages appelés Daphc, Vitulus, Onager, Poreella, Aper, on trouve sur les sarcophages ou les urnes funéraires un laurier, un veau, une petite truie, un sanglier -.

Les plus anciennes familles patriciennes se disant d'origine troyenne ou albaine avaient rehaussé l'illustration de leur antiquité par des légendes qui envahirent aussi le champ des deniers de la république. C'est ainsi que la tète de Romulus paraît sur les pièces frappées par C. Memmius Quirinus, celle du roi Sabin Titus Tatius sur les pièces de L. Titurius, celles de Numa Pompilius et d'Ancus Marcius sur les pièces des Marcii, celle de Numa Pompilius sur celles du proques- teur Cn. Piso. Sans recourir à une origine aussi illustre et aussi lointaine, d'autres monétairesplaçaient, au droitdeleurs deniers, le por- trait de quelqu'un de leurs ancêtres historiques qui s'était distingué par une action d'éclat dans les fastes de la république : sur des mon- naies dela,^t'/!S Ji//n't7, onvoitles portraits de L. JuniusBrutuset de C. Servilius Structus Ahala; la tête du vainqueur de la bataille du lac Régille figure sur des pièces des Posiumii, ses descendants; celle du vainqueur d'Archimède sur des deniers de la gens dvcilia; celle de Scipion l'Africain sur des pièces de la gens Cornelia. Les portraits de

' Rei>ue numisma'iquc. i8.;2, t. VII, p.' 245.

- J. Martlia. L'archéologie étrusque et romaine, p. 2jo.

[NTRODUCTION

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C. Cœlius Caldus, de M. Arrius Secundus, de Régulus,de CNumo- nius Vaaia, de C. Antius Restio, de Servius Sulpicius Rufus, figurent de même sur les deniers de leurs petits-fils. Mais parmi tous ces types, aucun ne fait allusion à un personnage vivant et contemporain de l'émission de la pièce : ce sont tous des souvenirs historiques et nullement la consécration du droit d'effigie.

A côté de ces représentations variées et dont le choix était livré au caprice des monétaires, ily en avait pourtant qui étaient consacrées par l'usage, surtout lorsque le magistrat n'était pas un triumvir ordinaire. C'est ainsi que la tète de Saturne apparaît sur les pièces frappées par des questeurs, parce que ces fonctionnaires étaient les gardiens de Vacrariiiin publicum installé dans le temple de Saturne; on voit une chaise curule, sella curulis, sur les médailles frappées par les édiles curules, parce que c'était l'emblème de leurs fonctions. La tête de Cérès paraît aussi, en général, sur les pièces frappées par les édiles plébéiens : le temple de cette déesse était pour les édiles ce que le temple de Saturne était pour les questeurs.

Il est des types, enfin, copiés sur ceux des monnaies autonomes des villes, quand la monnaie a été frappée dans un atelier de province : tels sont, par exemple, les types du denier que Cn. Domitius Calvinus fit frapper, en 714, pour rappeler ses victoires en Espagne, types iden- tiques à ceux des pièces autonomes de la ville d'Osca, d le nom d'argcntum osccnsc donné à ces monnaies.

Ce que nous venons de dire montre que ce n'est pas, en général, dans la vie du monétaire lui-même et dans un fait contemporain qu'il faut chercher l'explication du type d'un denier romain. Ily a des exceptions, mais elles datent toutes du déclin de la république. La première fois que nous trouvons un fait contemporain retracé sur une médaille, c'est sur les deniers des deux questeurs Pisonet Cépion ; on y voit une allusion évidente aux énormes achats de bié qu'ont faits ces deux fonctionnaires en 6^1 ou 6^4 (103 ou 100 av. J.-C.) en vertu de la Lex friiincnlarici.

Un peu plus tard, nous rencontrons des monnaies qui représentent Marius débarquant en Italie, et qui sont frappées à l'occasion de cet événement '. A partir de cette époque, il est, au contraire, souvent fait allusion, sur les monnaies d'or ou d'argent, à des faits contemporains, et il convient d'insister sur un point important. Les généraux comme Marius, Syllaet Pompée ont bien pu représenter sur leurs monnaies, soit leur char de triomphe, soit d'autres faits qui leur étaient person- nels, mais ils n'ont jamais osé mettre les traits de leur visage à la place réservée au portrait des dieux. C'est seulement à César que, sur la fin de sa vie, fut permis cet empiétement. A partir de cette époque, les monnaies des généraux, comme Antoine, Lépide, Octave, Sex. Pom- pée, Labienus. Domitius Ahenobarbus, Brutus, non seulement retra- cent les exploits de ces chefs militaires, mais elles portent souvent

Cavedoni. Bull, de l'Inslit. archéol. de Rome, 184J. p. 144.

INTRODUCTION

leur portrait : le droit d'effigie monétaire parut lié dès lors au titre (ïimpcralor, jusqu'au jour Auguste en lit une prérogative exclu- sive de son pouvoir souverain.

XII. MARQUES d'ateliers ET DE GRAVEURS

Les plus anciennes monnaies d'argent et de bronze portent dans le champ, à côté du type principal, des lettres, des monogrammes ou des symboles qui désignent les villes d'émission ou bien les magistrats monétaires. C'est après la première guerre Punique et la conquête de rillyrie, vers 52^ (229 av. J.-C), que le Sénat romain, en supprimant le monnayage des villes soumises, se décida à établir dans les pro- vinces, des ateliers monétaires qui furent considérés comme les succursales de l'atelier du Capitole. Ces officines provinciales frap- pèrent la même monnaie d'Etat que l'atelier de Rome; elle ne se distinguait des produits de ce dernier que par un symbole, une lettre isolée ou un monogramme placé dans le champ, et qui suffisait à faire reconnaître le lieu d'émission dans le cas un contrôle eût été nécessaire.

C'est ainsi que, outre la légende principale roma, qui ne fait jamais défaut, nous rencontrons des lettres isolées ou des mono- grammes comme VI B. pour l'atelier de Vibo, CRO pour celui de Crolo : L. pour Liiceria: p, pour Paestum ; \{0P, pour Kopxupa (Corcyrc) ; CA, "pom Canusium ; KA, pour Kapiia. etc. Les marques des ateliers provinciaux sur la monnaie d'Etat de Rome, ne durent guère après les guerres Puniques. A partir de ce moment, le mon- nayage romain paraît s'être concentré dans l'atelier du Capitole.

Mais alors, les symboles, lettres ou monogrammes qui figurent dans le champ des pièces émises dans l'hôtel des monnaies de Rome ont une autre signification : ils désignent les officiers chargés de l'é- mission. Ce sont les initiales ou les armes parlantes des magistrats, avant que ces personnages aient osé s'emparer du type principal de la pièce. Il arrive parfois que les symboles ont, avec le nom du per- sonnage, un rapport, soit phonétique, soit historique, et plusieurs d'entre eux sont très reconnaissables, comme la tête d'éléphant pour les Mc- lelli, le chien pour les Aniestii, le bâton augurai pour Minucius Augurinus. Le plus souvent toutefois l'interprétation de ces lettres ou symboles résiste à tous les efforts : on peut môme hésiter dans certains cas, entre un nom d'atelier provincial ou un nom de magis- trat

Enfin, avec le développement du monnayage romain, le sens de ces marques isolées prend une troisième acception. A l'époque le nom des magistrats chargés de la surveillance de la frappe des es- pèces, s'étale en toutes lettres dans le champ des pièces et les types principaux sont laissés aux choix de ces fonctionnaires, on

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INTRODUCTION

rencontre encore, dansle champ des pièces, surtout lorsque l'émission a été considérable, des signes monétaires nombreux et variés, ana- logues à ceux dont nous avons parlé plus haut. Nous avons relevé et catalogué tous ceux qui nous sont passés entre les mains : ce sont les marques des ouvriers graveurs ouïes signes qui servaient, comme à Athènes, à classer et à reconnaître les matrices et les coins de l'officine monétaire et à faciliter le contrôle de la frappe. Ces signes correspondeiit aux monogrammes de la numismatique grecque, ou si l'on veut, à nos points secrets et à nos lettres d'ateliers. Il ne faut pas leur demander d'éclairer d'un jour nouveau la numismatique et d'ouvrir des horizons inconnus à l'histoire. Toutefois l'indication de ces signes peut être d'une certaine utilité pour les amateurs qui, à l'imitation du baron d'Ailly, entreprendraient de les collectionner; ces signes prouvent l'abondance d'une émission; en outre, la série des symboles présente une foule d'objets variés qui ont souvent fait partie de la vie privée des anciens, et dont la figure, au point de vue archéologique, est fort utile à reproduire ou au moins à signaler.

Ces marques sont toujours isolées dans le champ de la pièce, soit au droit, soit au revers, plus rarement des deux côtés à la fois. On ne les voit jamais sur l'or, sauf dans la série romano-campanienne, et elles sont beaucoup plus rares sur le bronze que sur l'argent; enfin les plus anciens deniers en sont dépourvus, et elles n'apparaissent pas avant la période qui s'étend environ de 620 à 640 (135-1 14 av. J.-C.j. Ce sont :

I. Des symboles ; 2. Des lettres ou des syllabes de l'alphabet latin ; } . Des lettres de l'alphabet grec ; 4. Des monogrammes ; 5 . Des chiffres; 6. Des points.

Les symboles sont extrêmement variés et de toute nature : des animaux, des vases, des armes, des instruments et des ustensiles ;

Les lettres de l'alphabet latin sont toutes celles de l'ancien al- phabet :

ABCDEFGHIKLMNOPQRSTVX

Les lettres Y et Z introduites postérieurement à Rome n'apparais- sent que rarement et fort tard. Quelquefois ces lettres sont combinées de manière à former des syllabes comme BA, BE, BI, BO, BV, etc. Leur apparition est antérieure à celle des symboles.

Les lettres de l'alphabet grec se confondent, pour la plupart, avec celles de l'alphabet latin. Voici celles qui ne se peuvent assimiler aux lettres latines :

Les monogrammes sont beaucoup plus rares et se composent de deux ou trois lettres liées dont il est difficile de donner l'explication, si tant est qu'il y ait toujours quelque sens caché sous de tels groupes.

Les chiffres sont très nombreux et peuvent, sur un même denier, s'élever à plus de CC; exceptionnellement, on a relevé le chiffre

INTRODUCTION

CCDD (=■ 10 ooo) sur les deniers de L. Caipurnius Piso Frugi, qui frappa en vertu de la loi Plautia-Papiria.

Enfin, les points ne constituent pas. à proprement parler, de nou- velles marques de graveurs: ils sont rarement isolés; souvent, au contraire, ils accompagnent une lettre, autour de laquelle ils peuvent être diversement disposés : placés à droite, à gauche, au-dessus ou au-dessous, ou bien en diagonale. Une lettre peut être accompagnée de un, deux, trois, quatre, cinq, six, et même sept points. On conçoit que toutes ces particularités, diversement combinées, puissent former des variétés aussi insignifiantes que multipliées à Tinfini.

Quelquefois, dans le champ du droit, on trouve un symbole, et dans le champ du revers, une lettre ou un chiffre, ou réciproquement.

Le plus souvent, lorsque deux marques monétaires sont sur un même denier, elles n'ont aucun rapport entre elles ; parfois pourtant elles se correspondent, forment un rapprochement convenu et voulu par l'ouvrier.

Nous pourrions nous attarder longuement à faire ressortir les par- ticularités que présentent ces marques isolées dans le champ des pièces; mais, sans compter qu'on trouvera ces particularités dans notre description, elles offrent un intérêt scientifique trop restreint pour que nous nous y arrêtions davantage ; les symboles seuls méri- tent d'attirer l'attention à cause de l'intérêt archéologique qu'ils peuvent offrir.

XIII. MONNAIES DENTELÉES*

Tacite dit en parlant des Germains ses contemporains : Peciiniain probant vclcrcm cl diu nolam, serratos bigalosque -. Ce passage signifie que les Germains préféraient aux deniers impériaux émis du temps de Tacite les anciens deniers de la république restés en circulation, qui étaient plus pesants et de meilleur aIoi,ce qu'ils reconnaissaient facile- ment au type du bige {bigalij, et aux bords découpés en dents de scie (serralij. C'est de ces derniers qu'on rencontre assez souvent dans les collections, dont nous allons dire quelques mots '.

On pense que c'est à Carthage qae fut, pour !a première fois, mis en pratique cet usage singulier de denteler la tranche des monnaies. Les pièces carthaginoises d'or et d'argent qui offrent cette particularité se placent au milieu du lu" siècle avant notre ère, c'est-à-dire vers la fin de la première guerre Punique. On a aussi des monnaies en bronze des Séleucides dont les bords sont également découpés et qui datent du milieu du second siècle avant J.-C. Enfin, quelques monnaies

Eckhcl. Doctr. niiin. vct. 8, V, p. 94 et suiv.

Germait ia, 5.

■' Fr. Lcnormant. L1.1 monimic dans l'antiquité, t. 1. p. 267; cf. L. Muller. Miimism. Je l'ancienne Afrique, t. Il, p. 142; Monimsen. Hist. de la mon. roni.

t. II, p. !<)().

INTRODUCTION

macédoniennes de la même époque sont aussi en dents de scie. Mais dans tous ces pays, cet usa,L,^e singulier ne fut que momentanément pra- tiqué et vite abandonné.

A Rome, il persista plus longtemps que partout ailleurs. Il fait une première apparition presque dès le début du monnayage de l'argent, avec les deniers anonymes au type des Dioscures. et portant au revers, la roue pour symbole (V. plus loin, p. 48). Ces pièces den- telées sont contemporaines de celles de Carthage, et il est probable qu'un monétaire romain, celui qui signait ses pièces d'une roue, voulut imiter les monnaies carthaginoises qui avaient un grand crédit sur le marché public. Son exemple ne fut pas suivi, et il faut des- cendre cent cinquante ans, pour retrouvera Rome des monnaies avec le bord dentelé, comme les bronzes des Séleucides contemporains. Cette réapparition est fixée par Mommsen, un peu avant l'an 6^0 I 104 av. J.-C), avec les noms de Licinius Crassus et Cn. Domitius. Depuis ce moment, l'usage de denteler les flancs du denier, persista jusqu'à la fin de la république, concurremment avec l'usage des bords arrondis et réguliers.

Quelle cause a pu faire adopter cette pratique étrange et incommode? Ce n'était pas pour empêcher de rogner les monnaies, car les bronzes des Séleucides qui n'avaient pas de valeur intrin- sèque, sont découpés en dents de scie; ce n'était pas non plus pour empêcher l'altération de la pièce, ou plutôt pour permettre de s'as- surer de son bon aloi, puisque l'on a un bon nombre de pièces four- rées qui rentrent dans la catégorie des scrrali. Il reste donc là, comme le dit Fr. Lenormant, un problème dont on ne saurait, actuellement encore, rendre une raison bien satisfaisante '. Pourtant, en dressant la liste des scrrali, nous avons remarqué que ces deniers sont tous de fabrique plus barbare que les autres, et qu'ils sortent d'ateliers provinciaux; un grand nombre d'entre eux ont été mala- droitement imités par les barbares eux-mêmes, ce qu'il est facile de constater par des erreurs grossières commises dans la reproduction du type et la gravure des légendes. On peut conclure de là, avec toute certitude, que les deniers appelés scrrali étaient spécialement frappés dans les provinces, et destinés aux relations commerciales avec les peuples barbares qui préféraient, du temps de Tacite, ces deniers aux autres, parce que c'étaient ceux-là surtout qu'ils avaient, de longue date, apprisà connaître dans leurs rapports avec les Romains.

XIV. :\roNNAiES fourrées

« On désigne par l'expression de monnaies fourrées, dit Fr. Le- normant -, des pièces qui se composent d'un flan de métal de peu

' Fr. Lenormant. Lj mcnnaic dans l'antiqiiilc. t. I, p. 207. 2 Fr. Lenormant. La monnaie dans iantiquitc, t. I, p. 221, et". Mommsen. Hisl. de la mon. rem. t. II. p. 78 et suiv.

i.lV INTRODUCTION

de valeur, cuivre, fer, plomb ou étain, formant âme et revêtu dans toutes ses parties d'une mince feuille d'arj^ent. plus rarement dor. Ame et enveloppe ont été soumises en môme temps à la frappe moné- taire. Les pièces fourrées étaient donc des monnaies sans valeur intrinsèque, que Ion émettait pour des espèces d'argent ou d'or par une opération frauduleuse. » On rencontre des pièces fourrées en petite quantité dans la numismatique grecque; dans la série de la république et de l'empire romain, elles sont nombreuses, et c'est de leur fabrication que parle Pline quand il dit : acs ou fcrriim argcnto misccreK

Ces pièces qui, déjà dans l'antiquité, étaient recherchées comme objets de curiosité, parles amateurs romains - ne sont pas, comme on l'a cru généralement, le produit des ateliers des faux monnayeurs: ou plutôt, il faut avec M. le baron de Witte ^ les partager en deux classes : i" Les pièces de travail soigné et qui sont régulières comme types et comme légendes, sont évidemment sorties des ateliers de l'État; 2" Les pièces d'un travail barbare, dont les légendes pré- sentent de grossières erreurs et qui souvent même accolent le droit du denier d'un magistrat au revers du denier d'un autre magistrat ou d'une autre époque, sont certainement le produit des officines de faux monnayeurs romains.

Sylla édicta une loi qui interdisait, sous les peines les plus sévères, d'altérer le titre des monnaies d'argent ' ; malheureusement, l'Etat se départit lui-même de ce principe économique. Seulement, on peut dire que les espèces fourrées émises par le gouvernement, étaient une monnaie fiduciaire, sans valeur intrinsèque, frappées avec cours forcé comme notre papier monnaie ou nos pièces obsidionales, dans des circonstances difficiles ou au milieu de calamités publiques. Il est extrêmement rare de rencontrer des deniers de cette espèce au type des Dioscures; comme on en trouve au contraire parmi les pièces d'or de LX, XXXX et XX sesterces frappées en Campanie par les généraux romains qui combattaient Annibal, on peut croire que la première émission officielle de pièces fourrées eut lieu pendant l'in- vasion d'Annibal en Italie, après la bataille du lac de Transimène, et en même temps que pour faire face aux besoins du moment, la loi Flaminia réduisait le poids de l'as.

Mais l'Etat ne recourut que rarement à ce procédé frauduleux, jusqu'au jour où, en 663 191 av. J.-C), M. Livius Drusus fit décréter par le Sénat que, dorénavant, dans les émissions monétaires, les pièces fourrées formeraient un septième du numéraire mis en circu- lation-^ A partir de cette époque, on trouve constamment des mon- naies fourrées, et comme ces espèces avaient forcément, auprès du public, moins de crédit que les autres, il arriva, dit Cicéron, qu'au temps de Cinna, la valeur du numéraire était devenue si incertaine

J Plin. Hist. natiir., XXXIII, 5, 46; IX, Iî2.

2 Plin. f/(sf./K7/.. XXXlII.o. i?2.

^ Revue iiumisinaliquc, 1868. p. 1-7 et suiv.

i Digcsl.XLVlII. 10. <). '

« Plin. Hist.iiatur.,XXXl]\. ?, 46. .

INTRODUCTION

que personne ne savait au juste ce qu'il possédait'. Pour mettre fin à ce désordre, le préteur M. Marius Gratidianus institua des bureaux de vérification et supprima le cours forcé des deniers fourrés que les caisses publiques retirèrent peu à peu de la circulation ^ Malheu- reusement, Sylla, dont Gratidianus avait été l'adversaire, fit briser les statues du réformateur et rétablit par la loi Cornelia iesltimcnlaria, l'ancien usaç^e des pièces fourrées avec cours forcé-'. Son exemple fut suivi, et après Sylla on rencontre même des types monétaires qui ne sont connus qu'en espèces fourrées. César fit enfin cesser à peu près cet abus qui mettait le désordre dans les finances et trompait le public, mais on rencontre pourtant encore quelques-uns de ses monétaires qui ont pratiqué l'usage de cette fausse monnaie officielle. Pline raconte que le triumvir Marc Antoine fit fabriquer des mon- naies en fer: misciiit cicnario triumvir Antoniiis ferriim; misccnlur aéra falsac monctac ''. On connaît en effet des deniers des légions de Marc Antoine qui ont une Ame de fer ; c'est de celles-là sans doute que Pline veut parler. Sous le haut Empire, il semble que les mon- naies fourrées, qu'on a émises en assez grande quantité, étaient des- tinées aux barbares : c'est sans doute pour ce fait que du temps de Tacite, les Germains ne voulaient accepter, des pièces qu'on leur offrait, que les anciens deniers républicains, les bif;ali et les serrati, qu'ils savaient, par expérience, être de meilleur aloi.

XV. :monnaies hybrides

On désigne sous le nom de monnaies hybrides dans la série numismatique de la république romaine, des monnaies qui portent, accolés l'un à l'autre, deux types qui appartiennent normalement à deux médailles différentes, et qui ne se trouvent rapprochés que par suite d'une erreur de l'ouvrier monétaire. Par exemple, le droit du denier de Cn. Lucretius Trio se trouve associé au revers du denier de M. Aburius Geminus ; le droit du denier de Cn. Plancius se trouve accolé au revers de L. Hostilius Saserna. Ces accidents monétaires que nous avons relevés au cours de notre description, n'ont, au point de vue numismatique et historique, aucun intérêt en eux-mêmes. Ils prouvent seulement, la plupart du temps, que les magistrats dont on a confondu les coins, étaient contemporains et peut-être faisaient partie du même collège. Ce n'est, en effet, qu'avec cette explication qu'on peut imaginer comment les ouvriers de l'atelier ont pu prendre un coin pour un autre. Il peut arriver aussi parfois, que cesmédailleshybridessoientrœuvredequelque faussaire''.

< Ciccron. De c^. III, 20, !!<). ^ Moninisen, Hist . lic Li mon. rein. T. II, p. S;. :' Paul. Sentent, recept. V, 2>, i. ^ PWn.Hist m?/., XXXIII, 0, 152.

« Eckhcl. Doctr. niini. vet. T. V, p. 97 et siiiv. Bahrfcldt. Zeitsehrijt fur Numismatik. 1877, t. IV, p 27 et siiiv.

INTRODUCTION

XVI. MONNAIES Ri:STITUl':i:S ET CONTREMARQUÉES

A une certaine époque de l'empire romain, on a frappé des monnaies qui reproduisent exactement, au revers, les types et les légendes d'anciennes pièces d'or et d'argent de la république, tandis que le droit est occupé par la tète de l'empereur qui a ordonné la restitution de cette ancienne médaille. Ces monnaies ainsi resti- tuées ne se trouvent qu'avec les têtes de Titus, de Domitien, de Trajan, de Marc Aurèle et de Lucius 'Verus. Ces empereurs, animés du désir de rappeler à leurs contemporains quelque fait glorieux de l'histoire ancienne de Rome, ou quelque trait ayant rapport à l'illus- tration d'une famille ou d'un personnage, ont ainsi renouvelé les types monétaires qui, jadis, avaient popularisé ces hauts faits.

Ces médailles restituées ne font donc, à vrai dire, pas partie de la suite des monnaies de la république, puisqu'elles ont été frappées à l'époque impériale. Néanmoins, nous les avons soigneusement rele- vées parce qu'elles se rattachent à la série républicaine par le type et la légende du revers.

« On appelle contremarque, dit Fr. de Saulcy, une empreinte appliquée sur le flan d'une monnaie, à une époque postérieure à son émission, et à l'aide d'un poinçon produisant une empreinte en relief et plus rarement en creux -. » L'empereur Vespasien fit frapper d'un

poinçon portant : \£Soul'^\£S ( '"'/"«-"''iif/ûr Vcspasianus) un certain

nombre de monnaies de la république, afin d'indiquer par qu'elles n'étaient pas démonétisées et qu'elles avaient cours au même titre que les pièces qu'on émettait sous son règne. La principale raison qui a pu pousser "Vespasien à remettre en circulation ces vieilles mon- naies, fut sans doute la pénurie d'argent et la préférence que mani- festaient les Germains pour les anciens deniers. Pendant la période du haut empire, les armées romaines, guerroyant au loin sur toutes les frontières, ont dû, plus d'une fois, se trouver exposées à la disette de numéraire. De là, la nécessité de créer sur-le-champ une mon- naie de convention ou obsidionale, permettant de faire face aux besoins les plus pressants. C'est ce qui explique l'existence de quel- ques monnaies antiques en plomb, et aussi la contremarque d'un poinçon sur de vieilles monnaies qu'on remettait temporairement en circulation, et qui étaient reçues dans le commerce pour la même valeur que celles qui étaient régulièrement frappées au nom de l'em- pereur.

* Eckhel. Dcctr. iiiim. vct. t. V, p. 97 et suiv.

2 Fr. de Saulcy. Les conlrcnmrqtics monctaircs à l'cpc^iic du li.vil lEnijrirc. dans- la Rame numismatique 1869-1870, p. joo. V. aussi Balu-fcldi. Zeitschrijt fi'ir Numismalik, t. 111, 1876, p. j^ct t. IV, 1877, p. 279.

FIN DE L'INTRODUCTION

I

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE

PREMIERE PARTIE

DEPUIS LES ORIGINES JUSQU'A L'AN DE ROME 486

(268 av. J.-C).

I. AES SIGNATUM.

Il existe un assez grand nombre de lingots rectangulaires por- tant des types variés, qui forment la série de Wvs signatum. Mais comme ils sont anépigraphes, il est impossible de déterminer ceux qui ont été émis à Rome ou sous l'autorité des Romains, et l'attribu- tion de la plupart de ces monuments aux différentes cités de l'Italie centrale et méridionale restera probablement toujours incertaine. Aussi nous n'avons pas cru devoir décrire, ici, ces grandes pièces sur lesquelles il n'est fait mention d'aucun atelier, et que rien ne rattache spéciale- ment à la série romaine proprement dite. Une seule exception a été admise en faveur du lingot fn" i) qui a un bœuf sur ses deux faces, type qui rappelle l'origine du mot pccunia ; toutes les autres pièces partir du n" 2) portent la mention de l'autorité romaine.

Nous avons dit dans Ylnlroduction i) que la tradition romaine attribuait l'invention de Wvs signatum au roi Servius Tullius, vers l'an 180 de Rome {<,y4 av. J.-C). Mais il est impossible de faire remonter à cette date reculée la plupart des monuments qui nous sont parvenus. Leur style remarquable et quelquefois leurs types, ne permettent même pas de les classer à l'époque des Décemvirs, c'est-à-dire vers l'an 304 (450 av. J.-C.) ; on peut môme affirmer qu'un certain nombre de ces lingots rectangulaires, comme ceux au type de l'éléphant, sont postérieurs aux guerres de Pyrrhus, roi d'Epire, en 473^479 (281-275 ^v. J.-C).

1

I

o

6 MONNAIES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE.

1. Lingot de bronze, de forme rectangulaire. Bœuf marchant à droite et regardant de face.

^, Bœuf marchant à gauche et regardant de face. Quincussis. 600 fr.

L'exemplaire de la collection Bunbury,à Londres, pèse 1790 gr. i^; celui du Cabinet de France ne pèse que 1385 gr. 90 et pourrait être regardé comme un quadrussis ^.

2. Lingot de bronze de forme rectangulaire. Aigle de face, les ailes éployées, tenant le foudre dans ses serres.

i]. Pégase galopant vers la gauche ; au-dessous, l'inscrip- tion ROMANOM.

Quincussis, 1610 gr. 99. Musée Kirchcr, à Rome 2. 1200 fr.

Ce lingot, trouvé à Velletri, au siècle dernier, a fait partie du musée Borgia avant d'entrer au musée Kircher ^. Son authenticité incontestable est encore confirmée par la découverte qu'on a faite, en 1846, d'un fragment de lingot aux mêmes types, et dont nous parlons plus loin (n. }). Le style remarquable de ce monument montre qu'il n'est pas antérieur aux beaux as du système libral ; le Pégase paraît imité des monnaies contemporaines de Corinthe. Un spécimen au- thentique de ce quincussis est passé du musée Guadagnio au Brilish Muséum ; la lettre R de la légende y est effacée.

L'exemplaire du Cabinet de France qui est regardé comme faux pèse 1,587 gr. 50.

Un lingot semblable pour les types, mais sans inscription, faisait autrefois partie de la collection Meynaerts ; il est entré depuis, dans la collection Gréau. On le regarde comme authentique. Poids : 1 542 grammes ^.

1 Mommsen, Mon. rom., t. I, p. 529-^50.

2 Carelli, Nummoruin Itallœ veteris tabulée (edidit Cavcdonius) pi. xxxv; Garrucci, Syllogc inscriptionum latinanim, p. 48, 16.

3 Eckhcl, Doctr. niun. pct., t. V, p. 50; Mommsen, Mon. rom., t. I, p. J29-

JJO.

* Reme de la numismatique belge, t. Il, p. 147 et 421, pi. vu et vm. Annuaire de la Société de numismatique, t. III, 1868, p. J5 et pi. viii et ix. Il ne sera pas inutile de rappeler qu'il existe dans les collections un grand nombre de lingots carrés ou de spécimens de Vaes grave, qui sont dus à des faussaires modernes. Comme ces pièces étaient coulées dans l'antiquité, la

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE.

3. Fragment de lingot, de forme rectangulaire, aux mêmes types que le précédent.

On voit au droit, l'extrémité des jambes de devant de Pégase, avec les lettres ROM...

Au revers, il ne reste qu'une partie du foudre. Musée Kir cher. 233 gr. 17. 200 fr.

contrefaçon en est facile, et les plus habiles connaisseurs hésitent parfois à se prononcer sur l'authenticité de monuments de ce genre.

8 MONNAIES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE

Ce fragment a été découvert au mois d'octobre 1846, près de Tor Marangio, dans la campagne romaine ^. Le monument a été frag- menté dans l'antiquité ; nous avons dit dans Vlnlrodiiciion i), qu'on coupait en morceaux les grands lingots métalliques pour en faire des monnaies divisionnaires.

Nous ne reproduisons pas ici un autre lingot portant N RO- MAND M, qui nous paraît l'œuvre d'un faussaire moderne. Néanmoins, en raison de la célébrité qu'a acquise ce monument, nous en donnerons la description :

Lingot de bronze, de forme rectangulaire, dont les bords sont très arrondis ; sur l'une des faces, on voit la gaîne d'une épée, avec l'inscription N ROMANOM qu'on interprète par Niimmus romanom. Sur la face opposée, est figurée une épée dont le pommeau repré- sente une tête de bélier, et dont la plaque de garde est recourbée en forme de co . Poids : 1488 gr. 58.

Ce lingot, aujourd'hui au Brilish Muséum, a fait autrefois partie de la collection du duc de Blacas,et l'on nous saura gré de reproduire ce qu'en a dit le savant possesseur dans sa traduction de V Histoire de la monnaie romaine de Mommsen : « Ce monument faisait jadis partie d'une collection formée en Italie ; il a été apporté en France chez MM. Rollin et Feuardent, il y a quelques années. Il présente tous les caractères matériels d'une authenticité incontestable, ce qui était d'autant plus indispensable à établir que sa forme extraordinaire, et surtout celle de la légende, pouvaient inspirer des doutes. Il existe un lingot à peu près semblable au Cabinet impérial de Vienne, mais il est regardé comme faux par MM. Arneth et Seidl -. Caroni dit avoir vu ce lingot chez son ami l'abbé Minervino, à Naples, et l'avoir acheté à son héritier -^ Il prévient le lecteur que trois copies en ont été exécutées à Rome par un faussaire célèbre, nommé Giuseppe Sinistri. Caroni (et la planche confirme son dire) affirme que dans le champ, se voyait un foudre. Ce foudre se trouve en effet sur l'exem- plaire de Vienne, et son absence sur l'exemplaire de la collection

^ Capranesi, dans le recueil de Diamilla, Mcinoric numismatichc, p. 42; Ritschl, Priscœ latinitatis monumenta epigraphica, tab. V. C; Mommsen, Mon. ronu, l. IV, pi. vu, j et 4. Garrucci, Sylloge, p. 48, n. 18.

2 Arneth (J.), Synopsis niunoriim antiqiiorum qui in museo Cœsareo Vindo- boncnsi cdscrmntur, 18J7-1842, t. II, p. 2. Seidl (J. G.), Das alt-italische Schwer- geld ini Miin^ und Antiken Cabindtc ^u Vicn, 18J4, p. 64.

3 Caroni, Raggtiagiio dd viaggio compcndioso di un dilettante antiquarlo condotto in Barberia. Milan, 1805, t. II, p. 185, pi. xiii.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE 9

Blacas est une preuve de plus de son authenticité, puisqu'il ne peut être une des trois copies du faussaire Sinistri... Sur l'exemplaire de Vienne, la lettre N manque et les lettres sont d'une forme moir.o extraordinaire ; leur étrangeté nous semble encore une preuve de plus de l'antiquité de ce lingot ; un faussaire n'eût certainement pas inventé de faire des lettres pour ainsi dire sans antécédent ^. » Malgré la force de ce plaidoyer et l'autorité du livre dans lequel il a paru, nous ne sommes nullement rassuré sur l'authenticité du lingot. La forme insolite des lettres ne peut guère être invoquée comme un argument favorable ; de plus, la tête de bélier et surtout la cambrure de la garde de l'épée, sont sans exemple analogue dans l'archéologie romaine 2. Garrucci a omis la mention de ce lingot dans son Sjdloge, sans doute parce qu'il l'a aussi considéré comme l'œuvre d'un faus- saire.

Le mot ROMANOM sur les pièces qui précèdent est une variante de la légende ROMANO que nous verrons plus loin (n"' 4 et suiv.). Les désinences NO et NOM sont des formes très archaïques du gé- nitif pluriel ^.

« Mommsen, Histoire de la monnaie romaine, trad. Blacas, t. IV, p. 6-7. cf. Revue numismatique, 1864. p. 264 et suiv., et pi. x et xi.

2 II existe au musée do Naplcs un autre liiiijot qui porte d'un côté un glaive, et de l'autre, le fourreau, mais il est anépigraphc et d'un tout autre style. Carelli, Numnioruni Italice veteris tabulx, pi. xl. ; Garrucci, Annuaire de la Société de numismatique t. VI, 1882, p. 67 et suiv.

^ F Biiclieler, Précis de la déclinaison latine, traduit de l'allemand par M. Louis Havet, p. 159.

II. MONNAIES ROMANO-CAMPANIENNES. 412 à 543 (342 à 21 I av. J.-C.l.

On désigne sous le nom générique de série romano-campanienne , les monnaies qui ont été frappées à Capoue et dans quelques autres villes de la Campanie, du Samnium et de l'Apulie, par les généraux romains chargés de faire la guerre aux Samnites, à Pyrrhus, puis aux Carthaginois. Ces pièces dont l'émission se place chronologiquement entre les années 412 et ^3 (342 à 211 av. J.-C.) ^ portent exclusive- ment l'indication de l'autorité romaine, bien qu'elles n'aient pas été fabriquées à Rome et que les types n'en soient pas romains. On peut les diviser en deux catégories : celles qui ont l'inscription ROM A NO, auxquelles nous ajoutons une monnaie grecque avec PflMAinN; ce sont les plus anciennes, et on croit que leur émis- sion s'arrête vers l'an 437 (3 17 av. J.-C); 2" les pièces plus récentes qui portent le mot ROM A et dont l'émission comprend environ de l'an 437 (517 av. J.-C.) à l'an 543 (21 1 av. J.-C.)

I. Pièces avec romano. 412-437 (342-317 av. J.-C).

4. Tète casquée de Mars barbu, tournée à gauche; der- rière, une branche de chêne avec un gland.

' V. plus haut, Inlroduciion, § VI.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE

II

K. ROMANO. Protome de cheval bridé et tourné à droite ; derrière un épi. Argent. Poids moyen : 7 gr. 30. 20 fr.

^ . Tète casquée de Minerve, tournée à gauche.

ù. ROMANO. Protome de cheval bridé et tourné à droite.

Bron;e. Poids moyen : 4 gr. 60. 3 fr. Les types de ces deux pièces sont copiés sur ceux des monnaies de Mctaponte, de Larinum, d'Asculum et de Cosa '. Garrucci - cite une monnaie analogue à la dernière, sur laquelle il a lu, en lettres surfrappées, SVES, sous le protome du cheval. Cette surfrappe pourrait faire admettre que ces pièces sortent de l'atelier de Suessa, plutôt que de Cosa ou d'Asculum. Le même auteur cite trois monnaies en bronze aux mêmes types, sur lesquelles la légende ROMANO est ainsi déformée : OOMAOH. ROMMOC ROM AAC. On a trouvé neuf cent seize de ces bronzes à Vicarello ''. Ajoutons que les ateliers de l'Italie méridionale paraissent avoir em- prunté le type du protome de cheval bridé à des pièces d'argent de Patraeos roi de Péonie, vers 340-po av. J.-C. et aux belles monnaies des Carthaginois frappées à Panorme vers la même époque.

6. ROMANO. Tète laurée d'Apollon, à gauche.

1^. Cheval en liberté, galopant à droite ; au-dessus, une

étoile.

Argent. Poids moyen : 6 gr. 80. 15 fr.

1 V. des exemples dans le catalogue du British Miiscuin. Italy.

2 Syllogc, p. 49, n. 20.

3 Mommsen, Mon. rom., t. I, p. 565.

12

MONNAIES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE.

Nous verrons plus loin la même pièce avec la légende ROMA. Le cheval surmonte d'un astre se rencontre sur un grand nombre de monnaies autonomes des villes de l'Italie méridionale, notamment à Arpi et à Salapia.

7. Tête de Minerve à droite, coiffée du casque de Perséc, surmonté d'une tète d'aigle ; derrière, un symbole va- riable.

F^. ROMANO. Victoire à demi nue, debout à droite, tenant de la main gauche une longue palme, au sommet de laquelle elle suspend par des lanières une cou- ronne de laurier; dans le champ, une ou deux lettres grecques variables. Argent. Poids moyen : 6 gr. 50. 15 fr.

Symboles et lettres:

DROIT REVERS

Caducée . AA

Fleur sur sa tige EE

Sceptre ) Z

Massue H

Corne d'abondance r<\ ou A

Bâton noueux {pirga) MM

Trépied , 00

Le type de la Victoire attachant une couronne à une longue palme est aussi sur les monnaies à légende osque d'Asculum^ en Apulie, cette pièce a sans doute été frappée. Cavedoni 2 croit que ce

Friediaender, Oskischc M'ân^cn, pi. vu, 5 et 4. ■^ Cavedoni, Rivista nuniisniatica italiaiifl, 1864, p. i.

CLASSEMENT C HROXOLOGIQUE.

13

type a été inventé à l'occasion de la victoire remportée en 47^, (279 av. J.-C.) par le consul P. Sulpicius Saverrio, à Asculum, sur Pyrrhus, roi d'Epire.

H. Tète d'Hercule imberbe et diadème, à droite, ayant

une peau de lion nouée autour du cou, et la massue

sur l'épaule, ù. ROMANO. La Louve tournée à droite, allaitant les

jumeaux Romulus et Rémus.

Argent. Poids moyen : 7 gr, 1 5 . 1 5 fr.

,9. Tète laurée d'Apollon à gauche. i^. RpMANO. Lion tourné à droite et broyant dans sa gueule un javelot, sur lequel il appuie une patte ^. Bron-e. Poids moyen : 10 gr. 2 fr. Variété. La tête d'Apollon est tournée à droite. On a trouvé 11 56 exemplaires de cette médaille à Vicarello ; un grand nombre n'étaient que des surfrappes d'anciennes monnaies de Luceria -. Sur des pièces de Capoue à légende osque, on voit un lion portant un javelot, type qui offre quelque rapport avec celui-

' Inexactement décrit dans Mommsen, Mon. rom., t. I, p. 566. - Garrucci, Sylloge, p. 50, n. 25.

14

MONNAIES DE L.V RÉPUBLIQUE ROMAINE.

ci *; sur certaines monnaies de Perdiccas III, roi de", Macédoine (j66 à 5)9 av. J.-C.) et de la ville de Cardia, en Thrace,[on voit comme ici, le lion brisant le javelot qui l'a blessé. Enfin, le lion figure au revers des médailles de Phistelia, de Teate, de Velia.

10. ROMANO. Tète de Minerve casquée et tournée à gauche.

K. ROMA. Aigle sur un foudre ; dans le champ, un symbole variable (mctci, glaive, massue) ; dessous, la lettre K.

Bron-c - . Brilish Miiscum. 50 fr. Cette pièce a été frappée à l'époque de la seconde guerre Puni- que, dans un atelier du Bruttium, comme Consentia, ainsi que l'in- dique la lettre K ; l'aigle sur un foudre se constate dans une pose identique sur les bronzes du Bruttium frappés avant l'arrivée des Carthaginois.

1 1. Tète d'Apollon couronnée de laurier, à droite.

1^. [OjNAMOfR] [Romano], en légende rétrogade. Tau- reau à face humaine, couronné par une Victoire qui vole au-dessus. »

Bron;e. 5 grammes. 5 fr. Cette monnaie a été trouvée aux Aqiicc Apollinarcs, près de Vica-

rello, par Garrucci •' . Elle est aux types des monnaies de Naples

elle a sans doute été frappée.

1 Friedlaender. Oskischc Miln-cn, pi. ii, 6. British Muséum, Catalogue,' Italv, p. 80.

* Riccio, Mon. dlcitla, p. 19. Mommscn, Mon. roni., t. I, p. j66. Garrucci, Syllogc, n. 26.

•' Syllogc, p. 50, n. 24.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE. I5

On doit la rapprocher de la pièce suivante qui porte les mêmes types, mais qui, par sa légende grecque, forme une catégorie à part.

\2. Tète d'Apollon couronnée de laurier, à droite. . 1^ POMAIflN. Taureau à face humaine, marchant à

droite.

Bronze. 3 gr. 20. 20 fr. Cette monnaie est tout à fait semblable aux pièces de Naples frappées à la même époque, c'est-à-dire dans la première moitié du cinquième siècle de Rome ^. C'est la seule pièce à légende grecque que nous ayons à enregistrer, et elle trouve sa place ici parce qu'elle porte la signature exclusive de l'autorité romaine. Mommsen 2 la croit frappée à Capoue, immédiatement après la conquête de cette ville en 416 (^38 av. J.-C). Mais Ch. Lenormant et le baron de Witte ^ ont émis une opinion que nous croyons plus rationnelle et plus conforme au récit historique dont voici le résumé : en 427 (327 av. J.-C.) le consul Q. Publilius Philo ayant voulu s'emparer de Nea- polis (Tit. Liv. vni, 2^ et suiv.), un des principaux habitants, Cha- rilaûs, vendu aux Romains, leur livra la ville; à la suite de cet évé- nement, Rome conclut avec Naples \e fœdiis neapolitaniim, et c'est à cette époque que la pièce ci-dessus décrite aurait été frappée à Naples même. D'ailleurs, le nom de Charilaus, XAPIAEIlZi se lit sur les monnaies autonomes de Naples, et c'est probablement ce personnage, ami des Romains, qui fit frapper en leur nom la monnaie avec PnMAIflN- Nous avons dit plus haut (p. 9) que la légende ROMANO n'était qu'une très ancienne forme du génitif pluriel, correspondant à pnMAinN-

1 Eckhel, Doctr. iiiim. vd., t. L. p 114; t. V, p. 45.

2 Histoire de la mon. rom., t. IIL, p. 22).

^ Ch. Lenormant et J. de Witte, Elite des monuments céramo^rjphiqites, introd., t. I, pi. XLVi et suiv. Cl". Repue numism. 1844, p. 251; J. de Witte Etudes sur les i>ases peints, p. loj.

i6

MONNAIES DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE.

II. Pièces avec la légende roma -';--43 (317-21 ' ^"v. J.-C).

13. Tète de Minerve de face, coiffée d'un casque orné d'une triple a\grene(xftXo:^ia).

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE.

i|. ROM A. Bœuf debout, tourné à droite, se battant les flancs avec sa queue ; au-dessus, la lettre P . A^. Poids normal : 327 gr. 600 Ir.

14. Même description ; mais au revers, il y a un caducée

l8 MONNAIES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE

debout, au lieu de la lettre V . 600 fr.

Ces as libraux ont été émis à Luceria, si l'on interprète la lettre L comme initiale du nom de l'atelier plutôt que comme initiale du mot libra. La même tête de Minerve se rencontre sur les belles pièces d'argent d'Audoléon, roi de Péonie (mort en 284 av. J.-C.) ^ ainsi que sur des monnaies de Tarente et de Métaponte. Le musée Kir- cher, à Rome, possède plusieurs exemplaires de cette monnaie ; l'un d'eux a été trouvé sur le territoire de l'ancien Latium, un autre à Velia; cinq enfin, dont deux avec la lettre L et trois avec le caducée, viennent de \a trouxaiWe des Aquœ Apollinares^. Leur poids effectif varie de 322 à 256 grammes.

Marchi et Tessieri ont rapproché de l'as avec le caducée, un semis et un quadrans sur lesquels on voit également un caducée comme symbole ; mais ces monnaies ne portent pas l'inscription Ronia, et leurs types sont tout à fait étrangers à celui des as que nous avons décrits : il n'est pas certain que ces pièces fassent partie de la môme série monétaire ^.

■f-

Tète diadémée de Junon, tournée à droite, ses cheveux formant trois torsades sur la nuque ; der- rière, quatre points.

ROMA. Hercule jeune, debout, tenant la massue de la main droite, et s'apprètant à frapper un cen- taure, qu'il saisit de la main gauche par les che- veux ; dans le champ, quatre points.

T riens, s 8

20 fr.

1 Trésor de numismatique, Rois grecs, pi. vu, fig. 5,6, 8.

2 Garrucci, Sylloge, p. 45, n. 2. Lama, Tavola alimentaria Velejatc, Parme, 1819, p. 57; Marchi et Tessieri, L'Aes grave del Museo Kirchcriano, Incertc, pL V, n. ij; d'Ailly, Recherches sur la mon. rom., t. I, pi. xlviii.

3 Marchi et Tessieri, L'Aes grave, etc., pi. n., n. i, et pi. m, n. 9.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE

h 16. Tète jeune d'Hercule, tournée à droite, et coiffée /^ /. ,.^^_ d'une hure de sanglier ; derrière, trois points. iL ROMA. Taureau bondissant adroite; dessous, un dragon ; dans le champ, trois points. Qiiadraiis. 40 grammes. 12 fr.

17. Tète jeune d'Hercule, tournée à droite, et coiffée d'une hure de sanglier ; dans le champ, trois points

[]. ROMA. Taureau bondissant à droite ; dessous, un dragon ; dans le champ, trois points et un épi de blé. Qaadrans. 25 grammes. 8 fr.

18. Autre quadrans, du poids de 1 5 grammes.

19. Autre, dont le module et le poids sont très inférieurs. Quadrans, 5 grammes. 5 fr.

20

MONN.UES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE.

20.

La Louve tournée à droite, allaitant les jumeaux Rc- mulus et Rémus ; dans le champ, deux points. ROMA. Corbeau tourné à droite, et tenant dans son bec une fleur ; dans le champ, deux points. Sextans. 27 grammes. 5 fr.

21. Tète radiée du Soleil de face; dans le champ, à gauche, un point.

i^. ROMA. Croissant surmonté de deux étoiles ; dans le champ, un point. Once. 12 grammes. 2 fr.

22. Autre, de 3 gr. 50.

Les triens, quadrans, sextans et once qui précèdent, appartiennent à la même série monétaire. On voit par la différence de poids des spécimens du quadrans, que nous avons donnés, que le pied moné- taire sur lequel ces pièces ont été frappées, a été sigulièrement dimi- nué dans l'intervalle qui s'est écoulé entre l'émission des premières et des dernières. Des exemplaires de cette série se rattachent à l'as libral, tandis que d'autres rentrent dans le système de l'as oncial. On a généralement décrit inexactement le quadrans, sur lequel on a voulu reconnaître la tête de Junon Sospita. Mais Junon Sospita est toujours coiffée d'une peau de chèvre ; ici, au contraire, la figure

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE.

21

paraît virile, et de plus elle est coiffée d'une peau de sanglier, dont les défenses sont parfaitement accusées. Cette série monétaire a été classée à l'Apulie ; mais Garrucci fait remarquer qu'on n"a jamais trouvé ces monnaies sur le territoire de cette ancienne province *. Le centaure se voit sur des médailles de Larinum 2^ le taureau cornupète sur des pièces d'Arpi ' et de Posidonia ''. La tète de face du Soleil figure sur des pièces le mot ROMA est rem- placé par la légende SVES, ce qui paraît démontrer que ces monnaies sortent de l'atelier de Suessa '■" ; pourtant, on trouve aussi cette môme tête radiée à Atella *', à Calatia ", à Méta- ponte ^, et sur des monnaies phéniciennes de Malaca en Espagne. Le corbeau qui figure sur le sextans fait peut-être allusion à la fable que raconte Tite-Live '■' au sujet du temple de Junon à Lanuvium. Après la bataille delaTrébia en ^36 (218 av. J.-C.) gagnée par Annibal, on vit, au dire de l'historien, des prodiges étranges, à Rome et dans les environs. A Lanuvium, la lance de Junon s'agita ; un corbeau descendit dans le temple de la déesse et se posa sur le pulvinar même. Pour apaiser le courroux des dieux, une offrande en or, du poids de quarante livres fut portée par les matrones romaines à Lanuvium, et une statue d'airain fut consacrée à Junon sur le mont Aventin.

23. Tète laurée et imberbe de Janus- li. ROMA, en lettres incuses. Jupiter tenant un sceptre de la main gauche, et lançant la foudre de

' Garrucci. S/ZZo^t', p. 46.

- Friedlacndcr, Oskischc Mllii-cn, pi. vi, 4.

3 Carclli, pi. xci.

' Carclli, pi. cxxix.

•• Carclli, pi. lxxxvii. Cataloi,'uc du Britisli Muséum, Jtaly, p. ijj.

" Carclli, pi. lxx, ij et 14.

^ Carclli, pi. lxx.

* Carelli, pi. eux.

« Tit. Liv. XXI, 62.

22 MONNAIES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE.

la droite, à deml-nu dans un quadrige conduit par la Victoire et galopant à droite. Denier. Poids : de 6 gr. 86 à 6 gr. o8. lo fr. On trouve quelquefois ce denier avec la contremarque |MP im- primée au droit, à l'époque de Vespasien K

24. Même description, mais la légende ROMA est en relief. Denier. Poids : de 6 gr. 80 à 5 gr. 10 fr.

__2 5. Même description, mais le module est de moitié plus petit et le quadrige est tourné à gauche. Quinaire. Poids . de 3 gr. 42 à 2 gr. 22. 10 fr. Ces pièces reproduisent la tète de Janus des bronzes de Lampsaque, type qui a été aussi plus tard copié sur les monnaies autonomes de Capoue à légendes osques ; elles sortent probablement de l'atelier de cette ville, elles ont être frappées vers l'an 486 (268 av. J.-C). Ce qui le prouve, c'est que la légende en lettres incuses qu'on voit sur les plus archaïques de ces monnaies a été exactement copiée sur les plus anciens deniers sortis de l'atelier du Capitole, qui remontent à cette année 486. Le quadrige de Jupiter qu'on rencontre sur des pièces d'Atella et de Calatia, aussi bien que sur les monnaies auto- nomes de Capoue a été copié, cinquante ans plus tard environ, sur des deniers frappés à Rome même, qui ont pris, de ce type, le nom de quadrigati.

> Bahrfeldt. Zeitschrift filr Numismatik, t. III, 1876, p. jjS.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE.

23

26. Double tète de femme portant la Stéphane. 1^. Le quadrige de Jupiter, tourné à droite.

Eledrum. Poids ide^gr

58. 40 fr.

Cette pièce reproduit au droit le type de quelques monnaies de Rhegium elle a, sans doute, été frappée par l'armée romaine qui prit la ville en 478 (276 av. J.-C* 1

27 ri

Tète laurée et imberbe de Janus. ROMA. Personnage à genoux entre deux guerriers et tenant un petit cochon dans ses bras. Les deux guerriers, dont l'un est barbu, vêtu de la chlamyde grecque et armé d'une longue lance, et l'autre, imberbe, portant le costume romain et armé d'une haste courte, prêtent serment sur la tête de l'a- nimal 1. Denarius aurcus. 6 gr. 86. 300 fr.

28. Même description ; mais le module est moindre de moitié.

Qiiinarius aurcus.

} gi"-

41

250 fr.

1 Garrucci {Syllogc, p. 46, n. 4 et 5) pense à tort que les deux guerriers plongent chacun un poignard dans le flanc du porc.

24 MONNAIES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE.

Ces monnaies sortent probablement de l'atelier de Capoue ; sur les sextans autonomes, frappés à la même époque au nom de cette ville, on voit le même type de revers, et on le trouve aussi avec quelques modifications sur des sextans d'Atella *. Ajoutons encore que plus tard les ateliers campaniens ont frappé avec le même re- vers des monnaies de la ligue italiote, lors de la guerre Sociale, vers 665 (89 av. J.-C.) -. Le costume des deux guerriers qui se jurent alliance et fidélité sur le corps du cochon est très caractéris- tique. Le personnage vêtu de la chlamyde représente les Campa- niens d'origine grecque ; le Romain est reconnaissable à sa cuirasse et à son armure de légionnaire. Ce type a été créé sans doute en 54 j (211 av. J.-C) à l'occasion delà prise de possession définitive de la Campanie par les Romains, et de la réconciliation qui fut sanc- tionnée après l'expulsion des Carthaginois. Les monnaies de la guerre Sociale qui ont reproduit ce revers sont encore les unes à légendes osques, les autres à légendes latines.

Nous devons mentionner ici une médaille en or donnée comme authentique par Riccio^ et reproduite avec hésitation par Cohen '. Cette pièce est aux mêmes types que celles que nous venons de décrire ; seulement, sous la tète de Janus, on lit le nombre XXX. Mommsen l'insérant dans les tableaux de ses A n/if^xes, et Garrucci dans son Syllogc, en admettent l'authenticité "'. Mais le baron d'Ailly qui a vu l'original dans la collection du Vatican, la déclare fausse, malgré l'opinion de Borghesi qui, d'ailleurs, n'avait pas vu la médaille "; son poids est de 4 gr. 46. Ce qui nous fait penser que cette monnaie est l'œuvre d'un faussaire, c'est que ce poidsne corres- pond en aucune façon à celui des pièces marquées LX, XXXX et XX que nous verrons plus loin (n"* 29, 30 et 31); d'autre part, l'exem- plaire du Vatican serait la seule médaille au type du serment qui portât une indication de valeur.

1 Friedlaender, Oskischc Mun^en, pi. 11, 10; pL iv, 2.

2 F. Bompois. Les types monétaires de la guerre sociale, pi. i.

3 Riccio. Le inonete délie antiche famiglie di Roma. Suppl, pi. lxvii, 7

i Cohen. Descript. gén. des mon. de la république romaine, p. 546, n. 10 et pL XLiv, 10.

û Mommsen. Mon. rom., t. 1, p. jji. Garrucci, Sylloge, p. 46, n. 5.

6 Ailly. Recherches sur la mon. rom., t. I, p. 194.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE

25

29

Tête casquée de Mars barbu, à droite ; derrière LX [soixante sesterces). ^. ROMA. Aigle, les ailes éployées, debout sur un foudre, et tourné à droite. Or. 3 gr. 40 à 3 gr. 28. 60 fr. Variétés : au revers, on rencontre parfois les symboles suivants : Ancre.

Bâton noueux (scipio). Couronne. Étoile.

Fer de lance. Pentagone. Ces symboles figurent aussi dans le champ des monnaies frappées dans Tatelier du Capitole, vers <,<,o (204 av. J.-C). Celles-ci qui ont été émises à Capoue sont donc contemporaines. Comme les symboles sont à cette époque les emblèmes, quelquefois môme les armes par- lantes du magistrat qui a ordonné l'émission monétaire, il serait pos- sible, par exemple, que les pièces sur lesquelles figure un bâton noueux ou scipio aient été frappées par le grand Scipion l'Africain, en vertu de ses pouvoirs militaires, tandis qu'il préparait en Cam- panie son expédition d'Afrique en 550 (204 av. J.-C.) ^.

30. Tète casquée de Mars barbu, à droite ; derrière, le

nombre XXXX [quarante sesterces). \). ROMA. Aigle, les ailes éployées, debout sur un

foudre et tourné à droite.

Or. 2 gr. 26 à 2 gr. 20. 200 fr.

' Fr. Lcnormant, La mon. dans l'antiquité, t. II, p. 289.

26

MONNAIES DE I.A REPUBLIQUE ROMAINE.

31. Même description ; mais la pièce est d'un plus petit module, et au droit, derrière la tète, le nombre XX {vingt sesterces).

Or. I gr. 13 à I gr. 07. 60 fr. Le type de l'aigle sur un foudre se rencontre sur les autonomes de Capoue ^ ; mais le prototype de cette représentation doit être re- cherché sur les monnaies d'or de Tarente, à la tête d'Apollon.

32. Tète de Mars (ou Achille), imberbe, casquée et tournée à droite ; derrière, une massue.

1^. ROM A. Cheval en liberté, galopant à droite ; dans le champ, une massue. Argent. 6 gr. 55. 20 fr.

33. Même description; mais la pièce est d'un module inférieur. Bronze. 3 gr. 16 à 2 gr. 85. 3 fr.

1 Friedlaender, Oskisclie Miln:{en, Capua, I, pi. i.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE.

27

34. Tète de Mars (ou Achille) imberbe, casquée et tournée adroite ; sur le casque est figuré un griffon.

hj. ROM A. Protome de cheval bridé et tourné à droite; derrière, la harpe. Argent. 7 gr. 12 fr.

3^. Autre, en bronze, quelquefois d'un module inférieur ; 2 gr- 75-— 8 fr.

36. Tète casquée et barbue de Mars à droite, i^. ROMA. Protome de cheval bridé et tourné à droite; derrière, une palme. Argent 1. 12 fr.

Le cheval en liberté et le protome de cheval se trouvent déjà, comme nous l'avons vu sur des monnaies à la légende ROMANO. La tête casquée est une copie de la tête d'Achille des monnaies de Pyrrhus, roi d'Épire.

Le type des n"^ 34 et 3 5 a été assez inexactement décrit par divers auteurs qui ont pris notamment la harpe pour un strigile.

* Garrucci, Sylloge, n. ii. Fiorelli, AnnalL dl numisni., 1846, p. 2j et pL 1. fig. 9.

28

MONNAIES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE.

37. Tête laurée d'Apollon, à droite ; li ROM A. Cheval en liberté, galopant à gauche. Argent. 6 gr. 30. 12 fr.

38. Même description ; mais la pièce est d'un moindre module. Argent. 3 gr. 20. 12 fr.

39. Même description ; mais le cheval paraît bridé. Bronze. 3 gr. 10. 3 fr. Nous avons énuméré plus haut (p. 12) quelques ateliers de l'Italie méridionale Ton a frappé des pièces autonomes avec le type du cheval en liberté.

40. Tête d'Hercule imberbe, coiffée de la peau de lion et

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE.

29

tournée à droite ; au-dessous, une massue ; devant la lettre V (Luccria q.

ROMA. Pégase volant et au galop à droite ; au- dessus, la lettre £ [semiuncia). Bronze. 7 gr. 68. 5 fr.

41 . Même description, mais au revers, une massue au lieu de la marque £. Bron:[C. 3 gr. 17. Le type de Pégase se rencontre notamment sur les monnaies autonomes de Frentani ^ des Capoue -, de Locri ^.

5 fr-

42. Tète de Minerve, à droite, coiffée d'un casque orné

d'une tète d'aigle. R. ROMA. Chien marchant à droite, et levant une

patte.

Bronze, i gr. 50. } fr. Le type du chien paraît à Larinum ^. La tète du droit porte le casque de Persée comme la pièce décrite p. 12, 7,

* Carelli, pi. lx.

2 Carelli, pi. lxix.

3 Carelli, pi. CLxxxix.

* Carelli, pi. lx.

30

iMONXAIES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE.

43. Buste tourrelé de femme, adroite.

li ROM A. Cavalier brandissant un fouet, sur un cheval

galopant à droite.

Bronze. 6 gr. 80. 5 fr. Les types de cette médaille se voient sur des autonomes de Capoue ^

44. Tète casquée de Minerve, à droite ; dessous, la

lettre V (Luceria). \]. ROM A. Cavalier en course, à gauche ; dessous, la

lettre T ; dans le champ, à droite, S. (Semis ^J

Argent. 1 gr. 30. 5 fr.

45. Tète casquée de Minerve, à droite; devant, la

lettre V [Luceria); derrière, deux points. \). ROMA. Les Dioscures à cheval, galopant à droite,

tenant leurs glaives élevés de la main droite ; dessous,

la lettre T.

Sextans. 12 gr. à 7 gr. 97. 3 fr.

1 Carelli, pL Lxix, 19.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE.

31

Nous trouvons ici les Dioscures dans une attitude différente de celle qu'ils ont sur les premiers deniers sortis de l'atelier du Capi- tole, mais identique à celle qu'on leur voit sur les monnaies des Brut- tiens. On rencontre leurs têtes accolées sur de petites pièces de bronze autonomes de Luceria ^.

46. Tète casquée de Minerve, à droite.

ROMA. Guerrier debout, nu, casqué, tenant une

massue et s'appuyant sur un trophée (?) ; dans le

champ, S [Semis)

Bron:{C. 4 gr. 17. 5 fr.

47. Tête jeune, barbue et Jaurée, à droite. i]. ROMA. La Louve allaitant Romulus et Rémus; der- rière, le figuier Ruminai. Ce revers est pareil à celui du denier de Sex. Pompeius Fostlus frappé vers 625 (125 av. J.-C.) V. Pompeia.

Bran

1^- y o

2fr

. 31. 3 fr.

48. Tête radiée du Soleil à droite. \\. ROMA. Proue de navire à droite. Bronze. 3 gr. 18. 3 fr.

' Introduction, § IV.

32

MONNAIES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE.

49. Buste casqué et drapé de Minerve à droite. K. ROMA, au milieu du champ.

Broni^e. 3 gr. 36 a i gr. 20. 2 fr.

50. Tète casquée de Minerve, à droite ; derrière, un

point. i\. ROMA. Double corne d'abondance.

Once. 4 gr. 80. 2 fr. Cette dernière pièce se rattache peut-être à la série de monnaies que Sylla fit frapper dans l'atelier de Valentia en 674 (80 av. J.-C). La double corne d'abondance est le type spécial des monnaies de cette ville (V. Cornelia). Quelques-uns des bronzes qui précè- dent ont été frappés comme l'indique leur poids, sous le régime de l'as sextantaire et oncial, c'est-à-dire à une époque bien postérieure à la date que l'on assigne à la cessation du monnayage romano-cam- panien. Nous les avons groupés ici parce qu'ils n'ont pas été émis dans l'atelier du Capitole, et que leurs types anormaux les rattachent plutôt à la série romano-campanienne ^.

1. Mommsen et Garrucci décrivent la pièce suivante qui se trouverait au musée Santan;,'elo et au musée de Berlin, ce dernier exemplaire venant de l'ancienne collection Fricdlaender : Tête imberbe diadémée et laurée de Janus. I^. ROMA. Cheval au galop à droite. Ar. Mommsen. Mon. roni., t. 1, p. j68, n. 4; Garrucci, Syllogc inscr. lat., p. 4", n. 7. M. Fricdlaender, le regretté directeur du cabinet des Médailles de Berlin nous a écrit, à la date du 7 juillet i88j, que cette pièce n'existe pas au musée de Berlin. 11 s'agit évidemment d'une monnaie de Syracuse, assez commune, au type de la double tête de femme, et dont la légende mal conservée, aura été mal lue; elle est décrite dans Mionnct, Dcscr. géii., t. I. p. joj, n°^ 820 et 821.

III. AES GRAVE LIBRAL.

416 à 486 (jj8à 268 av. J.-C).

Le système de I'cTS libral paraît avoir été inauguré à Rome vers l'an 416 (3^8 av. J.-C), et Ton peut en placer la disparition vers l'an 486 (268 av. J.-C.j, c'est-à-dire à l'époque de l'introduction à Rome, du monnayage de l'argent. Les pièces émises dans le sys- tème de Vœs grave libral, à Rome, sont toutes coulées et non frappées; elles sont anépigraphes, et en dehors du type, elles ne portent que l'indication de leur valeur par rapport à l'as. Le poids normal basé sur la livre de 527 grammes, est rarement atteint par les monuments; l'as, par exemple, ne dépasse pas souvent 500 grammes, et il faut faire la môme réduction proportionnelle pour toutes les pièces de la série 1. L'as du poids le plus élevé que l'on connaisse est celui qui est conservé au musée Olivieri, à Pesaro, et qui pèse exceptionnelle- ment ^90 gr. 50.

Sur une série de 700 as environ peséspar le baron d'Ailly et K.Sam- wer, le plus lourd n'a fourni que 3 12 gr. 30 et le plus léger seulement 207 gr. 10. Le module varie de ^8 à 72 millimètres.

Sur 1 57 semis pesés par les mêmes auteurs, le plus lourd a 164 gr. 80, avec un module de y-, millimètres ; le plus léger 103 gr. 50, avec un module de '^o millimètres.

Les poids fournis par ^7 triens s'échelonnent entre 108 gr. 90 et 52 gr. 20, avec un module variant entre 42 et 48 millimètres.

47 quadrans ont donné de 75 gr. 90 à 49 gr. 95, avec un module de 56 à 42 millimètres.

44 sextans pèsent de 51 gr. 45 à 35 gr. 92 et mesurent de 33 à 37 millimètres de module.

Enfin, 25 onces ont fourni de 27 gr. 32 à 17 gr. 98, avec un module de 25 à 29 millimètres 2.

1 V. Introduction, § II.

2 Ailly. Recherches sur la monnaie romaine, t. I, p. 56 à 82. K. Samwer, Nunnsni. Zcitschrift. 188;, p. 59.

34

MONNAIES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE.

5 1 . Tète barbue de Janus bifrons. i^. Proue de navire ; au-dessus, I. As. Poids normal : 327 gr. 12 fr.

^2. Tète laurée de Jupiter; dessous, la lettre S. 1^. Proue de navire; au-dessus, S.

Semis. Poids normal : 163 gr. !;o. 10 fr.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE.

35

^^. Tète casquée de la déesse Rome; dessous, quatre

points, ù. Proue de navire ; au-dessous, quatre points. Triens. Poids normal : 109 gr. 8 fr.

^4. Tète d'Hercule coiffée de la peau de lion ; derrière,

trois points. K. Proue de navire ; au-dessous, trois points. Quadruns. Poids normal : 81 gr. 75. ^ fr.

36

MONNAIES DE LA REPUBLIQUE ROMAINE

5v Tête de Mercure coiffée du pétase ailé; derrière,

deux points, li. Proue de navire ; au-dessous, deux points. 5(?,r/t7/zs. Poids normal : 54 gr. 50. 3 fr.

56. Tète casquée de la déesse Rome ; derrière, un point. û. Proue de navire ; au-dessous, un point. Once. Poids normal : 27 gr. 2^ . 3 fr.

Variétés : Sur l'as, le semis, le triens, le quadrans, le sextans et l'once, les types du droit et du revers sont tournés indifféremment vers la droite ou vers la gauche, mais plus souvent vers la gauche.

DEUXIÈME PARTIE

DEPUIS L"AN DE ROME 486 JUSQU'A L'AN 750 (2684 av. J.-C.)

PREMIÈRE PERIODE

L'an de Rome 486 (268 av. J.-C), la monnaie d'argent fut frappée pour la première fois dans l'atelier monétaire du Capitole. On inau- gura vers la même époque, le système de l'as triental, ou de l'as pesant seulement quatre onces (109 gr. i^) au lieu d'une livre. Les énormes lingots lenticulaires de l'as libral et de ses subdi- visions qu'on était habitué à voir en circulation furent remplacés par l'émission de trois pièces tout aussi volumineuses, mais qui furent des multiples de l'as : le dcciissis, le Iripondius ou trcssis, et le du- pondius. Le deciissis est très rare ; on n'en connaît qu'une variété authentique et nous ne parlerons que pour mémoire d'un dccussis pu- blié autrefois par Arigoni ' et reproduit par Carelli et Cavedoni -. Cette pièce porte au droit, la tête de Minerve avec le casque orné d'une tête d'aigle, et au revers l'inscription ROM A avec la Victoire dans un bige galopant à gauche ; elle est aujourd'hui considérée comme l'œuvre d'un faussaire moderne ^.

C'est à partir de l'inauguration de l'as triental que les pièces les plus petites de la série de bronze, comme le sextans et l'once com- mencent à être produites non plus par la fusion, mais par la frappe au marteau, et à porter le nom de Rome qu'on ne voit pas encore apparaître sur les pièces plus lourdes qui continuent à être coulées.

Les premières monnaies d'argent, frappées sur le pied de de

* Arij^oni, Numisniata quccdam cujuscumquc forinx et indalU inusci Honora Arigoni (Tarvisii, 1741-1759), t. III, pi. xxiii-xxiv.

^ Carelli, pi. xxxi.

3 V. Mommscn. Hist. de la mon. roni., t. III, p. 7, note; Ailly, Recher- ches, etc., t. I, p. 88 et pi. xxii.

38 MONNAIES DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

la livre romaine portent toujours l'indication de leur valeur par rapport

à l'as :

Le denier valant lo as porte la marque .... X Le quinaire valant ^ as porte la marque .... V Le sesterce valant 2 y ^s porte la marque. . . IIS

Cette marque de valeur est placée, au droit, derrière li tête de la dea Roma. Au revers, on voit le type des Dioscures à cheval, et à l'exergue le mot ROMA. Sur les plus anciennes pièces, ce mot est gravé en lettres incuses, comme sur certaines monnaies de la série romano-campanienne frappées vers le môme temps *. Le flan de ces premières monnaies d'argent est large et peu épais ; on ne voit encore dans le champ de ces pièces aucun symbole ou monogramme à côté du type principal. Le denier le plus lourd pesé par le baron d'Ailly va Jusqu'à 5 gr. 11 ; les plus légers n'atteignent pas 5 grammes ; les plus lourds paraissent les plus anciens 2. Le quinaire pèse de 2 gr. 56a I gr. 73, et le sesterce, de i gr. 23 à i gr. environ.

Bientôt, vers l'an 500 environ, le flan du denier et du quinaire est occupé par des types nouveaux. Les Dioscures sont souvent rem- placés par le bige de Diane ou celui de la Victoire, d'où le nom de bigati donné à ces nouvelles espèces.

Peut-être vingt ans plus tard, le quinaire et le sesterce cessent momentanément d'être frappés : ces deux monnaies division- naires du denier disparaissent devant la vogue immense qu'acquièrent de nouvelles espèces d'importation étrangère, le double victoriat, le victoriat et le demi-victoriat, ainsi appelés à cause de la "Victoire couronnant un trophée, qui forme le type du revers.

C'est vers l'an 500 enfin, qu'on commence à voir s'introduire dans le champ des pièces d'argent et de bronze, à côté du type principal, des marques particulières, lettres ou symboles, qui sont l'indice soit le plus souvent du nom du magistrat qui fît émettre ces monnaies, soit du nom de l'atelier d'où elles sont sorties. Dans la description qui suit, afin d'éviter toute confusion, nous décrirons : i" les pièces d'ar- gent et de bronze qui sont dépourvues de ces marques : ce sont les plus anciennes de la série ; les pièces d'argent et de bronze qui portent des symboles ; celles qui ont des lettres ou des mono-

1 V. plus haut, p. 21.

2 Pour le classement de ces très anciens deniers et des particularités de détail que peuvent présenter les lettres de la légende, V. Bahrfeldt. Zcitsdirift fur Numismatik, 1878, p. jo et suiv.; et Samwer, Nuin. Zeitscli. 188?, p. 66.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE.

39

grammes. La prompte disparition du denier au bige de la Victoire ou de Diane, comme celle du quinaire, du sesterce, du double victoriat et du demi-victoriat, explique pourquoi les marques monétaires ne se rencontrent que fort rarement sur ces espèces. Le style des deniers qui portent des lettres isolées, comme B, C, D, H, permet de croire que ces pièces ont été frappées hors de Rome et que ces lettres sont les initiales du nom de l'atelier. A la fin de la période, c'est-à-dire vers l'an ^37 (217 av. J.-C.) nous trouvons déjà des monogrammes compliqués, qui font pressentir que le nom du magistrat monétaire va bientôt être inscrit en toutes lettres sur les espèces.

L Monnaies sans marque monétaire.

I. Tète de la déesse Rome, à droite, avec le casque ailé et surmonté d'une tète d'aigle ; derrière, X.

[^. ROMA (en lettres incuses). Les Dioscures à cheval, galopant à droite, avec leurs manteaux flottants, leurs bonnets coniques, surmontés de deux étoiles, et leurs lances en arrêt. Denier 10 fr.

2. Même description, mais les lettres du mot ROMA sont en relief. Denier. 2 fr.

40

MONNAIES DE LA FÊPUBLIQUE ROMAINE.

3. Tète de la déesse Rome, à droite, avec le casque ailé et surmonté d'une tète d'aigle ; derrière, V.

lî. ROMA. Les Dioscures à cheval, galopant à droite. Quinaire. 2 fr,

4. Tête de la déesse Rome, à droite, avec le casque ailé et surmonté d'une tète d'aigle ; derrière, IIS.

i). ROMA. Les Dioscures à cheval, galopant à droite. Sesterce. 3 fr.

5. Tète de la déesse Rome, avec le casque ailé et surmonté d'une tète d'aigle ; derrière, X.

1^. ROMA. Diane, la tète surmontée du croissant, debout dans un bige, galopant à droite. Denier. 2 fr. Variété : Diane tient un fouet de la main droite.

6. Tète de la déesse Rome, avec le casque ailé et sur- monté d'une tète d'aigle ; derrière, X.

1^. ROMA. La Victoire dans un bige, galopant à droite. Denier. 2 fr.

CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE.

41

7. Tête laurée et barbue de Jupiter, à droite. ^. ROM A. Victoire debout, tournée à droite et cou- ronnant un trophée.

Double Vidoriat. Exemplaire troué, pesant 6 gr. 37. 500 fr. Cette pièce est le seul exemplaire du double victoriat, connu jus- qu'à ce jour. Elle a été trouvée en Espagne, près de Tortose, et est aujourd'hui dans la riche collection léguée par le baron d'Ailly, au Cabinet de France.

8. Tète laurée et barbue de Jupiter, à droite.

1^. ROMA (en lettres incuses). Victoire debout, tournée

à droite et couronnant un trophée.

Victoriat. 3 gr. 11. 3 fr.

9. Même description, avec la légende ROMA en relief. Victoriat. 3 gr. 47 à 2 gr. 37. 2 fr. ^ i

10. Tète laurée et barbue de Jupiter, à droite.

4- MONNAIES DE LA RÉPUBLIQUE ROMAINE.

]\. ROMA. Victoire debout, tournée à droite et cou- ronnant un trophée. Deml-Victoriat.